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    20/03/2013

    Robert Hue, l'entretien fleuve

    Le parti, c'est fini. Hue fait son come back sur le web

    Par Johan Weisz

    Robert Hue, l'ancien secrétaire général du PCF désormais à la tête du MUP, ne croit plus aux partis à la papa mais à… Internet. Sur StreetPress et Radio Campus Paris, il annonce sa nouvelle stratégie web et balance sur Fidel Castro.


    [Vidéo] font color=grey>« Fidel Castro a essayé de me convaincre que j’avais eu tort de ne pas avoir voté “oui” à Maastricht »

    L’ancien boss du « Parti » ne croit plus aux partis à la papa. Pour Robert Hue, les partis politiques ne sont plus du tout adaptés au style de vie d’aujourd’hui. Surtout, ils sont restés des « carcans » dans lesquels les militants doivent entrer « comme on entre en religion ». Du coup, Bob U – c’est comme ça qu’on l’appelle sur Twitter – nous promet de faire son come back sur les internets. Le renouveau de l’engagement passe par «plus d’horizontalité ». Et son mouvement, le MUP lancé en 2009 va désormais miser sur « les réseaux sociaux » pour défendre sa vision progressiste, « ni communiste, ni social-démocrate ».

    On ne s’attendait pas à voir Robert Hue débarquer dans le studio de Radio Campus Paris et de StreetPress, pour nous donner des leçons de web 2.0. L’ancien secrétaire général du PCF nous a aussi bluffé en auto-vannant son look hipster – barbe magnifiquement taillée et lunettes rondes tout droits sorties d’une pub Jimmy Fairly. Ajoutez-y une couche de vintage – « À la Havane, Fidel Castro a passé une nuit à essayer de me convaincre que j’avais eu tort de voter non à Maastricht » – et voilà que Robert Hue est en train de devenir la nouvelle hype et que vous hésitez déjà à lâcher 20 euros pour adhérer au MUP.

    Restent les essentielles questions de fond : Si le capitalisme est un horizon « dépassable » pour Hue, s’il est toujours attaché aux « valeurs communistes », il en a fini avec la dictature du prolétariat, « une déformation de la pensée de Marx ». Hue cite désormais Jaurès et prône une « évolution révolutionnaire ». Evolution qui l’a emmené jusqu’au Mc Do où Robert Hue nous a confié accompagner de temps en temps ses petits enfants. En 2013, il faut écouter attentivement Robert Hue, car l’homme que tu regardais s’agiter dans ton poste de télé au milieu des années 90 a deux ou trois choses à te dire sur les années 10.

    1 Retrouvez le podcast de l’émission :


    Ou téléchargez-le ici

    2 Les extraits de l’interview :

    Robert Hue, est-ce que vous avez un compte à Chypre ?

    Non, je n’ai pas de compte en banque à Chypre, si j’en avais un, et si j’étais Chypriote pour tout dire, je serais extrêmement inquiet.

    Etes-vous toujours communiste ?

    Je garde profondément attachées à moi les valeurs communistes. Je ne suis plus membre du Parti communiste, et je crois qu’il faut faire la différence entre les valeurs communistes et les structures politiques qui aujourd’hui se réclament du communisme. Je considère qu’il y a certainement beaucoup de communistes au Parti communiste, mais il y a aussi à l’extérieur des gens qui comme moi et comme d’autres, peuvent se réclamer des valeurs communistes, c’est-à-dire une démarche visant à combattre les inégalités, les injustices, à libérer l’homme de l’exploitation, des difficultés, de l’aliénation…

    Vous êtes toujours pour la lutte des classes ?

    Mais on n’a pas à être pour ou contre la lutte des classes, la lutte des classes est une réalité, elle est un fait. Et je considère que ceux qui pensent qu’il n’y a plus de lutte des classes, ils n’ont qu’à regarder ce qui va se passer peut-être à Chypre pour les petits épargnants.

    Mais la dictature du prolétariat, c’est fini ?

    Non, tout ça c’est… Vous savez, je suis quelqu’un qui participe de l’idée qu’il faut profondément changer la société, qu’il faut la révolutionner, je suis pour une révolution progressiste de la société, mais je ne m’inscris pas dans une démarche de violence avec une dictature du prolétariat.

    C’était une connerie, la dictature du prolétariat ?

    Non, c’est une dogmatisation de la pensée de Marx, tout simplement. Marx, quand il pose la question de la dictature du prolétariat, il n’est pas dans la situation que nous connaissons aujourd’hui ni même celle qu’on a connue au XXe siècle à bien des égards. Je crois qu’il y a toujours la nécessité de rassembler non pas tous les prolétaires du monde comme disait Marx, mais tous les indignés.


    [Vidéo] font color=grey>Robert Hue est-il toujours communiste ?


    font color=grey>Robert Hue dans le studio de Radio Campus Paris

    L’engagement politique passe-t-il encore par les partis ?

    Cela passe surtout par la proximité, l’horizontalité… Vous voyez, je m’adresse à des jeunes, et je suis très heureux d’ailleurs de m’adresser à eux aujourd’hui. Je ne vais pas jouer les vieux cons, mais en même temps, les jeunes n’ont plus tellement envie de s’engager en politique. Les jeunes ne veulent pas s’engager en politique s’ils n’ont pas le sentiment d’être utiles. Et donc aujourd’hui, il faut leur proposer des structures qui ne soient pas des mouvements dans lesquels on entre comme on entre – pardonnez-moi ce n’est pas péjoratif – en religion…

    Ou comme on entrait au Parti Communiste à l’époque…

    Oui comme moi j’y suis entré… mais on ne peut pas rester enfermés dans des carcans, il y a des jeunes qui veulent rentrer en politique pour une seule question : la question de la faim dans le monde, la question de telle ou telle lutte juste dans tel ou tel domaine… Mais ils ne veulent pas forcément épouser tout le dogme, toute la doctrine. Il faut leur offrir une possibilité d’ouverture, parce qu’on a besoin de cet engagement.

    Mais comment voulez-vous changer tout ça ?

    Il faut cheminer d’une structuration telle qu’elle existait avec ses rigidités vers une démarche beaucoup plus directe, celle des réseaux. Je vais vous dire pourquoi avec le mouvement progressiste que j’ai constitué, le MUP, j’ai intérêt à aller dans le sens de ce que vous dîtes. Je veux porter la politique à travers les réseaux sociaux, la démarche moderne et contemporaine qu’est cette démarche informationnelle. Pourquoi ? Pour deux raisons. D’abord, parce qu’on n’a pas de sous ! On n’a pas d’argent au MUP. On a des élus, je suis sénateur, on a un député… Mais ça ne suffit pas. Donc aujourd’hui, la communication par ces réseaux, par la démarche Internet, c’est formidable !
    Et moi, avec le mouvement progressiste, je vous le dis, puisque je suis dans une radio complètement branchée, si je puis dire, dans ce domaine, je m’inscris et je veux porter une formation politique moderne, nouvelle, qui soit basée sur Internet. Pas exclusivement, mais basée, dont le cœur est Internet parce que c’est un moyen où on ne peut pas nous empêcher de parler lorsqu’on a envie de parler si on n’a pas de sous, pas de moyens, pas les puissances financières, pas les banques…

    En fait, vous voulez vous développer sur les réseaux sociaux ?

    Complètement. On a 3.000 adhérents au MUP et nous allons développer ça. Il ne s’agit pas seulement d’avoir des équipes capables d’animer Internet, il faut être profondément imprégné de cette démarche. Sans quoi, il n’y aura pas de rassemblement politique, on l’a vu avec le mouvement des indignés, on l’a vu avec ce que l’on appelle les grands mouvements des printemps arabes…

    Donc, l’engagement dans les partis politiques à la papa, c’est fini ?

    Je crois que ça a pris du plomb dans l’aile…


    [Vidéo] font color=grey>Les partis, c’est fini ?

    Ça vous arrive d’aller au McDo, Robert Hue ?

    Ça m’est arrivé, avec mes petits-enfants, héhé.

    Vous leur expliquiez comment, l’endroit où vous étiez ?

    Bon le McDo… J’ai été maire pendant 32 ans, j’ai inauguré un McDo dans ma commune…

    Vous vous situez où politiquement ? Entre la social-démocratie et les communistes ?

    Je considère que la social-démocratie, donc les socialistes en clair, et les communistes, les partis communistes qui ont été au pouvoir, notamment à l’époque soviétique, toutes ces démarches issues du mouvement ouvrier socialiste du 19e siècle ont échoué. Et même la social-démocratie… Je vois bien les efforts que fait actuellement François Hollande – et je l’ai soutenu – mais je ne crois pas que ça apporte une réponse durable…

    Vous appelez à une révolution progressiste, c’est quoi ? Quelle différence avec la social-démocratie ?

    Le problème c’est que la social-démocratie n’entend pas un dépassement du système capitaliste tel qu’il est. Ils ont un temps, une période de leur histoire, été attachés à une rupture de caractère révolutionnaire, comme les communistes, mais en fait aujourd’hui, ils considèrent que ce n’est pas là qu’il faut aller, ils sont dans une adaptation… Je trouve ça respectable, mais ce n’est pas mon choix.

    Le choix du mouvement progressiste c’est de mettre le progrès humain et durable au cœur de la démarche, c’est de dire : il faut dépasser ce système, le fric, l’argent-roi, ce qui crée les inégalités les plus folles dans le monde, à Chypre ou ailleurs, et en France en particulier. Ce système-là, ce mécanisme-là, il a fait son temps, il faut le dépasser. Et donc je considère que ni ce qu’ont été les expériences soviétiques, communistes, au pouvoir, ni ce qu’ont été les sociaux-démocrates au pouvoir en Europe pendant vingt-cinq ou trente ans, notamment dans le nord de l’Europe, n’ont apporté de réponses durables. La plupart du temps l’alternance s’est faite au profit à nouveau du libéralisme. Et de même que je pense que le libéralisme, le capitalisme, en clair, pour l’appeler par son nom, n’est pas la fin de l’histoire…

    Le capitalisme est dépassable ?

    Mais complètement ! Et je pense que non seulement il est dépassable, mais qu’il convient de le dépasser.

    J’ai été maire pendant 32 ans, j’ai inauguré un McDo dans ma commune…

    Le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire

    Du coup, quelle serait votre première mesure « progressiste » si vous arriviez au pouvoir ?

    Ecoutez, quand on est président de la République on est pragmatique, et donc ma première mesure, c’est tout simple. Je serais pour une augmentation sensible du pouvoir d’achat des gens permettant effectivement de relancer la croissance, d’apporter des réponses à l’emploi… C’est une formule qui est entre les démarches keynésiennes et la révolution progressiste que je préconise.

    Mélenchon, en voulant surfer sur la crise et en divisant la gauche, il fait monter le Front National ?

    Ce n’est pas si mécanique que cela, mais il est incontestable que les solutions que visent à créer des illusions, à mon avis, sont dangereuses. Il faut se garder de cela, parce que très vite, la dérive est grande. La dérive démagogique, la dérive populiste… Voyez, regardez l’Italie… Donc il y a un danger réel de ce côté-là. Bon, Jean-Luc Mélenchon n’est pas un danger réel, mais je dis qu’une démarche qui s’appuie sur les souffrances, et qui propose de raser gratis à tout bout de champ, sans prendre en compte la réalité concrète de ce qu’est le monde aujourd’hui, non seulement elle est vouée à l’échec, mais elle risque de conduire à des dérives terribles par la suite au niveau électoral.

    Et sinon, vous êtes déjà allé à Cuba ?

    Je suis allé à Cuba, oui, et je garde un excellent souvenir de cette visite. J’ai passé près d’une nuit à discuter en tête-à-tête avec Fidel Castro, qui a essayé de me convaincre que j’avais tort de ne pas avoir voté « oui » à Maastricht ! Je m’en souviens très bien, il disait : “mais il faut que l’Europe soit unie, pour combattre les Etats-Unis !”

    Est-ce que vous savez ce qu’est un hipster, Robert Hue ?

    Non…

    C’est quelqu’un de branché qui porte la barbe et des lunettes : je voulais vous demander si c’était plus facile de porter la barbe aujourd’hui qu’il y a quinze ans.

    Je ne sais pas, en tout cas je ne la raserai jamais. Vous, vous la portez bien, hein. Il vous manque les lunettes…

    Alors là, c’est un super compliment que vous me faites…

    Jean-Luc Mélenchon n’est pas un danger réel

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