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    08 / 05 / 2015

    Manu et Paulo font le tour du monde pour dénicher leurs vinyles de black music

    Superfly Records, le disquaire de musique noire

    Par Chayet Chiénin

    Chez Superfly Records, rue Notre-Dame-de-Nazareth, Manu et Paulo vendent les vinyles de musique africaine qu’ils sont allés chercher aux US ou au Ghana. Les 2 disquaires rééditent aussi des albums tombés dans l’oubli.

    Playlist – Superfly pour le Mellotron

    Rue Notre-Dame-de-Nazareth – Paris 3e. « Manu, t’aurais ce son ? » demande Henri, un habitué des lieux, en pointant son smartphone sous l’œil curieux du disquaire. Manu Boubli, 49 ans, barbe grisonnante et cheveux mi-longs, le regarde l’air bienveillant avant de se mettre à chercher dans les nombreux bacs qui peuplent la boutique. Si vous vous pointez chez Superfly Records, c’est lui que vous risquez de croiser, assis au comptoir. Pas la peine de chercher Paulo, l’autre boss de Superfly : terré au sous-sol sous une avalanche de vinyles, il ne sort de son antre que pour faire des pauses clopes avec Manu.

    Coincé entre un caviste et une boutique d’impression-gravure, le magasin a ouvert en 2009. Manu et Paulo y vendent des vinyles rares de soul, jazz, hip hop et afro. Chez Superfly, on trouve aussi bien des disques de Gil Scott-Heron, Al Green et Otis Redding que des 45 tours de musiques africaines, de Fela Kuti à Tabu Ley Rochereau, en passant par les Lijadu Sisters. Beaucoup des ces albums rares ont été chinés par les deux acolytes au cours de leurs nombreux voyages : US, Japon, Ghana, Cameroun ou encore en Côte d’Ivoire.

    Diggers

    « J’ai commencé à acheter des vinyles il y a 30 ans, lorsque j’avais 19 ans », explique Paulo, qui raconte son parcours :

    « Au départ, je viens de la culture new jack swing et funk. Manu, lui, vient de la scène acid jazz dance. Notre cheminement musical vers la musique africaine et latine s’est construit au fil de nos voyages et des trésors qu’on découvrait. »

    Pour les deux acolytes, le vinyle va avec la passion du « digging », la quête perpétuelle et incessante du son rare. « C’est comme une drogue ! L’obsession et l’adrénaline de dénicher le son obscur, une perle que personne ne connaît », s’enthousiasme Paulo. Dernière découverte en date : un 45 tours du groupe camerounais Los Camaroes, daté de 1973.

    Un shop mais aussi un label

    Superfly Records, c’est aussi un label, qui réédite des albums rares dans leur format d’origine, mais en très petite quantité (pas plus de 1.000 exemplaires).

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    "Africa is the future" / Crédits : Chayet Chiénin

    En pressant ces vinyles, Manu et Paulo donnent une seconde carrière à des artistes « old school », comme par exemple le ghanéen Ebo Taylor, chantre du highlife. Leur dernier fait d’arme : rééditer l’album de reggae « Rastafari Time » d’Errol Holt.

    Le biz du vinyle

    Si les habitués de la boutique ont entre 30 et 40 ans, de plus en plus de jeunes commencent à s’intéresser aux vinyles. Mais avec une approche totalement différente, explique Paulo :

    « Les plus jeunes cherchent des choses qui étaient d’avant-garde dans les années 1970, mais qui sonnent très actuel, parce qu’ils sont influencés par les samples qu’ils entendent dans la musique d’aujourd’hui. »

    Cette approche, qui pourrait pourtant choquer les plus puristes, donne de l’espoir à Paulo, qui y voit au contraire une garantie de la survie du vinyle, dans un marché très dématérialisé.

    Et les chiffres lui donnent plutôt raison : en France comme dans le monde, le vinyle ne s’est jamais aussi bien porté. D’après un rapport du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), les ventes mondiales de vinyles ont grimpé de 55% en 2014.

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    Le musicien William Onyeabor est à l'honneur chez Superfly / Crédits : Chayet Chiénin

    En France, il s’est vendu l’an dernier pour près de 11 millions d’euros de vinyles, soit 39% de plus que l’année d’avant. Avec Internet, le marché est devenu très concurrentiel, nuance tout de même Paulo. Les plateformes de ventes en ligne tel que Discogs ou même Ebay menacent-elles son petit business ?

    « Cela fait un peu peur, mais l’important pour nous est de garder un train d’avance avec notre oreille, notre personnalité et notre goût pour faire toute la différence. »

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