Golby, le seul reggaeman filloniste de France

Golby, le seul reggaeman filloniste de France

« Le reggae c’est peace and love, il faut savoir pardonner. Moi je lui ai pardonné »

Zion | Portraits | par | 14 Avril 2017

Golby, le seul reggaeman filloniste de France

StreetPress a rencontré le rasta le plus à droite de France. Golby est « à fond avec Fillon » et il le chante sur une musique de Bob Marley.

« Ce n’est pas une blague, je suis vraiment à Fond avec François Fillon », lance d’emblée Golby quand on le rencontre dans le nord de la Capitale. Le 2 avril, ce reggaeman, rastas bien mises et casquette grise a mis en ligne une chanson à la gloire du candidat de la droite, A fond avec Fillon. Le titre est une reprise du hit de Bob Marley, Get Up Stand Up. Extrait :

« T’imagine le général De Gaulle mis en examen ?
Et depuis que Fillon l’a dit, tous veulent lui couper la tête
Assassinat politique, complot nauséabond, guillotine en live.
BFM TV Aaaaaaahhh ! »

L’humoriste Guillaume Meurice repère la pépite musicale et diffuse un extrait sur France Inter. C’est l’emballement. En quelques jours, le titre, passé inaperçu jusque-là, dépasse 30.000 vues sur YouTube. Tout en sirotant, une boisson à base de gingembre, l’homme explique sa démarche. Car sur la toile, les quolibets fusent. « Le plus important, c’est de savoir qui est le meilleur », explique-t-il :

« Pour moi, Fillon est le seul qui peut assumer la fonction. »

Rasta de droite

Depuis quelques mois, Golby suit avec passion la campagne présidentielle et plus particulièrement le parcours de Fillon, son champion. L’homme avoue volontiers être de droite « comme un croyant qui ne va pas à l’église ». Ses convictions, il les a héritées de ses parents, détaille-t-il. Golby a grandi en Côte d’Ivoire, dans le culte des hommes politiques français de la Ve République… et de leur homologue africains comme Félix Houphouët-Boigny, père de l’indépendance ivoirienne et ministre sous De Gaulle ou René Coty.

Après les primaires de droite, c’est le choc. Les affaires, les costards, les cachotteries… Golby ne reconnaît plus son candidat, élu justement pour sa probité. Qu’importe, il garde le cap. « Le reggae c’est peace and love, il faut savoir pardonner. Moi je lui ai pardonné », explique-t-il, les yeux dans les yeux. Face aux attaques répétées de la gauche et aux révélations des médias, l’homme à la petite barbiche poivre et sel décide de dégainer face au « coup monté » qu’on a tendu à l’ancien premier ministre. « Je n’ai jamais voté et je ne suis pas inscrit sur la liste électorale », explique-t-il :

« Je me suis demandé ce qu’on pouvait faire. J’ai appelé d’autres artistes et ils étaient partants pour faire une chanson. On a même monté un collectif, Tirailleurs 2017. »

On connaît la suite de l’histoire.

Au pouvoir Fillon saura se tenir à carreau

Verbe rapide, images à gogo… Difficile de suivre Golby quand il parle de politique. « Ne parlons pas de son programme. L’important c’est de savoir ce dont le peuple a besoin, non ? », lance-t-il à la dérobée tout en dégustant un morceau de banane plantain.

Ce qui est sûr, c’est que le quinqua est un déçu de la présidence Hollande. « Lui ce n’est que de belles paroles ». Il ne croit ni en Macron – « il se prend pour Jésus celui-là » – ni en Hamon – « une grosse arnaque ». Si tous les politiciens sont des pourris selon notre reggaeman cynique, Fillon est le seul à nous « l’avoir mis jusqu’au bout » avant de se faire prendre la main dans le sac. Au pouvoir, il saura se tenir à carreaux. « On aura l’œil sur lui, il sera clean. » Son pote, Claude, qui l’accompagne pour la promo du titre, plussoie :

« Quand tu as piqué dans la caisse, après tu as peur. »

golby reggae fillon
I shot Macron / Crédits : Tomas Statius

Sa femme vote à gauche

Dans l’intimité, pas facile pour Golby d’assumer son statut de reggaeman filloniste. « Ma femme vote à gauche. Ça a provoqué de petits problèmes de couple mais ça rajoute du piment », rigole Golby. Avant d’ajouter :

« Le cas Fillon n’est pas facilement défendable. Les gens ont fini par me demander ce que j’avais fumé. »

Même constat dans le milieu musical que Golby fréquente depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, il est prothésiste dentaire. Dans le temps, l’homme a sillonné l’ouest africain à la recherche de nouveaux talents à produire avec ses potes Claude et Stéphane. « Les rastas sont très en colère. Les blacks sont encore plus furieux. » Il faut dire que l’homme a eu la riche idée de laisser son numéro de téléphone en dessous de la vidéo YouTube :

« Des gens m’ont demandé de retirer immédiatement la chanson. D’autres m’ont traité de fils de pute. D’autres encore m’ont dit que j’avais vendu mon âme au diable. »

Si les rastas voient rouge, c’est que Golby a commis l’outrage de détourner une chanson du grand Bob pour faire les louanges d’un homme politique, pas vraiment proche de Zion. « J’aime beaucoup cette chanson. C’est l’héritage que Bob m’a donné. » Même s’il reconnaît in fine que l’ami Marley n’aurait probablement pas fait le même choix que lui :

« S’il avait été vivant, Bob Marley aurait probablement fait une chanson pour la France. Pas pour Fillon. »

Fillon a reçu le son

Pour la promo, Golby et sa team ont le petit gadget qui fait la différence. Un petit bracelet bleu tout en un qu’il distribue aux médias et aux fans. Dessus, les coordonnées de l’artiste. Dedans, une clé USB avec la version MP3 de la chanson. Il y a deux jours, Stéphane, qui participe aussi au projet, en a même amené plusieurs au QG de campagne du candidat. Les goodies étaient destinés à plusieurs ténors de la droite. De François Baroin à NKM en passant par Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée. « J’ai été très bien reçu », se félicite Stéphane, casquette blanche sur la tête et regard bienveillant :

Video Golby chez Guillaume Meurice

« J’ai même rencontré une responsable de la campagne. Elle a kiffé. Elle a dit qu’elle allait nous recontacter. »

Et Golby de rebondir :

« Il paraît qu’ils ont joué ma chanson lors d’un meeting. »

Mais attention, la petite troupe tient à rappeler qu’elle n’est pas téléguidée par les Républicains :

« Tout ce qu’on a fait, on l’a fait sur notre temps libre. Et avec notre argent. »


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