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    31/01/2013

    Le jeune franco-malien de la semaine

    Diby, le « Bamako Soldat » de la communauté malienne

    Par Elodie Font

    Bloggeur très influent il y a 4/5 ans, sous le nom de « Bamako Soldat », Diby s'est aujourd'hui posé. Plus jeune, il imaginait le Mali comme un pays flippant et très pauvre. Aujourd'hui, il envisage de s'y installer.

    Bamako Soldat, cela vous dit quelque chose ? Non, rien à voir avec la guerre actuelle au Mali : Bamako Soldat , c’est le nom d’un blog, aujourd’hui en repos, mais très lu il y a 4 ou 5 ans dans la communauté malienne. Ah,le bon vieux temps des skyblog ! Sacré meilleur blog africain plusieurs fois, et même, consécration ultime à ce moment-là, blog star de Skyrock. Derrière ce pseudo, Diby, 26 ans, passionné d’écriture, d’actu et militant multicartes, qui n’a rien d’un guerrier : « Ce nom, c’est un délire. On m’a toujours demandé pourquoi j’avais utilisé ce pseudo, mais je ne sais même plus trop ! » Deux ans après son dernier post, la communauté malienne de Paris continue à fondre Diby dans Bamako Soldat. Comme Modibo et Amedy avant lui (promis, la semaine prochaine, on passe aux filles), il nous raconte son quotidien de jeune franco-malien habitant la région parisienne.

    A quel âge as-tu découvert le Mali pour la première fois ? C’était en 2004, j’avais 17 ans. Plus jeune, j’avais pas très envie de voyager au Mali – même si je le regrette maintenant. Y’avait des parents qui envoyaient leurs enfants au pays pour les punir , on se disait que ça devait être chaud, ça faisait un peu peur, alors on saoulait pas trop nos parents pour y aller. Pourtant, j’ai grandi dans la culture malienne. Ma mère a débarqué en France un an avant ma naissance, elle m’a toujours parlé bambara. En parallèle, elle avait des cours de français et on a appris la langue ensemble, quand j’étais en maternelle.

    Et puis un an avant le bac, j’ai eu envie de m’y rendre tout seul – en fait, j’y suis jamais allé avec mes parents. Je voulais découvrir le chemin qu’avait pris mon père pour arriver en France. J’ai débarqué à Bamako, déjà ça a été une grosse gifle pour moi. Petit à petit, je réalisais que le Mali ne ressemblait pas du tout à ce que j’avais imaginé. Puis on a fait un très – très – long trajet pour aller jusque dans la région de Kayes, d’où sont originaires mes parents. Je voyais les heures qui défilaient, et je me répétais : « Mais comment mon père a su qu’il y avait une capitale ? » Quand je suis enfin arrivé au village, je ressemblais trop au Parisien qui débarque accroché à sa bouteille d’eau ! C’était surprenant et très fort : je ne savais pas qui étaient les gens mais eux me connaissaient. Ma grand-mère, elle a sauté sur moi. T’es tellement dans un autre monde… Au bout d’une semaine, je voulais plus repartir !


    MapLa région de Kayes

    Un an plus tard, tu retournes au Mali pour jouer ta pièce de théâtre. Quand tu rentres en France, y’a un évènement qui bouleverse ta vie… Oui, l’incendie dit du boulevard Vincent-Auriol, en 2005. Je ne sais pas si tu te souviens, y’avait eu 17 morts (presque tous d’origine malienne, ndlr). Cet incendie, c’est un peu le point de départ de mon blog : j’avais déjà posté des photos, des petits articles mais je me suis vraiment investi dessus à partir du drame. J’y postais tous les jours ce que je voyais, ce que je savais de la situation etc…

    Et puis en parallèle de mon blog, l’incendie est aussi le point de départ de mon engagement associatif, puisqu’on a créé deux assos, à quelques semaines d’écart – la deuxième est toujours en vie, elle s’appelle Deuxième génération.

    Et c’est ton blog qui t’a permis de trouver un boulot ? Oui, faut dire qu’à un moment, l’engouement était assez incroyable. Je sais pas, je crois que les gens aimaient bien parce que je mixais l’humour et des choses sérieuses (et ses articles étaient très commentés, ndlr). Y’a eu des piques à 5.000 visites par jour ! Les gens me croisaient dans la rue, ils m’appelaient Bamako soldat… C’était fou. J’ai rencontré énormément de monde grâce au blog. Des artistes, des associatifs, des communicants, des journalistes, plein de gens.

    Et puis en 2008, j’ai rencontré le PDG D’Airness , Malamine Koné (lui est Malien, ndlr), qui avait entendu parler de mon blog et qui voulait me rencontrer. J’ai enchaîné les stages jusqu’à ce que j’obtienne mon master dans l’entreprenariat, et Airness m’a proposé un CDI.


    Diby, ze story

    > 1987 : Naissance à Ivry-sur-Seine
    > 2004 : Premier voyage au Mali
    > 2005 : Bac STT / Incendie du Boulevard Vincent Auriol
    > 2007 : Bamako Soldat, blog africain de l’année
    > 1er avril 2012 : Se fait arrêter le jour du coup d’Etat

    Je voulais découvrir le chemin qu’avait pris mon père pour arriver en France

    T’y bosses toujours ? Non, maintenant, je bosse pour une institution de micro-finance malienne, en gros c’est un projet de valorisation de l’épargne des migrants, et j’en suis le responsable commercial. Du coup, je fais très régulièrement des aller-retours au Mali… Et je me dis, tu vois, que si j’arrive à avoir le même cadre de vie qu’en France, je me verrais bien m’y installer. Même si je suis un Malien fondu dans le moule français, j’ai une vraie double culture et c’est ma force, ma richesse.

    Pourquoi t’as arrêté ton blog ? Parce que Facebook est arrivé, que les blogs sont un peu dépassés. Et puis je faisais beaucoup beaucoup de choses à la fois… trop, d’ailleurs : les gens, quand je leur disais mon âge, ils ne me croyaient pas. Parfois, j’ai l’impression d’avoir fait trop de choses pendant mon adolescence.

    Bon, je reste très connecté, mais moins qu’avant. Maintenant, j’ai une femme et un petit garçon d’un an et demi. D’ailleurs, ma femme, elle ne connaissait pas Bamako soldat, ses potes et sa famille si, mais pas elle ! On s’est mariés ici, mais traditionnellement et religieusement – pas encore au civil. Mais pour moi, le plus important, ce n’est pas de passer devant le maire.

    Comment tes parents ont perçu ton parcours ? Bien, mais au début, ils comprenaient pas ce que je faisais sur Internet… ils voyaient que pendant ce temps-là, j’étais calme mais c’est tout. Et pour mes engagements associatifs, ils me disaient « tu sors souvent », et puis, petit à petit, y’a des connaissances à eux qui leur ont dit « votre fils est bien », ça les a rassuré. Moi, mon seul but, c’est de rendre heureux ma mère. Elle est femme de ménage, ça fait des années qu’elle se lève super tôt. Mon rêve, c’est de l’emmener faire un pèlerinage à la Mecque et puis de lui dire : « C’est bon, tu arrêtes de bosser maintenant, je m’occupe de tout. » Je veux qu’elle soit tranquille.

    Mon seul but, c’est de rendre heureux ma mère

    Que t’inspire le conflit actuel ? Beaucoup de choses… Tu sais, j’étais là-bas le jour du coup d’État , je me suis fait arrêter. J’étais à Kaye pour un séminaire et je commence à entendre des rumeurs qui parlent d’un coup d’État. J’ai pris ça à la rigolade, je pensais « arrêtez de dire n’importe quoi, les coups d’État ça existe dans d’autres pays africains, mais pas au Mali ». On est rentrés en 4×4 à Bamako, et sur la route, on s’est fait arrêter plusieurs fois par des hommes armés. Là, j’ai commencé à réaliser, c’était la panique autour de moi, mes proches étaient très inquiets. Et puis, lors du dernier contrôle, des hommes qui braquaient sur nous des mitraillettes ont voulu prendre notre 4X4 et nous laisser au milieu du désert. Finalement, ils ont pris celui d’un autre, mais on a vraiment eu peur. Je suis rentré en France le surlendemain, ça a été compliqué parce qu’à cause du coup d’État, je partais un jour après ce qui était prévu, mon visa était périmé de quelques heures, ils ne voulaient pas me laisser repartir. Je suis pas retourné au Mali depuis.

    Tu penses quoi de l’intervention française ? Je suis ni pour, ni contre. Disons que j’ai en tête la phrase de De Gaulle, « la France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts ». Après, moi, je ne parle pas des islamistes, mais des rebelles du nord, des terroristes. Pour moi, l’islam, c’est la paix, ce ne sont pas ces gens-là. Je suis partagé aussi parce qu’on n’a pas d’images, c’est difficile de savoir ce qu’il se passe. Et, en même temps, c’est vrai que l’armée malienne ne peut pas faire face toute seule.

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