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    23 / 03 / 2017

    600 femmes sur le dancefloor

    Femi'night, les soirées non-mixtes qui cartonnent

    Par Heïdi Truong

    Pour sortir les femmes de quartiers de l'isolement, Hamida Sobihi a lancé Fémi'night, une soirée qui leur est totalement destinée. 600 femmes étaient présentes l'an dernier. Basée sur la non mixité, le projet n'a pas toujours fait l'unanimité.

    Samedi 25 mars se déroule la 7e édition des Fémi’night à Cergy-St-Christophe (95), une nuit réservée exclusivement aux femmes. « Pendant une soirée, elles peuvent lâcher prise et ne pas être la femme d’un tel… », insiste l’organisatrice, Hamida Sobihi. « Nos événements touchent un public que d’autres associations n’arrivent pas à atteindre », constate celle qui voudrait briser l’isolement des femmes de quartier :

    « Elles sont par exemple maman de famille nombreuse et n’ont ni le temps ni les moyens pour des loisirs. Nous mettons tout en place pour rendre la soirée accessible, autant le programme que les prix des entrées et des consos. »

    >> Relire la tribune d’Hamida sur StreetVox : La précarité est en train d’isoler certaines femmes de quartier

    Si des programmes culturels existent à Cergy, ils peuvent vite être excluants d’après la militante. Elle fait donc tout pour coller au plus près aux goûts de ces femmes. La page facebook promet un show « original destiné aux femmes sous le signe de la détente, de la diversité et du divertissement ». Concerts, stand-up, danse, mais aussi un coin de salle réservé à des stands tenus par les business women du coin : créatrices de vêtements et d’accessoires, bien-être, restauration, pâtisseries… Les femmes sont mises à l’honneur :

    « C’est un événement féministe avec une réelle envie de valoriser le volontariat au féminin. Nous voulons que les femmes investissent l’espace public. »

    Tout n’est pas si facile…

    La non mixité est une manière de laisser ces femmes investir l’espace public. « C’est un parti pris qu’on assume dans notre asso », raconte celle pour qui les débuts n’ont pas été faciles. Quand en 2010, elle veut organiser son premier Femi’night, elle rencontre quelques galères :

    « On a eu des réactions vives. « Sexiste », « communautaire », on a tout eu. »

    Les salons exclusivement réservés aux femmes ne font pas l’unanimité. Les soirées Fémi’Night n’ont rien de religieux ou de communautaire :

    « Ça n’est pas moi qui fait la composition des quartiers. Qu’on aille faire des réclamations à ceux qui ont parqué les gens dans ces zones. »

    Dans un premier temps la mairie refuse même de louer une salle à Hamida. Après discussions, les choses s’arrangent. Aujourd’hui, la ville est même officiellement partenaire de l’événement. Et les soirées ont trouvé leur public. L’initiative « girly cocooning » a emballé Alexandra, trentenaire et cheffe d’entreprise :

    « Pendant que monsieur passe sa soirée foot, je me suis dit que ce serait sympa d’aller y faire un tour. Surtout après une semaine chargée. »

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    Hamida veut sortir de l'isolement les femmes de quartiers. / Crédits : Femi'night

    Who is the boss ?

    Edition 2016. Hamida Sobihi, vêtue d’une tunique rouge près du corps, prend le micro et chauffe le public :

    « Bonsoir, êtes-vous prêtes mesdames !? »

    Le public répond par une acclamation. Le bouche à oreille a fait son effet et c’est plus de 600 femmes** qui ont déboursé 15 euros pour la soirée. Au civil, Hamida, trentenaire, est référente famille auprès de la mairie d’Eragny (95). Si elle est aussi à l’aise sur scène, c’est que l’organisatrice était, dans une autre vie, actrice et auteure de théâtre. Elle a toujours mêlé spectacles et engagement associatif. Son objectif : 

    « Dénoncer l’injustice sociale et mettre en avant la richesse de la double culture. »

    Mi-avril, la militante hyperactive publie aux éditions JasmyneM, Les stories de Mina, un roman humoristique.

    Star-système 

    En 7 ans, Hamida a fait venir quelques beaux noms : la chanteuse K-reen, le chanteur Réda Taliani, la comédienne Samia Orosemane. Il y a aussi eu quelques galères, comme une tête d’affiche qui décommande la veille du show ou ce manager qui lui rit au nez quand elle propose de payer 250 euros les 10 minutes de showcase. « 25 euros la minute. Va trouver un travail qui te paye à ce prix-là ! », s’étrangle Hamida. 
     
    L’an passé, Jessy Matador était la tête d’affiche. En costume noir, le chanteur de dancehall lance :   

    « Comme c’est la première fois que vous accueillez un homme, je me suis fait beau gosse pour vous mesdames. »

    Éclats de rire. Au premier rang, les filles se lèvent pour danser, ponctuant les chansons de cris de joies et de youyous. L’ambiance de cette année risque d’être la même !
     

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