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    06/02/2013

    La jeune franco-malienne de la semaine

    Oumou, 21 ans, finaliste de Miss Mali à Issy-les-Moulineaux en 2009

    Par Elodie Font

    Oumou a 21 ans, et elle oscille en permanence entre ses cours à la fac, ses engagements associatifs et… des défilés. Elle a chopé le virus en passant par hasard le casting de Miss Mali 2009 où elle a terminé parmi les finalistes.

    Elles arrivent à deux, elle et une copine. Un bar à proximité de la Gare de Lyon, à l’heure du thé/café. « C’est drôle, j’apprends des choses sur Oumou », glisse sa copine, étonnée, au bout de plusieurs minutes. Mi-sérieuse – elle n’aura pas réussi à me tutoyer, me faisant prendre 10 ans d’un coup, mi-amusée, Oumou raconte avec délice ses souvenirs du Mali. Elle rêve de bosser dans le milieu diplomatique, ne conçoit pas sa future vie professionnelle trop éloignée de son pays d’origine, aimerait que le Mali et les autres pays africains ne reproduisent pas forcément les mêmes erreurs que nous autres, vieux pays européens, avons pu commettre dans le passé – et le présent. Après trois garçons , Oumou – enfin une fille – revient pour nous sur son parcours de jeune franco-malienne.

    À quel âge es-tu allée au Mali pour la première fois ? J’étais bébé ! Mes parents vont à Bamako tous les deux ans à peu près, et on les a presque toujours accompagnés. Mes premiers souvenirs, je dirais qu’ils datent de 1999 – j’avais 8 ans. Y’avait plein de gens contents de nous voir, plein de cousins et de petits-cousins… Là-bas, ils n’ont pas le même rapport à la famille qu’en France. Et puis je me souviens de la chaleur, de la terre rouge qui tâche les chaussures. Je me rappelle aussi avoir attrapé le palu… Heureusement, c’était une semaine avant mon retour en France, donc j’avais été hospitalisée ici.

    Au fur et à mesure, tu constates davantage de différences entre les deux pays : là-bas, y’a jamais une rue de vide, les gens discutent devant les portes, ils boivent du thé, jouent aux cartes. Ils marchent très lentement – d’ailleurs, même si je parle bambara, les Maliens repèrent toujours que je suis française. Je me suis toujours demandée si c’était parce qu’on n’a pas la même démarche.

    Mes cousines, elles allaient voter pour le candidat qui leur avait apporté des casquettes !

    Comment les Maliens perçoivent la France ? Déjà, ils pensent que la France, c’est Paris. Avant 2005, ils imaginaient qu’on avait la vie facile, je me rappelle d’un de mes cousins qui m’avait dit qu’il préférait être un mouton en France qu’un homme au Mali, mais depuis 2007, c’est plus pareil. Y’a beaucoup de gens qui captent les chaînes satellitaires, ils voient les soucis qu’on a, la crise, ils nous disaient « Sarkozy, il vous embête, hein ! »

    Tu te verrais vivre là-bas ? Au pays ? Ça ne me poserait pas de problème. Je ne sais pas si j’irai y habiter, mais en tout cas, je veux impérativement bosser avec le Mali – dans une asso ou dans une organisation internationale. Pour moi, l’avenir est là-bas, en Afrique, il y a tant de choses à y faire ! Un pays comme le Mali, c’est l’occasion de réfléchir à faire les choses différemment, à expérimenter autre chose, d’autres modèles économiques, d’autres modèles politiques… On est plein de gens motivés, et je pense qu’on a raison d’avoir de l’espoir.

    Après, c’est sûr qu’il y a des choses qui me manqueraient de la France… des gens surtout ! Même des choses que je n’aime pas particulièrement, comme le métro, la foule, c’est quand même mon environnement. Mais rien ne m’empêchera de revenir en France… Dans ma tête, je me sens aussi carrément française.

    Tu es engagée dans l’associatif. Et le déclencheur, c’est le concours de Miss Mali France auquel t’as participé… Oui, je suis allée au casting en 2009 avec mes sœurs, et on se demandait « laquelle le fait ? Laquelle le fait ? » Comme j’étais la plus jeune, c’est tombé sur moi. J’étais trop stressée ! J’ai passé pas mal d’étapes, on était quand même plusieurs centaines, et j’ai fini dans les 12 premières, avec près de 1000 personnes dans la salle le soir de la finale. C’était dingue ! Le principe, c’était qu’on mette en avant notre double-culture, par exemple on ne défilait pas en maillot de bain, mais en tenue traditionnelle, on avait appris des chorées, des danses, c’était très impressionnant. Depuis, je continue à faire des défilés pour le plaisir, pas du tout pour devenir mannequin, juste parce que j’aime bien.

    J’ai rencontré plein de monde grâce au concours, plein de jeunes franco-maliens – avant, j’en connaissais presque aucun. Je me suis engagée dans l’asso 2e Génération qui organise Miss Mali , et puis depuis 2010, j’ai changé, je suis dans l’asso Sow (Smile for the orphans in the world), où j’ai davantage de responsabilités, de choses à construire. Ça me prend pas mal de temps, mais c’est du bon temps.

    Comment t’as réagi quand t’as su qu’il y avait un coup d’Etat au Mali, en 2012 ? Très surprise… Je m’étais jamais vraiment intéressée à la politique malienne avant – ils n’ont vraiment pas la même manière de fonctionner… Je me souviens de mes cousines, y’a quelques années, elles allaient voter pour le candidat qui leur avait apporté des casquettes ! Là, du coup, je me suis plongée dans la politique malienne et, en réalité, j’ai compris que ce coup d’État était inévitable. Heureusement, même, qu’il y en a eu un, ça a permis d’alerter le monde sur la situation au Mali.

    Après, je n’avais pas envisagé que la France pouvait intervenir, j’ai été agréablement choquée – je pensais que ce serait l’ONU qui interviendrait. Pour moi, c’est le combat de tout le monde : les terroristes islamistes ont choisi de s’implanter au Mali pour ensuite atteindre le monde entier. Finalement, je suis plus rassurée maintenant qu’il y a la guerre que ces six derniers mois. Mais ça ne veut pas dire que je vais retourner demain au Mali. J’avais prévu un voyage avec mes sœurs l’été prochain, mais on l’a repoussé.


    Oumou, ze life

    > 1991 : Naissance
    > 2009 : Dernière fois au Mali
    > 2009 : Dans les 12 finalistes de Miss Mali France
    > 2010 : Engagement dans l’asso Sow
    > 2013 : Master 1 en administration, management et internationalisation des territoires, à l’université de Créteil.

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