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    12 / 06 / 2013

    Sophie Ansel, auteur de « Nous les innommables - un tabou birman », était l'invitée de la matinale politique

    En Birmanie, la situation désespérée de la minorité musulmane Rohingya

    Par Johan Weisz

    En Birmanie, les 800.000 musulmans Rohingyas sont persécutés et massacrés, avec la complicité de la junte. La journaliste Sophie Ansel, rejointe par l'avocat Mahor Chiche était l'invitée du talk de StreetPress sur Radio Campus Paris.

    La visite d’Obama en Birmanie, Aung San Suu Kyi élue au parlement, les premiers journaux privés qui sont autorisés par la junte et les entreprises qui investissent dans le pays. Un conte presque parfait pour le Myanmar encore il y a quelques mois sous la coupe réglée de la junte militaire. Car dans l’Etat d’Arakan, à l’ouest du pays, des centaines de milliers de musulmans de la minorité rohingya sont persécutés, victimes de pogroms, enterrés dans des fosses communes et déplacés par dizaines de milliers, sous le regard bienveillant voire complice des autorités.

    Voilà de quoi on a parlé lundi avec la journaliste Sophie Ansel et l’avocat Mahor Chiche dans le talk de StreetPress sur Radio Campus Paris. Sophie Ansel a commencé à s’intéresser à la Birmanie au milieu des années 2000, quand la jeune journaliste a couvert le pays pour réaliser l’édition 2007 du guide de voyage « le Petit Futé ». Elle a ensuite contribué à plusieurs docs sur la Birmanie, a cosigné la bande dessinée Lunes Birmanes (Delcourt) et a publié fin octobre Nous les innommables – un tabou birman, qui raconte l’histoire d’Habib, un réfugié rohingya.

    Elle était rejointe dans le studio par l’avocat Mahor Chiche, qui s’est longtemps engagé pour une autre cause perdue, celle du Darfour. Ensemble, ils s’apprêtent à lancer une mobilisation en France sur la question des Rohingyas, au travers d’un appel et d’une pétition.

    1Retrouvez le podcast audio de l’émission

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    2Les extraits de l’interview

    Peut-on parler aujourd’hui d’ouverture démocratique pour la Birmanie ?

    Sophie Ansel : Depuis le printemps 2011, les militaires ont enfilé des vêtements civils. Il y a des libérations de prisonniers politiques, comme Aung San Suu Kyi, qui est l’icône de la démocratie birmane, aujourd’hui au Parlement. Il y a également une ouverture sur la censure de la presse. Mais c’est un pays avec une centaine d’ethnies qui ne bénéficient pas de l’ouverture à laquelle l’Europe veut bien croire.

    L’histoire de la Birmanie semble complexe et pleine de paradoxes aux yeux des Occidentaux. Vous confirmez ?

    Sophie Ansel : Il est difficile, évidemment, de comprendre ce qui ce passe en Birmanie de notre point de vue. Par exemple, le dictateur Than Shwe fait appel à des astrologues pour prendre ses décisions. La capitale a également été déplacée en 2006 de Rangoun à Naypydaw, sur les conseils d’un astrologue. C’est déroutant pour les Occidentaux. C’est un pays préservé de la surconsommation. Le Coca Cola vient juste d’arriver sur le territoire !

    Vous cosignez avec Habiburahman un livre qui raconte son histoire, celle d’un réfugié birman de l’ethnie des Rohingyas…

    Sophie Ansel: Je me suis rendue compte au fur et à mesure que les Rohingyas ont vraiment un statut à part. En Birmanie ils sont victimes de ségrégation, dans des villages clos, coupés de la population, ce qui en fait l’une des ethnies les plus persécutées au monde selon l’ONU.

    Quand j’ai rencontré Habib en Malaisie, il m’a expliqué cette situation. Il vivait dans des conditions terribles. A force ne pas pouvoir bénéficier de l’exil, il a pris un bateau pour aller en Australie. J’ai décidé dans un livre de raconter sa fuite, depuis sa naissance en Birmanie, en passant par la Malaisie. Il a passé du temps en Thaïlande dans des centres de rétention, puis 3 ans dans un centre de rétention à Darwin en Australie, avant de pouvoir s’installer à Melbourne, quelques jours après la sortie du livre.

    Combien reste-t-il de Rohingyas en Birmanie ?

    Sophie Ansel : Les Rohyngias sont persécutés depuis les années 1960. Avant il y avait 3 millions de Rohingyas, ils sont moins de 800.000 dans le pays. Il y a beaucoup d’exilés de par le monde, en Arabie Saoudite et au Bangladesh notamment.

    La question des Rohingyas est méconnue du grand public, et la communauté internationale peu attentive à leur sort…

    Mahor Chiche : On sait que des villages sont brûlés, qu’il y a des massacres mais pourtant la communauté internationale se désintéresse de la situation. Récemment, lorsque des dignitaires birmans ont rencontré Obama, la question des Rohingyas n’a pas été évoquée.

    L’UE a levé fin avril les sanctions qui pesaient sur la Birmanie et l’opinion mondiale est enthousiaste à l’égard du pays, et pourtant, il y a un silence à propos de cette ethnie. Il s’agit de musulmans persécutés par des bouddhistes. Le moine Ashin Wirathu , surnommé le « Ben Laden birman », demande la ségrégation des musulmans de Birmanie, avec un discours assez proche de l’idéologie néo-nazie.

    Nous lancerons dans quelques jours une pétition pour demander une commission internationale d’enquête. On espère que François Hollande et le quai d’Orsay nous recevront pour mettre en place une réflexion pour la démocratisation de la Birmanie et pour sauver le peuple Rohingya.