05/05/2023

Les agresseurs auraient été identifiés

Des hooligans néonazis tabassent un attaché parlementaire de la France Insoumise avant la finale de la coupe de France

Par Ricardo Parreira

Un assistant de la députée LFI Aurélie Trouvé a été lourdement frappé au visage et sur le corps par des hooligans néonazis parisiens et toulousains, alors qu’il filmait leur agression raciste. StreetPress a identifié des membres du groupe.

Au téléphone, la voix de Théo C. est tremblante. Le trentenaire ne fait que de ressasser ce qu’il lui est arrivé le 29 avril dernier, lors de la finale de coupe de France. L’attaché parlementaire de La France Insoumise (LFI) a été tabassé par des hooligans néonazis. Il filmait des agressions racistes dans le métro quand ils s’en sont pris à lui. Il s’est pris des coups de pied et de poing sur tout le corps. Il a fini à l’hôpital avec le visage tuméfié, le nez gonflé et cinq jours d’ITT. Son portable a été volé par ces mêmes hools.

C’est Le Parisien qui a publié l’histoire ce 4 mai au soir. Une fuite qui inquiète beaucoup l’attaché LFI. « J’ai peur. Les personnes qui m’ont attaquées sont dangereuses. » Le média a qualifié les agresseurs d’« ultras toulousains ». Pourtant, StreetPress a surtout identifié des hooligans d’extrême droite dans le groupe, avec parmi eux un dénommé César A., un membre d’un groupe de hools parisiens. Ainsi que des hooligans toulousains – une amitié Toulouse-Paris existe chez les hools.

Contactés, les ultras toulousains répondent qu’ils étaient au square des acrobates à Saint-Denis (93), le rendez-vous grand public des fans du Tef, au même moment, et n’ont rien à voir avec cette histoire.

Un ultra est un supporter dont le but premier est de suivre son équipe en déplacement et de la soutenir de la meilleure façon, que ce soit par des chants ou des animations. Ce que ne fait pas le hooligan (aussi surnommé « indep »), chez qui la violence est souvent l’objectif principal. Les groupes ultras se revendiquent pour la plupart apolitiques, ce qui n’est là aussi pas le cas des hooligans.

Théo a déposé plainte et une enquête a été ouverte. Elle aurait été confiée à la Sûreté régionale des Transports (SRT) – un service qui enquête sur les crimes et délits commis dans les transports en commun – selon Le Parisien.

Théo a porté plainte auprès de la police pour cette agression des hooligans d'extrême droite. / Crédits : DR

Les faits

29 avril. 16h50. Théo descend dans la station Blanche pour prendre la ligne 2 du métro parisien. Il fait partie des personnes qui se mobilisent autour du stade de France pour distribuer des cartons rouges contre le gouvernement et Emmanuel Macron. À Anvers, « un groupe vêtu de noir » et composé d’environ 80 hommes monte dans la rame. Théo croit comprendre que ce seraient des Toulousains. À Barbès, un des gars lance : « Elle est belle la France ». Et arrivé à la station La Chapelle, un individu juste devant Théo, exhorte :

« Les racistes, on descend ! »

Le groupe fait du bruit, tape sur le métro en criant : « La Garonne est violente. » Les supporters prennent le tunnel qui mène du métro à la gare du Nord et son RER. Dans les escaliers, Théo voit une première altercation avec « le vendeur de cigarettes à la sauvette ». Les hools chantent ensuite sur l’escalator : « La France aux Français ! »

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Une agression violente

Pas à l’aise, Théo C. tente de les dépasser. Sauf qu’arrivé aux portiques de sécurité, il aurait vu le groupe commencer « à violenter plusieurs passants d’origine maghrébine, sri-lankaise, ou africaine ». Selon l’attaché, ces derniers auraient pris des coups de poing et des vendeurs à la sauvette des coups de pied. « Je commence à filmer à l’avant, plutôt de loin », narre Théo.

Un des agresseurs l’aurait alors aperçu, avant de tenter de lui arracher son téléphone. Théo résiste mais plusieurs membres du groupe de hooligans arrivent :

« Ils m’ont frappé au visage, à la tête, au dos… »

Théo finit par lâcher le téléphone et perd connaissance. Il subit une sorte « d’amnésie traumatique » comme il le caractérise et se « réveille » dans les toilettes du hall principal de la gare, sans savoir comment il a marché jusque-là. Elise (1), la femme de ménage en service, lui porte secours puis appelle les pompiers et la police. Contactée par StreetPress, elle se rappelle qu’il « saignait très fort ». Quand ils sont arrivés, les agents de la RATP Sécurité auraient affirmé à Théo qu’ils ne pouvaient rien faire et n’ont pas proposé à l’attaché parlementaire de porter plainte.

Théo est pourtant mal en point. Il est conduit à l’hôpital Lariboisière, où un examen révèle les lésions suivantes : « Une plaie au cuir chevelu agrafée, un œdème des os propres du nez sans fracture visible sur la radio, un hématome maxillaire droit et péri-orbitaire bilatéral, ainsi qu’une lésion non suturée à la lèvre supérieure et à la langue. » Deux jours plus tard, un nouveau constat médico-légal que StreetPress a pu consulter lui donne cinq jours d’ITT.

Aux UMJ, Théo a reçu cinq jours d'ITT. Il avait notamment « un œdème des os propres du nez, un hématome maxillaire droit et péri-orbitaire bilatéral, ainsi qu’une lésion non suturée à la lèvre supérieure et à la langue ». / Crédits : DR

Le trentenaire a également reçu des coups à la tête, et en garde « une plaie au cuir chevelu agrafée », selon le certificat médical. / Crédits : DR

Des hooligans bien connus de StreetPress

Le 30 avril, au lendemain des violences, Théo décide d’aller au commissariat. Le policier lui aurait expliqué, qu’en plus de lui, trois autres blessés de l’agression dans le métro auraient été transportés à l’hosto. Mais Théo est le seul à venir porter plainte. Il est rappelé par la police ferroviaire le 1er mai pour regarder les images de vidéosurveillance et identifier ses agresseurs. Il est accompagné de Marie (1) qui voit également les vidéos. « Au début, on voit des gens qui ont peur et qui courent », détaille-t-elle à StreetPress :

« Puis, on voit une masse de gens habillés de noir, certains cagoulés. Au bout d’un moment, on voit Théo qui filme… Et quand ils le voient, ils le frappent. »

Dans sa plainte, consultée par StreetPress, Théo dénombre trois à cinq assaillants qui lui infligent des coups. Selon lui, à la vue de la vidéosurveillance – à laquelle StreetPress n’a pas eu accès – il est difficile de voir qui a porté les coups. Mais l’attaché parlementaire reconnaît dans le groupe de hool plusieurs têtes bien connues de StreetPress.

La première est celle de César A., qui a été photographié en première ligne au stade de France pendant la finale par L’Équipe. La photo a ensuite été décryptée par StreetPress et l’auteur de ces lignes sur Twitter. On le voit torse nu, avec une série de tatouages en vogue chez les néonazis et suprémacistes blancs, comme la Croix de Fer ou le Kolovrat – utilisé par le bataillon ukrainien Azov, milice très suivie par l’extrême droite en France. César A. fait également un salut avec le bras et trois doigts tendus : un salut de Kühnen, ersatz de salut nazi inventé par Michael Kühnen, un leader néonazi allemand, pour contourner l’interdiction de ce geste.

Cet hooligan parisien, fils d’un photographe décédé de renom, a été le coach de certains combattants d’extrême droite comme Maxime Bellamy (dont StreetPress a fait le portrait). C’est aussi un membre de Jeunesse Boulogne, un faux nez des Zouaves Paris. Aux côtés de Théo et Marie, le policier aurait confirmé qu’il s’agissait effectivement de César A. sur les images.

César A. est un coach de sport et travaille avec des combattants d'extrême droite comme Maxime Bellamy (à gauche). / Crédits : DR

Au stade de France, César était accompagné de Victor D., un ancien membre de la Milice, un groupe d’indeps parisiens dissous en 2010 par le gouvernement. Ce n’est pas une surprise de retrouver des hools parisiens chez les Toulousains : depuis des années, une grande amitié lie les anciens indeps du Kop of Boulogne (KOB) et la Camside Tolosa, les hools occitans. En plus de Victor, Théo aurait également reconnu dans la masse, sur les vidéosurveillance, Clément D., qui apparaît effectivement sur des photos prises ce soir-là, au stade. Lui est un Toulousain, infirmier dans un grand groupe de maisons de retraite, et membre du groupe d’extrême droite Toulouse Offender, qui a été un temps « l’équipe jeune » de la Camside Tolosa, selon un connaisseur de la mouvance.

En plus de César, Théo a reconnu dans le groupe Victor D., un autre membre des hooligans de la Milice Paris. / Crédits : Instagram de l'Equipe et DR.

Dans l'expédition punitive de hooligans, Théo a également reconnu Clément D. Un infirmier membre du Toulouse Offender, proche de la Camside Tolosa. / Crédits : DR

Théo aurait également reconnu un autre hooligan grâce à son tatouage sur son épaule droite, qui apparaît également sur la photo publiée sur Instagram par L’Équipe. On y voit une toile d’araignée et le drapeau des États Confédérés d’Amérique, souvent brandi par des groupes suprémacistes blancs pour exprimer leur idéologie raciste. En France, il a pu être utilisé par des groupes fascistes comme l’Alvarium ou des hooligans d’extrême droite comme les Brizak Nancy. StreetPress a également pu identifier cet homme d’une cinquantaine d’années, c’est un membre du Viola Front, un ancien groupe de hooligans toulousains qui n’a plus d’activité depuis plus de quinze ans. Sur le Facebook de cet homme, on trouve une photo entourée d’un texte en anglais : « Parfois social, toujours fasciste. »

Ce membre des Viola Front, un ancien groupe de hooligans toulousains, a été reconnu par Théo C. Sur Facebook, le hools vante son côté fasciste. / Crédits : DR

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(1) Les prénoms ont été modifiés.