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    24 / 11 / 2010

    Choléra à Haïti: Les rumeurs se propagent avant le scrutin présidentiel

    Par Robin D'Angelo

    Avant que ne soient accusés les soldats népalais de l'Onu d'avoir propagé le choléra, la première dame Élisabeth Préval était aussi cible de rumeurs. L'origine de l'épidémie est instrumentalisée à quelques jours du scrutin présidentiel.

    En Haïti, les soldats de la Minustah sont accusés depuis le début de la semaine par la population d’avoir importé le choléra sur l’île. Mis en cause: le bataillon népalais qui réside près du fleuve Artibonite, foyer de l’épidémie, et qui y aurait vidangé ses fosses sceptiques. « C’est sur cette hypothèse que se basent beaucoup de compatriotes », explique à StreetPress Clairsidor Martinez, journaliste à la station Radio Solidaire, pour justifier les émeutes contre l’Onu.

    La femme du président Préval serait liée au développement du choléra

    La rumeur en a remplacé une autre: la première dame Élisabeth Préval était accusée au début de la semaine d’être l’actionnaire majoritaire de la société chargée de l’assainissement des bases de la Minustah, la Sanco. Selon le site web d’information mexicain Ultima Palabra la Sanco de Mme Préval aurait signé un juteux contrat avec la Minustah en échange de l’évacuation de ses eaux usées. Mais l’entreprise aurait bâclé le travail conduisant à l’épidémie.

    La nouvelle a été reprise par le quotidien le plus important du pays Le Nouvelliste_(Ha%C3%AFti) , dans un article intitulé Haïti et la loi de l’Omerta daté du 17 novembre. Puis c’est le site Haitian Truth, reprenant le très sérieux Miami Herald Times, qui publiait des photos des camions de Sanco déversant leur vidange dans le fleuve Artibonite , propageant ainsi la rumeur.


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    Des informations erronées reprises par des sites d’information

    Problème: la reprise du Miami Herald Tribune sur Haitian-Truth était un faux. Le journal américain dément les informations publiées dans un article du 19 novembre et accuse le site haïtien d’avoir falsifié la photo et la légende de l’article original. Dans le faux, on pouvait lire: « Le camion de la Sanco – appartenant à Elisabeth Préval et Jude Celestin – déverse les excréments des soldats népalais de la Minustah dans la rivière Artibonite, foyer de l’épidémie de choléra. »

    Le 19 novembre, c’était autour du Nouvelliste de s’excuser dans l’article Aucun lien entre Elisabeth Préval et la Sanco S.A pour les informations diffusées deux jours plus tôt . La journaliste Nancy Roc expliquait « après vérification » avoir utilisé « les allégations du journal mexicain qui n’étaient étayées d’aucune preuve et ne citaient aucune source. »

    Aucun mea culpa par contre sur les sites controversés Ultima Palabra – dont l’auteur de l’article en question est anonyme – et Haïtian Thruth – qui dénigre en permanence Réné Préval et son dauphin Jude Célestin dans ses articles .

    La Sanco et Mme Préval obligés de s’expliquer dans la presse

    Malgré les démentis rapides, la rumeur a quand même eu le temps de trouver écho auprès de la population haïtienne au point qu’un des responsables de la Sanco a dû s’expliquer sur Radio Caraïbe, la principale station du pays. La femme du président Préval est aussi montée au créneau dans le Nouvelliste « niant toute connaissance des propriétaires et responsables de la Sanco ». Marguerite Léonie Jean-Louis, la vice-présidente Sanco, affirmait quant à elle « n’avoir rien à voir avec madame Préval » dans un communiqué.

    Des rumeurs qui servent des intérêts

    « Haïti est un pays de rumeur et se construit avec les rumeurs », nous confie la coordinatrice à Haïti d’un programme d’une ONG française. Elle critique l’attitude de la presse locale et ne souhaite pas que son nom soit cité, de crainte de se mettre les médias haïtiens à dos: « Le lundi, ils vont dire quelque chose et le vendredi tout le contraire ! ».

    Aujourd’hui la rumeur de l’implication des soldats népalais de la Minustah ne fait pas de doutes pour une grande majorité de la population. « On ne croit pas à la thèse d’une rumeur ! C’est un fait ! » insiste au téléphone Clairsidor Martinez, le journaliste de Radio Solidaire. Il ajoute que même « le ministre de la Santé a parlé de maladies importées ». Son ami le journaliste Michel Legrand analyse: « L’enjeu c’est la tenue des élections. La crise du choléra vient mettre en difficulté ce gouvernement qui veut assurer à tout prix une transition avec Celestin.(…) Les leaders politiques d’opposition, en demandant une action en justice contre les responsables, espèrent un report du scrutin »

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