Comme depuis une vingtaine d’années, quelques centaines d’identitaires venus de toute la France ont défilé au flambeau dans Paris ce 17 janvier. Mais cette année, les néofascistes semblent avoir pris un ascendant sur la procession.
Paris (75), samedi 17 janvier — « Parisien, défends-toi, tu es ici chez toi », éructe un militant d’extrême droite. Un chant assez ironique, vu qu’il s’agit d’un identitaire qui a fait le trajet depuis Metz (57). Ils sont entre 200 et 300 à avoir fait le déplacement des quatre coins de la France, mais aussi d’Allemagne, d’Autriche ou du Royaume-Uni pour la Sainte-Geneviève, cette procession annuelle organisée par l’extrême droite parisienne depuis une vingtaine d’années en l’honneur de la patronne de Paris et des forces de l’ordre. Bien que moins nombreux par rapport à l’édition précédente, le cortège dans les ruelles du Ve arrondissement de la capitale donne l’illusion du nombre. Identitaires et néofascistes — pour une bonne partie condamnés pour violences — défilent flambeaux à la main, sous des étendards ornés des blasons des 20 arrondissements de Paris.
Ils sont entre 200 et 300 à avoir fait le déplacement des quatre coins de la France, mais aussi d’Allemagne, d’Autriche ou du Royaume-Uni. Moins que l'année dernière. / Crédits : Adnan Farzat
La Sainte-Geneviève est l'occasion pour l'extrême droite parisienne de faire une procession annuelle depuis une vingtaine d’années en l’honneur de la patronne de Paris et des forces de l’ordre. / Crédits : Adnan Farzat
Aux alentours de 18 heures, la foule s’amasse progressivement sur le quai de la Tournelle. Louise Garnier, élue du syndicat étudiant la Cocarde à Sciences Po Paris, distribue des flambeaux aux participants. Celle qui a été propulsée cette année porte-parole de « Paris fierté », l’asso qui se cache derrière le défilé, fait ça en badinant avec une journaliste de la radio d’extrême droite Radio Courtoisie. « Les filles qui tiennent la banderole, rapprochez-vous s’il vous plaît », lance un militant du groupuscule identitaire Les Natifs dans un mégaphone.
Louise Garnier, membre du syndicat étudiant d'extrême droite la Cocarde, ainsi que porte-parole du faux-nez identitaire « Paris fierté ». / Crédits : Adnan Farzat
Le service d’ordre rassemble les participants éparpillés et disperse les journalistes qui se rapprochent trop de la tête de cortège, où StreetPress a remarqué quelques membres du groupe fémonationaliste Némésis. / Crédits : Adnan Farzat
Autour, le service d’ordre rassemble les participants éparpillés et disperse les journalistes se rapprochant trop de la tête de cortège. Sous les brassards de chiffon blanc, beaucoup sont des militants des Hussards Paris, qui est le nouveau nom du groupuscule néofasciste historique, le Groupe union défense (GUD). L’un de leurs anciens militants, Gwendal Cohin-Pourajaud, répartit ses troupes et aveugle les photographes avec une lampe torche clignotante.
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En 2025, il a été condamné pour des violences en marge d’un meeting d’Éric Zemmour en 2021 avec Marc de Cacqueray-Valmenier, l’ex-patron multicondamné de l’extrême droite francilienne. Celui qui bosse maintenant pour une société de sécurité privée, qui collabore avec le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré, défile plus loin dans le cortège avec sa femme, Liselotte Dutreuil, de son vrai nom Dungelhoef, présentatrice de la matinale de Radio Courtoisie.
L'ancien leader du GUD Marc de Cacqueray-Valmenier était présent au défilé, en compagnie de sa femme Liselotte Dungelhoeff (alias Dutreuil), journaliste à Radio Courtoisie. / Crédits : Adnan Farzat
Identitaires et néofascistes, certains déjà condamnés pour violences, défilent flambeaux à la main. / Crédits : Adnan Farzat
Mélange entre identitaires et néofascistes
La surreprésentation des militants du GUD dans le service d’ordre du défilé illustre le brouillage croissant des lignes entre les différentes chapelles de l’extrême droite parisienne. Historiquement, la Sainte-Geneviève est l’apanage des Zids — le surnom des identitaires —, tandis que le Comité du 9 Mai est celui des néofascistes. En 2025, l’arrivée massive de ces derniers dans le cortège hivernal avait même fait paniquer les organisateurs de « Paris fierté », qui s’étaient demandé à l’époque « comment gérer » les « rats noirs », surnom des membres du GUD.
Le défilé qui est un rendez-vous identitaire a eu, comme l'année dernière, son lot de néofascistes. La situation illustre le brouillage croissant des lignes entre les différentes chapelles de l’extrême droite parisienne. / Crédits : Adnan Farzat
Le très radical patron des identitaires à Lille Aurélien Verhassel, qui accueillait cadres du GUD et membre du FN dans son bar dans les années 2010. / Crédits : Adnan Farzat
Un an plus tard, tous se mélangent gaiement autant dans le service d’ordre que dans la foule. StreetPress y a trouvé des identitaires parisiens des Natifs, mais aussi de Lille (59) avec Nouvelle droite et le très radical patron des Zids nordistes, Aurélien Verhassel, qui défile en tenant un enfant par la main. Il y a aussi ceux venant de Metz avec Aurora Lorraine, emmenés par leur leader Léo Kerkant, ou encore de Rouen avec Les Normaux. Outre ces identitaires, une bonne partie des fémonationalistes de Némésis était présente, dont la présidente Alice Cordier et la porte-parole Anaïs Maréchal — belle-sœur de Marion Maréchal-Le Pen —, et les anciennes assistantes parlementaires du Rassemblement national, Nina Azamberti et Clémence Le Saint, ou encore Inès Dugast, militant aussi bien avec Némésis que chez les néofascistes parisiens de Luminis.
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Le rassemblement a également vu la présence de profils comme la fémonationaliste de Nemesis Nina Azamberti, ex-assistante parlementaire RN, et le directeur éditorial du média d'extrême droite Frontières David Alaime. / Crédits : Adnan Farzat
Disséminés dans le cortège, il y avait Matthieu Goyer, cadre parisien de Civitas, organisation catholique intégriste dissoute en 2023, ou l’identitaire Marc Barrault, condamné à de la prison en 2023 pour violences racistes en sortie de boîte de nuit. Mais également l’ancien boss des néofascistes lyonnais Eliot Bertin, encadré par un détachement de nervis d’Audace — nouveau nom de Lyon populaire, son groupuscule dissous en 2025 par le gouvernement. Juste derrière Marc de Cacqueray-Valmenier se trouvait une délégation de la Cocarde étudiante menée par son patron Édouard Bina. En queue de comète traîne le reste des Hussards Paris, dont son leader Gabriel Loustau — fils de l’ex-leader néofasciste Axel Loustau, ex-cadre RN et proche de Marine Le Pen — condamné pour violences, notamment homophobes le soir de la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024.
L'ancien chef de la section parisienne des cathos intégristes de Civitas, Mathieu Goyer, a été de la procession. Il avait activement milité pour Eric Zemmour lors de l'élection présidentielle 2022. /
Des passants médusés
Au cœur de ce flou idéologique, quelques figures connues pour leur confusion, dont l’ancien candidat FN mythomane Léopold Jimmy. Et des militants internationaux. Parmi eux, des Britanniques de Raise the Colours — ce mouvement anglais qui fait des virées à Calais (62) pour intimider des migrants avait pourtant reçu une interdiction de territoire français envers une dizaine de ses membres le 16 janvier. Et surtout des militants d’Autriche, déjà présents lors de la dernière édition.
Devant l’église Saint-Étienne-du-Mont, place Sainte-Geneviève (Ve arrondissement de Paris), la porte-parole Louise Garnier s’exprime à la lueur des flambeaux qui se consumment rapidement, à la caméra de l’influenceur d’extrême droite employé par « Frontières », David Alaime.
Encadré par quelques CRS, les radicaux ont défilé sous les yeux médusés des passants qui se demandaient parfois à haute voix : « Mais c’est des nazis ? » / Crédits : Adnan Farzat
L'ex-membre du GUD et des Zouaves Paris Gwendal Cohin-Pourajaud, connu sous le pseudonyme de Tidom, était un des leaders du service d'ordre. / Crédits : Adnan Farzat
Le cortège suprémaciste n’a, une fois de plus, pas été grandement dérangé. Encadrés par quelques CRS, les radicaux ont défilé sous les yeux médusés des passants qui se demandaient parfois à haute voix :
« Mais c’est des nazis ? »
D’une fenêtre s’est élevée la mélodie de « Bella Ciao », chant antifasciste italien. Rue de l’École Polytechnique, lorsque le cortège se faufile entre les terrasses bondées du samedi soir, quelques clients huent les processionnaires, mais sont vite renvoyés dans les cordages par le service d’ordre.
À quelques centaines de mètres de là, place Jussieu, se tenait un contre-rassemblement de quelque 200 antifascistes — presque autant que les militants d’extrême droite — organisé par le Cadre unitaire antifasciste Paris-Banlieue qui rassemble diverses organisations de gauche. Il devait originellement se tenir sur le parvis de l’Institut du monde arabe, juste en face du point de départ de la Sainte-Geneviève. La préfecture de police, qui avait tenté d’interdire la manifestation identitaire les trois années précédentes, a imposé aux organisateurs de la manif antifa de s’éloigner.
Deuxième en partant de la gauche, Léo Kerkant du groupe identitaire Aurora Lorraine. / Crédits : Adnan Farzat
Une fois les prises de parole terminées, la foule se disperse. Direction, pour nombre d’entre eux, un « after » sur une péniche en bord de Seine. Soirée au cours de laquelle ont été chantées des chansons racistes selon des révélations de « Libération », qui a identifié Louise Garnier et Clémence Le Saint sur les images. La nuit a été courte pour la plupart des militants. Le lendemain a eu lieu la Marche pour la Vie, défilé anti-IVG annuel, où certains comme Gwendal Cohin-Pourajaud font le service d’ordre. Le tout en compagnie de la seule chapelle absente de la procession la veille, les royalistes de l’Action française. Ils étaient occupés, de l’autre côté de la Seine, à célébrer la mémoire du roi décapité Louis XVI.