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    23 / 10 / 2013

    30 euros seulement, l'affaire du siècle !

    Banksy a-t-il vendu en catimini des originaux à Paris ?

    Par Robin D'Angelo

    Sur YouTube, une vidéo prétend que Banksy a vendu en pleine rue des originaux pour à peine 30 euros. La superstar du street art a déjà fait le coup il y a quelque jours à New-York, mais ce coup-ci ça ressemble à un hoax.

    Des œuvres de la superstar du street art Banksy vendues en scred’ dans les rues Paris ? Voilà ce que prétend une vidéo mise en ligne sur YouTube, samedi 19 octobre. Alors que la cote des œuvres du street artiste le plus connu de la planète atteint des sommets sur le marché de l’art contemporain, Banksy vendrait ses œuvres incognito et au rabais dans les rues de Paris, soutient la vidéo.

    La scène se passe Place Liszt dans le 10e arrondissement de Paris : on y voit un bouquiniste, à la dégaine de vagabond, en train de vendre des reproductions sur toiles de quelques-uns des pochoirs les plus célèbres de Banksy. Les acheteurs se pressent pendant, qu’au loin, la caméra tremblante filme la scène. Les pochoirs s’écoulent comme des petits pains car à 30 euros le prix est ridiculement bas, s’il s’agit bien d’originaux de la super-star du street art.

    Canular Banksy himself est-il allé remettre des pochoirs originaux au bouquiniste de la jolie place Liszt, comme le prétend la vidéo ? Difficile à croire car l’artiste est actuellement « en résidence » tout le mois d’octobre dans les rues New-York. C’est d’ailleurs l’événement culturel le plus hype de cet automne 2013, peut-être à l’échelle de la planète. La vidéo de la place Liszt est aussi apparue sur le web quelques jours après une autre, tournée à Central Park selon le même principe : on y voyait un marchand ambulant vendre des originaux estimés à 40.000 dollars pour la modique somme de… 60 dollars

    Mercredi 23 octobre StreetPress est allé rendre visite à Bolek, le camelot de la vidéo de place Liszt. Celui-ci ne croit pas non plus que les toiles soient des originaux de Banksy :

    « Si je pensais que c’était des vrais, je les aurais gardés ! Ça vaut une fortune ces machins-là ! »

    Le 19 octobre au matin, un monsieur qui « n’avait pas l’accent anglais » lui aurait remis les toiles en lui demandant de les vendre. « En une heure de temps tout était parti ! » s’amuse Bolek qui a écoulé les œuvres entre 10 et 30 euros. C’est un acheteur qui lui a appris qui était le pochoiriste. Plus tard dans la journée, une femme est venue avec une caméra pour l’interviewer à propos de sa rencontre avec Banksy. Contacté par StreetPress, le compte qui a mis en ligne la vidéo n’a pas donné suite à notre demande.

    Si je pensais que c’était des vrais, je les aurais gardés ! Ça vaut une fortune ces machins-là !

    Money Le street artiste Banksy est un spécialiste des happenings visant à dénoncer la marchandisation du street art. Dans sa vidéo du 12 octobre à Central Park – dont on ne sait toujours pas si elle a été jouée ou tournée en caméra cachée – seulement 3 personnes avaient acheté un pochoir. Le film doit être décrypté comme un pied-nez du street artiste à tous les collectionneurs qui spéculent sur ses œuvres à coup de millions. Car l’hystérie que suscite Banksy dépasse l’entendement : En février 2013, un de ses pochoirs était arraché d’un mur de Londres pour être revendu 500.000 dollars quelques semaines plus tard dans une galerie de Miami. Une mésaventure qu’il avait déjà connu plusieurs fois.

    Le street artiste, lui, ne cesse de répéter que le street art doit rester dans la rue comme dans cette interview au Village Voice où il assure que « le succès commercial est un signe d’échec pour un artiste de la scène graffiti. » Banksy agit toujours masqué et personne n’a jamais vu son visage en public.

    Hommage à Bolek Mais plus qu’un énième coup d’éclat de Banksy, la performance semble être en fait un hommage à Bolek, le bouquiniste de la vidéo. StreetPress vous en avait déjà parlé ici : Depuis des années c’est la mascotte du quartier. Ce mercredi 23 octobre à 12h, pas une minute ne se passe sans qu’un riverain ne vienne faire un coucou à Bolek. Ce dernier s’explique :

    « Ma sincérité, ma courtoisie et ma photogénie : voilà pourquoi quand ils me regardent, les gens émettent de la gentillesse ! »

    Dans le 10e arrondissement, Bolek est en fait plus célèbre que Banksy. Un livre lui a même été consacré en 2009 tandis que les étudiants en cinéma de la Femis filment régulièrement sa tronche bukowskienne. La vidéo où on le voit vendre les pochoir s’intitule d’ailleurs « B thx B », vraisemblablement pour « Banksy remercie Bolek ». Le dernier plan est une photo de Bolek avec en légende « Street art belongs to street people. » Comme si le camelot buveur de Bavaria 8.6 était le digne représentant de la philosophie du street artiste.

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