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    26 / 11 / 2015

    « La moitié de ma classe est rentrée aux USA »

    Attentats : Les étudiants américains désertent Paris

    Par Inès Belgacem

    Depuis les attentats, les étudiants Américains de Paname sont flippés : les classes se vident au point que l’administration a avancé les exams pour qu’ils valident leur semestre avant un retour anticipé au bercail.

    7e arrondissement - Une psychose s’est emparée du campus américain de Paris. « Du jour au lendemain, la moitié de ma classe a disparu », explique Ibtissan, étudiante marocaine dans la fac ricaine. Erin, 23 ans abonde :

    « A la suite des attentats, pas mal d’Américains ont décidé de rentrer. »

    Elle a vu une quinzaine de ses compatriotes réserver leur billet retour au pays seulement deux ou trois jours après l’attaque des terroristes.

    L’université favorise les retours

    Et ce ne serait que le début. Le père de Petra lui a mis la pression pour qu’elle rentre. L’étudiante tchéque de 20 ans a tenu bon. Elle a obtenu de finir son semestre, en espérant que les choses se tassent d’ici là. Elle assure ne pas être la seule à avoir ses parents sur les dos. « Les familles américaines sont très inquiètes. » Pour le moment, dans sa classe, une dizaine de personnes sont rentrées aux States. Elle a peur qu’en janvier, les désertions soient plus nombreuses :

    « Les gens vont partir en vacances d’hiver. Je ne sais pas si les Américains vont revenir à la rentrée… »

    D’après Petra, les mineurs sont les plus nombreux à vouloir partir. D’abord parce que la pression des parents est grande. Ensuite parce que, pour la plupart, ils sont à Paris pour un échange d’un semestre ou deux. Il est donc plus facile de rentrer et de continuer leurs études dans leur université d’origine. « A part ça, tout se passe bien dans l’université. Ce sont les parents qui ont le plus peur », raconte Petra.

    Face à cet exode, l’université a même pris des dispositions particulières et avancé la date des examens pour arranger les étudiants qui souhaiteraient écourter leur séjour à Paris. Histoire qu’ils valident leurs crédits et puisse se réinscrire dans une autre fac, une fois rentrés aux USA.

    Psychose

    « Il y a une ambiance étrange, les bâtiments se sont vidés. Il y a une vraie psychose », détaille Taylor, 23 ans. L’étudiante en com’, originaire de l’État de Washington assure ne pas se sentir plus en danger que les autres habitants de la capitale. Mais la blonde peroxydée le sait, elle ne fait pas partie de la majorité. « We’re all scared », lance ainsi à la volée un étudiant en route pour un de ses cours.

    Inquiets, les Américains ont décidé de la jouer discret. «Les institutions américaines se sentent menacées à l’étranger », commente Fatou. La Canadienne d’origine sénégalaise profite des installations de son ancien campus pour réviser les examens du barreau de Paris. Et de détailler :

    « Il n’y a qu’à regarder le campus. Il n’y a aucun drapeau, aucun signe qui pourrait montrer l’existence d’une fac américaine dans le quartier. »

    Même discrétion quasi paranoïaque du côté des élèves. Et le bouche à oreille fonctionne à plein, véhiculant des consignes plutôt étonnantes comme ne pas s’afficher en tant qu’Américains et même baisser la voix quand on parle anglais dans un espace public. Certains iraient même jusqu’à mentir sur leur nationalité quand on la leur demande. Plusieurs élèves ricains sont persuadés que « les Américains sont les plus visés par les attentats ». Ajoutant :

    « Si la France est attaquée, c’est parce qu’elle est notre alliée en premier lieu. »

    « No terrorist can stop me to come in Paris ! »

    Taylor, l’étudiante en com’ vie depuis deux ans à Paname. Elle dit s’être « fait au terrorisme » :

    « Je n’ai jamais senti de menace peser directement sur moi, mais je crois que j’ai grandi avec l’idée que le terrorisme existe. Qu’il peut se manifester à n’importe quel moment. Et surtout n’importe où. »

    Elle ne compte pas quitter la France. Ses parents soutiennent son choix. Ils viennent d’ailleurs lui rendre visite pour les vacances de Noël. Deux semaines prévues de longue date, qu’ils ne déplaceront pas :

    « Mon père m’a dit texto : no terrorist can stop me to come in Paris ! »

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