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    21 / 04 / 2017

    Macron la voix des quartiers, quelle blague !

    Par Ines Seddiki , Aladine Zaïane

    En l'espace de quelques mois, Emmanuel Macron, le leader d'En Marche, est devenu le candidat des quartiers populaires. Pour Ines, rien ne justifie cela. Cela soulève le problème du leadership en banlieue.

    En l’espace de quelques mois et à force de le répéter assez fort, Emmanuel Macron est devenu celui qui porterait LA voix des quartiers populaires. On a même eu droit à une tribune publiée dans Libération et intitulée Seul Emmanuel Macron peut faire marcher les quartiers populaires. Des acteurs associatifs et politiques, plus ou moins reconnus, y déclaraient leur flamme au candidat.

    Le 30 Mars j’ai été invitée à « un moment privilégié d’échanges avec Emmanuel Macron » à Saint-Denis. Le candidat nous dit qu’il souhaite entendre notre voix pour résoudre les défis de la banlieue. Mais le micro circule et je suis scandalisée par la majorité des interventions des sympathisants. (Voir la vidéo ci-dessous)

    Au milieu de questions ouvertes et d’éloges l’une des intervenantes dit quelque chose comme :

    “ Mr Macron je vous suis depuis le début et ça ne m’a jamais dérangée que vous n’ayez pas de programme”.

    Scandale ! Je n’étais pas venue pour ça, j’avais des choses à lui dire. J’ai réussi tant bien que mal à prendre la parole, mais sans même avoir le droit de tenir le micro moi-même ou de me présenter. Je lui ai dit la chose suivante : pour avoir une vraie expertise sur la question il devait aussi s’entourer de personnes qui remettent ses certitudes en cause.

    Je lui ai dit également qu’on n’en pouvait plus de la “Chalghoumisation de la diversité”, ils ont tous ri mais je ne suis pas sûre qu’Emmanuel Macron sache qui est Chalghoumi… à ce moment la modératrice qui me tenait gentillement le micro me l’a enlevé.

    Le sens de ma question était légitime puisque quelques jours plus tard Mohamed Saou, membre de l’équipe En marche a été écarté de la campagne. Il a pourtant remué ciel et terre pour le mouvement, dans le Val d’Oise. Il lui est notament reproché d’avoir partagé un statut du CCIF. Aux dernières nouvelles le CCIF est une association sur laquelle ne pèse aucune condamnation, mais leurs revendications dérangent.

    Il n’en a pas fallu plus pour qu’il finisse au placard. Ça ne sert à rien de mettre en avant des personnes de “la diversité” si c’est pour les entendre dire ce que tout le monde dit, ou pire, ce que tout le monde veut entendre.

    Structurer par le bas pour ne plus se faire voler le leadership par le premier venu

    Si aujourd’hui on a des personnes comme Macron ou dans un tout autre registre Soral, Dieudonné, qui se permettent de jouer les leaders chez nous, c’est parce que beaucoup d’entre nous ne sont pas armés. J’entends par là connaître les sources des problèmes socio-économiques en banlieue et l’histoire contemporaine des droits civiques en France. Sans ces repères il est facile de se faire avoir par ces gens qui veulent nous impressionner avec deux trois analyses, une citation tronquée et une posture de sauveur.

    Surtout, le changement n’est pas réservé à l’action politique ou associative. On ne peut pas demander à tout le monde de créer des associations ou de faire des manifestations. Chacun a sa manière d’exprimer ses idées et de faire bouger les lignes.

    On peut être un leader en réalisant des documentaires, ou dans la littérature, l’entrepreneuriat même. Plus simplement en ouvrant un blog et en publiant des analyses pertinentes. Et pour d’autres encore l’art permettra de faire passer un message.

    Le manque de relais dans les quartiers peut mener certains à se tourner vers les mauvaises personnes. Au départ leurs ambitions sont nobles mais ils peuvent être facilement récupérés.

    Et puis il y a un grand manque de soutien en moyens humains et matériel pour ces structures. Des groupes qui peuvent devenir une réelle force demeurent inefficaces car on ne les a pas formés ou soutenu avec des compétences. On doit commencer à notre échelle, avec des conférences, des “master-class”. Et surtout, nous devons être dans la co-construction.

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