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    01/06/2016

    Place de la Nation, une dizaine de camionnettes prennent la route de Chisinau

    Une gare routière moldave en plein Paris

    Par Robin D'Angelo

    Chaque dimanche, Valeriu quitte la place de la Nation au volant d’un minibus. Ses passagers : des Moldaves qui rendent visite à leur famille restée au pays. Comme lui, une dizaine de chauffeurs attendent leurs clients sur un bout de trottoir.

    Adossé à la portière de son estafette garée place de la Nation, Valeriu attend que des passagers lui achètent un billet. Comme chaque semaine, le chauffeur moldave de 39 ans se prépare à effectuer la navette entre Paris et Chisinau, capitale de la République de Moldavie. Ses passagers : des Moldaves installés en France qui font l’aller-retour pour rendre visite à leur famille restée au pays.

    Gare routière

    Garées sur le trottoir, une dizaine de camionnettes s’apprêtent à faire le même trajet, donnant à la place de la Nation un air de gare routière. Elles sont presque toutes immatriculées en Moldavie. « Il y a beaucoup de bus parce qu’il y a beaucoup de clients ! », s’amuse Valeriu dont la société, basée à Corjeuti au Nord du pays, exploite 5 camions.

    Toutes les semaines, il transporte entre 6 et 16 passagers, à 100 euros le ticket. Le départ est fixé les dimanches à midi pour une arrivée le mardi dans la matinée. 35 heures de road trip à travers l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Roumanie avant d’atteindre enfin Chisinau. « Nous sommes deux chauffeurs à se relayer », indique Valeriu, solide gaillard au français impeccable. Dans le minibus, une petite télé diffuse des films américains ou russes pour passer le temps. D’autres transporteurs proposent aussi le wifi.

    Livreur et épicier

    Place de la Nation, les chauffeurs s’affairent à installer des remorques à l’arrière de leur véhicule. A l’intérieur, des colis s’entassent. En plus de transporter des passagers, ils assurent un service de fret. Devant la porte coulissante de son minibus Mercedes, Valeriu a placé une petite balance électronique. Un homme d’une trentaine d’années lui donne un cabas. Il le pèse et le fourre dans le porte-bagage contre quelques euros. Valeriu décrit :

    « Les Moldaves aiment bien envoyer des parfums, des chocolats ou des vêtements français à leurs proches. »

    Au retour, sa camionnette revient chargée de produits du pays qu’il écoule discrètement sur son bout de trottoir, place de la Nation. Ses meilleures ventes : des biscuits de maïs soufflé de la marque Cristinel, le petit-déj préféré des enfants moldaves. « Quand il ne fait pas trop chaud, je vends aussi beaucoup de poisson fumé », ajoute l’épicier improvisé.

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    Paris - Chisinau, 2.506 kilomètres. / Crédits : Robin D'Angelo

    L’apéro moldave

    Du jeudi au dimanche, les chauffeurs installent leur camionnette place de la Nation. Leurs clients viennent déposer des colis ou achètent un billet pour le dimanche suivant. Mais le spot est aussi devenu le point de rendez-vous des Moldaves de la région parisienne après leur journée de travail. Devant chacun des véhicules, des petits groupes d’hommes sont en train de deviser. En France, la diaspora est évaluée à 40.000 personnes.

    Mihai, 24 ans, est arrivé ce vendredi soir pour retrouver son pote Igor. Les deux hommes tètent des Timișoreana, des canettes d’une bière moldave qu’ils ont achetées 1 euro à Valeriu. « On s’est fixé rendez-vous ici, car c’est pratique », explique Mihai, qui bosse sur les chantiers. Sans diplôme, il a émigré en 2014 avec sa copine qui effectue des ménages. Cela fait près d’un 1 an qu’il n’avait pas vu son ami Igor, adossé à une des camionnettes. « En France, c’est travail-travail-travail. On n’a pas le temps de se retrouver », se lamente le jeune homme dégingandé, qui au pays était main-d’œuvre dans des usines. Il rentre plusieurs fois dans l’année à Chisinau, en utilisant les minibus de Nation. « C’est moins cher que l’avion. »

    Valeriu, lui, a une femme et des enfants à Corjeuti. Après 10 années en France à travailler dans la sécurité ou le BTP, il s’était réinstallé en Moldavie en 2012 avec l’intention d’y rester. Peine perdue. 2 ans après son retour au pays, il a repris le chemin de l’exil pour devenir chauffeur de minibus. « On dit que la Moldavie est en développement, mais ça ne développe rien du tout », regrette-t-il.

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