En ce moment

    08 / 01 / 2015

    Hommages ratés ou combines pour se faire un petit biffeton

    Les business « Je suis Charlie » débarquent

    Par Mathieu Molard

    Mugs ou anciens numéros, le business « Je suis Charlie » a vite décollé. Si certains assument de vouloir se faire un peu d’argent, d’autres expliquent à StreetPress avoir voulu rendre hommage.

    Certains ne perdent pas de temps. Le nom de domaine Jesuischarlie.net a été réservé, le jour même de l’attentat contre le journal satirique. Le lien renvoyait vers une boutique en ligne proposant des mugs (13,90€), casquettes (18€) et autres t-shirts (21,40€) signés « Je suis Charlie ». Un geste maladroit, ou tout du moins « mal interprété », explique le créateur du site Philippe B. à StreetPress :

    « Je n’avais aucune volonté de me faire de l’argent sur cette triste histoire, je me suis juste demandé comment on pouvait participer. »

    Il affirme que les marges étaient « minimes » et qu’il cherchait comment reverser ses bénéfices au journal. Mais face au tollé et aux multiples mails l’accusant de se faire de l’argent sur le dos des victimes, il a préféré supprimer le site, ce jeudi dans l’après-midi :

    « D’ailleurs dites bien que si quelqu’un veut utiliser le nom de domaine Jesuischarlie.net pour rendre hommage ou aider le journal, je le mets volontiers à disposition. »

    Sur eBay, les prix des anciens s’envolent

    Sur eBay cette fois, pas encore de produits dérivés, mais de nombreuses annonces pour vendre les numéros les plus cultes de Charlie : le must, le numéro spécial daté de 2006 consacré aux caricatures de Mahomet. Le vendeur que StreetPress a contacté en a vendu… 10 ! « Je les avais achetés à leur sortie, en soutien au journal. Même si je n’étais pas toujours d’accord avec eux, j’avais trouvé ça courageux », nous raconte-t-il.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/nid-charlie-hebdo-ebay.jpg

    Capture d'écran des exemplaires de Charlie Hebdo en vente sur eBay / Crédits : eBay

    Lui aussi a reçu plusieurs messages indignés lui reprochant de faire du beurre sur le dos des victimes, ce que le vendeur reconnaît :

    « Je vais vous dire, je suis plutôt d’accord avec eux. »

    Il a tout de même décidé de vendre ses dix exemplaires, avec à la clef un joli petit pactole :

    « J’ai commencé par en proposer deux à 40 euros chacun, ils sont partis en quelques minutes. »

    Alors il augmente progressivement les prix. Les deux suivants partent à 80, puis 110, 140 et enfin 200 euros. Au total, il aurait donc encaissé la coquette somme de 1140 euros. Selon notre vendeur, qui a également tenté la vente aux enchères, les prix les plus élevés seraient fantaisistes :

    « Ce sont des gens qui derrière ne payent pas. »

    Quant à savoir ce qu’il compte faire de son magot :

    « Je vous mentirais si j’affirmais que j’allais tout reverser à Charlie Hebdo, mais je pense tout de même leur envoyer un chèque d’un tiers de la somme. Ca fait quand même quelques centaines d’euros… »

    Les marques s’en mêlent

    Il n’y a pas que les particuliers pour surfer sur l’attentat. Le site internet Terra Femina , relève la bourde du community manager de Télé Star qui sur Facebook postait ce mercredi : « Charlie Hebdo : rendez hommage aux victimes en cliquant sur la photo ». Une manière pas très fine de booster l’audience du site. Les internautes ont fait part de leur indignation et le post a finalement été modifié.

    Que le community manager de Télé Star se rassure, il n’est pas le seul à avoir suscité la colère des internautes. Sur sa page Facebook, la marque de vente par correspondance Les 3 suisses a posté une image mêlant la phrase « Je suis Charlie » à son logo. « Récupération marketing », s’indigne-t-on sur les réseaux sociaux.


    Mais les 3 Suisses persistent et signent . Le service com’ n’a pas retiré l’image. Et dans un nouveau billet, la marque se défend :

    « Ce n’est en aucun cas un message à caractère commercial mais bien une démonstration de notre engagement citoyen. Cela nous a paru naturel d’associer notre signature à celle de Charlie Hebdo en signe de solidarité. »

    Chez StreetPress, aucun milliardaire n'est aux commandes et ne nous dit quoi écrire. Nous sommes un média financé par des lecteurs, comme vous. Devenez supporter de StreetPress, maintenant.

    Je soutiens StreetPress