À Brest, le Rassemblement national et sa liste aux municipales ont aussi leur lot de « brebis galeuses » bien salé. StreetPress en a repéré cinq de plus. Confronté, le candidat RN tête de liste relativise.
Yves Pagès, 77 ans, tête de liste du Rassemblement national à Brest (29), veut incarner « la force du changement », indique-t-il au quotidien « Le Télégramme », à la présentation de sa liste, le 28 février. StreetPress a pourtant épinglé dans la liste cinq candidats, qui font monter le score total des « brebis galeuses » du RN à l’échelle nationale à 186 épinglées. Un vrai cheptel !
Il y a déjà cette candidate, douzième sur la liste, mère de famille, dont le mari est aussi candidat, qui affiche en public sur Facebook, en 2017, son enfant, affublé de la moustache d’Adolf Hitler, avec ce texte : « Mon petit hitlérien !!! » Un autre, en 2016, publie un photomontage raciste d’une personne asiatique avec le texte : « Si chien aboie alors chien pas bien cuit. »
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Ça se corse avec Danyel Montier, n°33 sur la liste, qui repartage du contenu créé par l’intelligence artificielle, dans lequel apparaissent des jeunes hommes noirs. Surmonté du texte, « le rêve français version 2025 », l’une des personnes créée de toutes pièces clame : « On nous a dit qu’en France, il y a un appartement, des aides, même les transports gratuits. On arrive, préparez le canapé. » Une habitude de l’extrême droite depuis deux ans, qui utilise l’IA pour donner forme à ses fantasmes.
Sur la liste RN à Brest, la colistière en douzième position affichait son enfant sur Facebook en 2017, affublé de la moustache d’Adolf Hitler, avec ce texte : « Mon petit hitlérien !!! » / Crédits : DR
Le numéro 23 de la liste du RN à Brest a publié en 2016 ce photomontage raciste d’une personne asiatique avec le texte : « Si chien aboie alors chien pas bien cuit. » / Crédits : DR
Une petite touche antivax est apportée par le n°49, Romain Malgorn. L’ouvrier qualifié partage plusieurs vidéos d’Olivier Rohaut, alias « Oliv Oliv », candidat malheureux aux législatives de 2022 et chef de file de la fronde contre le pass sanitaire à Nice (06). Cet influenceur partage sur ses réseaux sociaux le témoignage d’une femme de 37 ans atteinte de la maladie de Charcot, supposément provoquée par l’injection d’une dose de vaccin anticovid, depuis décédée.
« Français par la CAF versée »
Il y a aussi Landry Ramel, garagiste en 17e position sur la liste RN, qui ne se soucie pas seulement de mécanique. Il s’inquiète aussi de « la part des noms islamiques par type de crime », sujet d’une vidéo repartagée par Le Bracq, influenceur d’extrême droite. « Si la justice voulait bien nous transmettre les chiffres réels, je les partagerai aussi dans n’importe quel sens que ce soit. Je n’ai pas de ressentiment envers l’islam ni aucune autre religion », se défend-il auprès de StreetPress.
Interrogé sur ses republications de Dieudonné malgré ses multiples condamnations, le RN Landry Ramel évoque un « lynchage médiatique » contre l’humoriste. « Après je ne partage pas le bonhomme et ses casseroles, je partage l’humour », se défend-il. / Crédits : DR
Landry Ramel peut aussi reposter du contenu du PNB, ancien parti collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et actuellement groupuscule aux sympathies néonazies. / Crédits : RN
Il reposte du contenu du Parti national breton, ancien parti collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale et actuellement groupuscule aux sympathies néonazies. « Oui, il m’arrive de repartager le Parti national breton, car la Bretagne est mon chez moi là où j’ai mes racines, malgré le fait que je sois en désaccord avec leur mouvement sur certains points. » Il ajoute : « De toute façon, à leurs yeux, je suis un traître car j’adhère et j’adore mon pays. » Ce garagiste, qui se déclare comme un « déçu de la gauche », republie le contenu de Dieudonné. Quand nous lui parlons des multiples condamnations de l’humoriste — 31 selon un décompte de « Ouest-France » —, notamment pour négationnisme, il évoque un « lynchage médiatique ». À la question d’un risque de valider ses thèses antisémites, il répond :
« Après, je ne partage pas le bonhomme et ses casseroles, je partage l’humour. »
D’autres profils sont plus inquiétants, comme celui de Gaëtano Le Rousic—Le Guern, 21 ans, en 39e position. Le 27 janvier, un mois avant la publication officielle de la liste du RN, son visage se fait placarder sur la page Instagram « Le_jeune_militant ». Très reconnaissable avec ses tatouages dans le cou, le militant du Rassemblement national de la jeunesse se distingue par le racisme de ses publications sur Instagram. L’une d’elles oppose des militaires de la Légion étrangère, « Français par le sang versé » et des femmes voilées, « Français par la CAF versée ». Quand StreetPress montre cette publication à son comparse Landry Ramel, ce dernier se désolidarise :
« Je ne partage pas ces idées. À chacun le droit d’être français pour celui qui aime la France sans conditions. »
Un candidat RN qui relativise ses « brebis galeuses »
Gaëtano Le Rousic—Le Guern étale sur Instagram son ressentiment assez marqué à l’égard de l’islam, ses symboles et ses pratiquants. Cette animosité sort parfois de la simple satire religieuse, notamment avec une vidéo créée par IA. On y voit deux gorilles sur des chaises longues, dans le désert, hilares à l’évocation d’une blague raciste sur un prénom arabe. Un tour d’horizon de ses profils suivis dessine les contours des opinions de ce membre du parti lepéniste. Il s’y trouve le groupuscule identitaire Les Natifs Paris, né en 2021 suite à la dissolution de Génération identitaire ; le Comité de liaison et d’aide aux nationalistes, association d’aide aux militants d’extrême droite radicale inquiétés par la justice, proche de l’antisémite Yvan Benedetti ; et une fois de plus les collabos du Parti national breton, décidément. « C’est un jeune qui blague sans arrêt », réagit Yves Pagès, après lui avoir présenté le contenu de Gaëtano Le Rousic—Le Guern sur les réseaux. Le candidat décide même de relativiser le profil du militant : « Il a de toute façon une importance marginale, il n’est pas en position éligible. »
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Si au dernier scrutin municipal de 2020, la liste RN avait totalisé 6,71% des suffrages, Yves Pagès espère désormais réunir un peu plus de 20 % et obtenir une dizaine d’élus. À l’évocation de la moustache hitlérienne de sa n°12, le chef de file de l’extrême droite — même s’il refuse d’être affublé de cette étiquette — y voit « de l’humour de mauvais aloi » et décrit l’intéressée comme « une femme charmante, plutôt réservée ». Au fur et à mesure de ses atténuations, il ajoute tout de même :
« Ça ne me viendrait pas à l’idée de faire ça. Je ne vois pas le côté drôle. »
Et le médecin cardiologue qu’il est, qu’a-t-il à dire sur les sympathies antivax d’un membre de son équipe ? « Tout le monde n’est pas médecin, et ceux qui n’ont pas d’instruction en la matière peuvent dire des bêtises. » Yves Pagès nous indique qu’il « n’est pas un spécialiste des réseaux sociaux » et assure ne pas trop les consulter, sauf pour voir « ce que disent [mes] adversaires ».
Quand nous l’approchons la première fois, la tête de liste veut consulter l’échelon national et nous renvoie vers Renée Thomaïdis, ancienne tête de liste RN, n°2 de celle d’aujourd’hui, conseillère régionale et responsable départementale du parti. Elle-même enjoint StreetPress à envoyer nos preuves à la communication nationale du parti, spécifiquement chargée de ces questions, qui ne nous a pas répondu. Après avoir partagé au chef de file RN le reste des publications de ses colistiers, le candidat conclut dans une diatribe étonnante : « J’ai souhaité une liste qui représente la population. J’ai des gens de la vie réelle. Des gens qui sont simples, qui bossent. Ce ne sont pas tout le temps des postes d’intellectuels. Moi, je ne me moque pas des gens simples. » Ses colistiers apprécieront.