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    02 / 10 / 2015

    « Ça nous fait donc sept messieurs pour quatre jeunes filles. »

    Les agriculteurs de Versailles rejouent l'Amour est dans le pré

    Par Inès Belgacem

    Mi-septembre, les jeunes agriculteurs d'Île-de-France organisaient la première édition de l'« agri-dating ». Un remake de l'Amour est dans le Pré où des agriculteurs sont venus rencontrer de jolies citadines. Mais l'amour se fait encore attendre.

    Monument Café, Versailles - « Bon, on a plus d’agriculteurs que de demoiselles… » Quentin, un brun longiligne de 25 ans, se gratte l’arrière de la tête en comptant les participants de son « Agri-dating » :

    « Ça nous fait donc sept messieurs pour quatre jeunes filles. »

    Ce soir se joue le remake de l’émission l’Amour est dans le pré, version homemade. Des agriculteurs d’Île-de-France sont venus pour rencontrer des jeunes filles de la ville. L’organisateur fanfaronne :

    « On sait s’organiser tout seul, on n’a pas besoin de M6 pour trouver quelqu’un ! »

    Il n’a pourtant pas hésité à utiliser l’image de l’émission pour sa communication : « De toute façon, on ne nous définit que par ça. Quand on dit “je suis agriculteur”, on nous répond tout de suite “tu veux participer à l’Amour est dans le Pré?”. Autant s’en servir ! », rigole-t-il. Manque de bol, le jeune homme s’y est pris au dernier moment et les réservations ne sont pas nombreuses.

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    François prêt à faire des rencontres /

    Désolé j’ai piscine

    Ce soir là, pas de tables de deux pour des face-to-face de cinq minutes chrono. C’est autour d’un buffet que les langues commencent à se délier. En retrait, Gaëtan tient fébrilement sa coupe de mousseux. Il semble hésiter à accoster une demoiselle, avant de faire un pas en arrière. Si le grand gaillard de 36 ans en veste en cuir, polo et jean, est là ce soir, c’est « pour sortir un peu ». Et les filles? « Aussi », lâche-t-il gêné.

    « Il y a une timidité maladive dans le monde agricole », explique Quentin, son téléphone à la main. Une bande de garçons vient encore d’annuler, avec des excuses a priori bidons.

    À un autre coin du buffet, Florence et Angélique papotent entre filles. L’une est en robe noire, gilet léopard et petits talons argentés, l’autre est plus streetwear, avec un sweat et un jean. Cet agri-dating, pour elles, c’est un moyen de « connaître des gens du coin » :

    « S’il y a plus, tant mieux, mais on n’est pas là pour sauter sur quelqu’un à tout prix ! »

    Pas facile pour les deux agricultrices célibataires de sortir et prendre du bon temps. Elles expliquent travailler plus de 65h par semaine. À 25 ans, Angélique est associée avec ses parents dans une ferme laitière. « Vers 22 ou 23h, il faut aller voir les brebis, pour être sûre que tout va bien. » Exit donc les sorties au ciné ou les verres avec les copains. Quant à Florence, ouvrière agricole, ses sorties sur les six derniers mois se comptent sur les doigts d’une main.

    « J’adore l’émission ! »

    La soirée en mode Amour est dans le Pré ravi la plupart des participants ce soir : « j’adore l’émission », « je regarde tout le temps », « c’est un très bon concept ». Rien de caricatural pour eux. Au contraire. Ça serait même une preuve de reconnaissance de l’isolement que peut provoquer le monde agricole.

    A minuit, la soirée touche à sa fin. A priori, François, le benjamin de la soirée ne trouvera pas l’amour ce soir. Quentin le rassure avec une accolade : « ça sera pour la prochaine ! » Un agri-dating est déjà prévu pour le printemps prochain.

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