En ce moment

    09 / 10 / 2014

    On a retrouvé un membre de la tribu de Dana

    Cédric Soubiron, ses problèmes de fric et ses souvenirs de Manau

    Par Robin D'Angelo

    A la fin de Manau, Cédric Soubiron a perdu toutes ses économies dans une poissonnerie mise en liquidation judiciaire. Aujourd'hui il est dans le théâtre et fait un peu moins le con : « A l’époque, je prenais une rue et je me faisais tous les bars. »

    « J’ai failli partir vivre à Saint-Malo mais je me suis dégonflé. Je n’avais pas envie de me retrouver tout seul sans mes amis », raconte Cédric Soubiron, ex-DJ de Manau et beat-maker de la chanson de rap français la plus vendue de tous les temps.

    C’est donc à Paris, dans un bistro de la gare Saint-Lazare où il attend un train pour la Normandie, que StreetPress le retrouve. Cédric Soubiron, barbe négligée et cheveux plaqués en arrière, s’est installé dans le Val-d’Oise, loin de la forêt de Brocéliande qui a fait son succès. Tatouage au mollet, short en jean, chemise noire et baskets blanches : le natif de Seine-Saint-Denis entretient toujours un petit look hip-hop. Malgré ses 42 ans et sa calvitie frontale :

    « Je suis dans la nostalgie du rap. Les seuls trucs récents que j’écoute, c’est quand les Public Ennemy ou Redman ressortent un album. »

    OPA sur le rap français

    A moins d’avoir grandi chez les témoins de Jéhovah, impossible d’être passé à côté de Manau et sa Tribu de Dana. En 1998 et 1999, les inventeurs du rap-biniou écoulent plus d’1,5 million de singles. Soit mieux que Patrick Hernandez ou encore La Chenille. A noter aussi Qui est la belette ?, un autre hit vendu à plus de 500.000 exemplaires. Cédric Soubiron, lui, assume toute sa discographie. Même s’il met de l’eau dans son chouchen :

    « Il y a des chansons que je n’aime pas. On va dire que je suis fier à 80% de ce qu’on a fait. »

    Point d’orgue de cette OPA sur le rap français, leur triomphe aux Victoires de la musique 1999 où Manau remporte le prix de l’album rap de l’année … au nez et à la barbe de NTM et MC Solaar. De cette époque dorée, il garde aussi quelques souvenirs chelous. Comme ces groupies, « toujours les mêmes », aux premiers rangs de leurs concerts, que ce soit en Hongrie ou au Québec. Ou quand il a dû arrêter de prendre le RER parce que des gens commençaient à le suivre.

    Tournée des bars, poissonneries et fisc-fucking

    Si Cédric a arrêté de jouer les ambianceurs avec Manau en 2005, c’est en partie à cause de son penchant pour la fête. A cette époque, le gai-luron passe le plus clair de ses soirées à se biturer dans des bars. La notoriété du groupe s’essouffle et, les lendemains de cuite, il n’a plus la tête à composer. Devant un Perrier citron, Cédric se souvient :

    « Je prenais une rue et je faisais tous les bars. Pas des trucs VIP mais plutôt les endroits sombres, vers Pigalle ou dans le 19e. Et ça me prenait beaucoup de temps pour m’en remettre. »

    S’en suit en 2006 le lancement chaotique d’une poissonnerie à Bagnolet. « Pour ne pas rester sans rien faire » soupire-t-il. L’entreprise vire à la catastrophe. Soubiron le couche-tard n’est pas armé pour aller tous les matins à Rungis. Au bout de deux ans, sa société est en liquidation judiciaire. Cédric, avec son accent parigot à couper au couteau, a toujours du mal à avaler la pilule :

    « J’ai vécu l’Enfer. J’ai perdu toutes mes économies. Je me suis retrouvé avec des dettes incroyables. Ils m’ont tout pris. »

    Bouquet final : la vente de sa maison « à la déco digne de César » qu’il avait acheté du temps de sa période faste. Le gus se rappelle en avoir « en voulu à la Terre entière ».

    Retour sur scène

    Aujourd’hui, Cédric Soubiron vit de ses droits d’auteurs. L’équivalent d’un bon salaire, dit-il, même si une bonne partie sert à éponger ses dettes. L’ancien DJ va mieux grâce au théâtre, une passion dans laquelle il s’est jeté corps et âme. En 2015, il sera à l’affiche de deux pièces au théâtre de L’étoile du Nord : Angelo tyran de Padoue, de Victor Hugo et Le monte-plats, d’Harold Pinter. Il s’occupe aussi des ambiances sonores pour des compagnies. Il a une copine, mais pas d’enfant.

    En attendant que sa carrière rebondisse, Soubiron traîne de temps en temps ses savates sur des plateaux TV consacrés aux années 1990. Comme chez Sophie Davant où il a croisé Franky Vincent :

    « Franky Vincent est très sympa. Et il a une très jolie copine. En fait ils sont tous très sympas les gens des années 1990. »

    Il est toujours en bons termes avec Martial Tricoche, son binôme de Manau. Lui n’a jamais lâché l’affaire et continue de sortir des albums très confidentiels de rap celtique. D’ailleurs Cédric n’exclut pas une reformation. Une occasion peut-être de repartir à zéro avec ses créanciers.

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress