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    03 / 06 / 2015

    La Scred Connexion cherche un modèle économique pour le rap indé

    A la Scred Boutique : casquettes, CDs et « merch’ » à gogo

    Par Mehdi Boudarene

    « On est en compétition avec la Fnac mon pote ! », rigole Koma de la Scred Connexion. Le collectif de rappeurs indé a investi un local dans le 18e. T-shirts « faits maison », CDs de groupes validés par le crew, showcases... Bienvenue à la Scred boutique.

    Lorsqu’on pousse la porte en verre de la Scred Boutique, une bombe de graff vide posée à même le sol annonce l’entrée de visiteurs. « C’est notre système d’alarme » rigole Mokless, cofondateur du groupe icône du rap indé parisien des années 1990. « Jamais dans la tendance, toujours dans bonne direction », la Scred Connexion, originaire du 18e arrondissement, a ouvert son shop rue Marcadet fin décembre. Si le leader du groupe, Fabe , a disparu des radars depuis 10 ans, des 4 MCs qui font toujours parti du crew c’est Mokless, ray-ban sur le nez et veste rouge vif, et Koma , sweat-shirt à capuche et crâne rasé, qui gèrent la boutique.

    Vidéo Scred Connexion – Partis de rien

    Dans le petit local, la musique qui s’élève des enceintes fait bouger la tête toute seule. L’esprit du groupe indé – jamais produit par une major, très engagé politiquement, est bien là. Près de l’entrée, des CDs de rap indé et des classiques du rap des années 1990. Au fond de la pièce, c’est le rayon casquettes et t-shirts. Bref, l’endroit rêvé pour les fans de la Scred mais pas seulement car le groupe n’est pas « dans l’ego trip ». Et Mokless d’expliquer :

    « Notre projet, c’est l’indépendance. C’est ce qu’on fait depuis quinze ans sauf que maintenant on a pignon sur rue ».

    Entrepreneurs « multi-casquettes »

    Pour ouvrir la boutique, « on a fait tapis ! » s’exclame Mokless. « On a de gros frais, c’est pas un étalage de supermarché. » renchérit Koma, co-fondateur de la Scred. Si l’investissement est important, c’est que les deux compères voient dans cette boutique l’aboutissement d’un projet inscrit dans les gènes du groupe :

    « Le concept Scred, c’est pas que la musique, c’est aussi le merch’ on est une vraie entreprise, en fait on est des entrepreneurs multi-casquettes »

    Et nos entrepreneurs du rap utilisent leur savoir-faire et leur réputation pour soutenir et développer la scène indé :

    « Y’a des petits groupes qui ont besoin de (…) visibilité : on leur fait des t-shirts, on leur monte une page Facebook, on vend leurs CDs à la boutique, on organise des showcases… C’est en diversifiant les sources de revenus que les types en indé arrivent à vivre de leur art. »

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    Mokless a fait tapis avec son pote Koma pour ouvrir la boutique / Crédits : Medhi Boudarene

    Le Gouffre est un des groupes « labélisés » Scred Connexion. Ces derniers ont d’ailleurs bien intégré le concept niveau merchandising : ils vendent un jeu de plateau, des capotes ou encore du papier à rouler brandés « Le Gouffre ».

    « On est en compétition avec la Fnac mon pote ! »

    En descendant l’escalier qui mène à la réserve, une odeur poivrée vient chatouiller nos narines. Apparemment Le Gouffre n’a pas de mal à écouler sa marchandise… Koma, en pleine séance « origami », rigole :

    « On est en compétition avec la Fnac mon pote ! L’argent, il rentre, il sort… On essaie de créer une économie indépendante. »

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    Koma, à la recherche d'un business modèle pour la rap indé / Crédits : Medhi Boudarene

    Son business trip du jour : trouver un investisseur saoudien pour ouvrir… « les Galeries Lafayette du rap indé » !

    Du biz et des valeurs

    Au-delà du biz, les membres de la Scred aimeraient transmettre quelques valeurs aux jeunes générations biberonnées au gangsta rap « made in Skyrock ». Mokless s’agace :

    « La plupart des mecs ne cherchent qu’à être signés dans des maisons de disques… A quand la vraie indépendance ? »

    Les membres de la Scred n’ont plus sorti d’album depuis 2009, mais continuent de jouer les weekends. Ils multiplient aussi les concerts dans les écoles, les ateliers dans les quartiers et les prisons.

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    Casquette homemade et galette indé / Crédits : Medhi Boudarene

    Et Koma de conclure:

    « Tu vois, dans le quartier, ils nous voyaient et se disaient genre “ouais la Scred ils sont en scooter, putain ça marche trop pas quand tu fais du rap à ta façon…” Parce que le mec qui vend de la came, lui il passe en BM. Mais regarde, on a notre boutique et elle est pas dégueu ! On a investi pour qu’elle soit belle, pour que les petits, quand ils passent, ne se disent pas que c’est encore un truc des indépendants avec leur rap underground. Le rap indé, on peut faire de jolis trucs, à notre façon et ça marche. »

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