En ce moment

    24 / 09 / 2015

    Pas de moutons, pas d’abattoirs, beaucoup d’attente

    La galère des musulmans le jour de l’Aïd

    Par Tomas Statius

    « L’Aïd c’est comme les soldes » lâche le patron du comité de soutien à l’abattoir de Villiers (77). Comprenez : beaucoup de monde, pas assez de moutons et des files d’attente en bataille. La fête pourrait pourtant soutenir la filière ovine sinistrée.

    « Cette année, plutôt qu’un gros mouton, ce sera saumon pour tout le monde », ironise Heidi Farah. Pour la première fois depuis 15 ans, cet habitant de Villiers-sur-Marne ne pourra déguster son agneau de l’Aïd. La faute au préfet qui a refusé d’autoriser l’ouverture du seul abattoir du coin pour des raisons sanitaires.

    Mais Heidi ne s’en est pas laissé compter. Ni une ni deux, le fondateur de Comité de Soutien à l’abattoir de Villiers a réuni 12.000 signatures pour contester la décision. « Mais bon pour cet Aïd, c’est raté. On n’aura pas de moutons » finit-il par lâcher, dépité.

    Grosse demande

    Explosion de la demande, files d’attentes en bataille devant les abattoirs… La fête de l’Aïd, célébrée cette année du 24 au 26 septembre, peut prendre des allures de parcours du combattant, comme l’explique Thierry, éleveur dans le centre de la France :

    « Ceux qui se mettent à chercher un mouton 4 ou 5 jours avant, c’est foutu ! »

    Selon des chiffres communiqués à StreetPress par le Ministère de l’Agriculture le mois l’Aïd, on constate bien une forte augmentation de la consommation d’ovins et une hausse des importations. Une note de l’Insee, parue en 2011, explique quant à elle que la communauté musulmane permet de soutenir une filière plutôt sinistrée. Pour Thierry, l’Aïd, c’est en effet une rentrée d’argent importante :

    « Cette année on devrait vendre une soixantaine de bête. En ce moment, j’ai des coups de fil tous les jours. Si je pouvais, j’en vendrais 3 fois plus. La semaine dernière un taxi parisien m’en a commandé 15. Il en voulait pour toute sa famille. »

    Manque d’infrastructures

    Après avoir trouvé son mouton, la galère continue à l’abattoir. « Dès le premier jour de l’Aïd, les abattoirs sont surchargés » rappelle Monsieur Mraizika. Normal, poursuit le secrétaire général de l’Union des Mosquées de France (UMF), puisque « tout le monde veut son mouton le premier jour. Alors que la religion musulmane est souple et donne 3 jours pour faire le sacrifice. »

    Du côté des abattoirs mobiles, le tableau n’est pas vraiment plus rose explique le numéro 2 de l’asso musulmane :

    « Les situations sont très différentes selon les régions puisque c’est au préfet de décider de l’ouverture de ces structures. »

    Du côté de Thierry, on incrimine la position hypocrite des pouvoirs publics et les arrêtés pris par les préfectures chaque année au moment de l’Aïd. Ceux-ci interdisent, comme en région parisienne, de « décharger des animaux sur la voie publique » :

    « J’ai le droit de vendre un animal vivant à un particulier. Mais cette personne ne peut la transporter dans son coffre. Ni même parfois se rendre à l’abattoir. C’est absurde »

    S’entendre avec les éleveurs

    « Il y a bien sûr un manque d’infrastructures pour l’abattage en France » opine Driss El Moudni. Ce représentant de l’UMF rappelle que chez lui, du côté de Perpignan, il ne reste plus qu’une dizaine de lieux d’abattages. Pour lui, l’organisation pèche aussi du côté de la communauté musulmane qui devrait s’organiser en amont avec les éleveurs. Dès cette année, il bat le rappel pour préparer la prochaine édition de l’Aïd :

    « Pour continuer leur travail, ils ont besoin de nous. Et nous, on a besoin d’eux »

    Aïd par procuration

    Pour d’autres, la question des moutons de l’Aïd a tout d’un non problème. Contacté par StreetPress, le directeur d’une école musulmane se poile franchement quand on lui parle de pénurie de moutons pour l’Aïd :

    « Aujourd’hui les gens achètent en grande partie en boucherie ou ils donnent aux bonnes œuvres. C’est un problème d’un autre âge. »

    Même son de cloches du côté de l’UMF où on conseille l’aumône aux fidèles n’ayant pas trouvé de mouton. Pour Heidi Farah, l’essentiel est quand même ailleurs :

    « L’Aïd, c’est un peu comme les soldes. Les gens se rencontrent, ils flânent, ils font la fête. C’est ça qui compte. »

    StreetPress existe depuis déjà 10 ans. Aujourd’hui, il nous manque 40.000 euros pour boucler l’année et pouvoir frapper encore plus fort l’an prochain. Parce qu’aucun milliardaire n'est au capital, si nous ne les réunissons pas StreetPress s’arrêtera. Sauvez StreetPress en faisant un don, maintenant.

    Je donne pour sauver StreetPress