En ce moment

    12 / 01 / 2017

    Je suis une bourge du 16e et je veux plus de mixité dans mon quartier

    Par Valérie Meyer

    De nombreux habitants du 16e arrondissement se sont opposés à la construction d’un centre pour sans-abris, mais pas Valérie. Au contraire, cette « bourge » se bat pour plus de mixité dans son quartier.

    En mars dernier, des habitants de mon quartier se sont violemment opposés à l’ouverture d’un centre pour sans-abris. J’étais scandalisée par la réaction des gens, leur agressivité. C’est difficile à assumer, parce que je suis la « bourge du 16 ». Sur Facebook, j’ai écrit que j’avais honte d’être associée à ces gens qui ont peur de l’autre. On était une minorité à défendre ce centre. Puis progressivement, il y a eu un mouvement de solidarité des riverains. Au milieu des bourges réacs du quartier, il y a aussi des gens biens.

    Ça a commencé avec la réunion à Dauphine [de présentation du projet], en mars dernier, qui avait tournée aux insultes . Certains ont dit que les médias avaient exagéré voire inventé l’histoire de toutes pièces, mais je peux attester que non. J’ai vu les affichettes dans mon immeuble, les pétitions qui tournaient avec la pression de mes voisins pour signer. Je suis aussi déléguée des parents d’élèves dans l’école de ma fille, en primaire. Aux réunions, les parents s’inquiétaient de savoir si on allait accueillir “ces gens-là” à l’école. Ils parlaient d’insécurité, des agressions sexuelles à Cologne. J’ai hurlé en entendant ça : ce sont des gosses, c’est inacceptable de se poser ce genre de questions !

    « Ce dont personne ne parlait, mais qui était palpable, c’était la question des prix de l’immobilier. »
    Valérie Meyer, habitante du 16e arrdt de Paris


    J’ai aussi une gamine de huit ans, alors je flippe parfois pour sa sécurité mais je prends sur moi : au Bataclan aussi tu peux te faire dégommer. En réalité, tous les prétextes étaient bons pour dire que ce n’était pas le bon endroit. On a dit que le Bois de Boulogne était un site protégé, alors que le centre n’est pas dans le Bois, ou encore, pire, que ç’aurait été mieux pour les sans-abris de construire quelque chose en dur. Comme si c’était pour ça qu’ils ne voulaient pas du centre… Ce dont personne ne parlait, mais qui était palpable, c’était la question des prix de l’immobilier.

    Mes voisins se foutent de moi parce que j’ai voté François

    Parmi mes voisins, j’étais minoritaire à dire que par principe, on ne pouvait pas laisser les gens dormir à la rue ou dans des tentes. Oui, je fais partie des 22% de gens de gauche du quartier. Mes voisins se foutent de moi parce que j’ai voté François. Parmi eux, certains pensaient comme moi mais ne s’exprimaient pas beaucoup.

    Je crois qu’on était comme abasourdis : qu’est-ce que vous voulez répondre quand on vous sort que les personnes du centre ne pourront pas se permettre d’acheter un steak dans le quartier parce que les prix sont trop hauts ? C’est tellement aberrant. Si on va par là il faudrait que les SDF ne soient accueillis que dans les quartiers pauvres.

    Grâce à ce centre, ma fille s’ouvre sur le monde

    Cette histoire n’a pas arrangée l’image de mon quartier, qui est très stigmatisé comme friqué, peu sympathique, et vieux. Avec une grosse quantité de gens fermés sur eux-mêmes. Mais en réalité ça se serait surement passé de la même façon dans d’autres quartiers. Et des personnes opposées se sont calmées après l’ouverture.

    « Mon quartier est très stigmatisé comme friqué, peu sympathique, et vieux. »
    Valérie Meyer, habitante du 16e arrdt de Paris


    Certains habitants, moi compris, ont organisé des ateliers à l’occasion de Noël pour les personnes du centre. L’école de ma fille accueille des enfants du centre, du coup avec l’association des parents d’élèves on a fait livrer deux sapins, organisé un atelier et un goûter de Noël en amenant nos enfants. C’était vraiment touchant de les voir ensemble. Ma fille vit dans un environnement très privilégié, j’en suis consciente. Ici, les gens ont peur de la mixité sociale, rechignent à mettre leurs enfants à l’école publique. Au contraire, je suis contente que le centre la mette en contact avec d’autres réalités.

    Chez StreetPress, aucun milliardaire n'est aux commandes et ne nous dit quoi écrire. Nous sommes un média financé par des lecteurs, comme vous. Devenez supporter de StreetPress, maintenant.

    Je soutiens StreetPress