Pour un plat végétarien dans les cantines scolaires

9 Mai 2017

par Assia Kara, 40 ans. Avec Fatima, Nora, Lila, et d’autres, elle a créé l’association Ensemble pour les Enfants de Bagnolet. Leur premier combat : introduire un menu végétarien dans les cantines.

Pour les parents de Bagnolet, cette solution pragmatique et écolo peut dépassionner les débats autour des cantines scolaires et du halal. Et permet de s’intéresser pour de vrai à ce qu'on donne à manger aux enfants.

Depuis plusieurs mois, notre association Ensemble pour les enfants de Bagnolet milite pour qu’un menu végétarien soit proposé dans toutes les cantines scolaires de Bagnolet. On souhaite ainsi voir appliquer localement la proposition de loi du parlementaire Yves Jégo (UDI) datant d’octobre 2015, qui prévoyait d’offrir obligatoirement une alternative sans viande aux enfants. Mais le gouvernement sortant était contre, et la proposition du député n’a jamais été mise à l’ordre du jour.

Au départ, il s’agissait de dépassionner les débats autour de la viande halal et du porc dans les cantines, devenus complètement hystériques.

Le menu végétarien permet en effet de rendre la cantine plus inclusive possible (toutes les confessions et les religions s’y retrouvent). Et aussi bien plus écolo — on le sait, la consommation de viande est très nocive pour la planète. Ce qui nous motive surtout, à Bagnolet, c’est la question nutritionnelle.

Des enjeux de santé et d’éducation

On est un groupe d’une dizaine de parents (surtout des mamans, car ce sont les mamans qui objectivement s’occupent le plus des enfants) qui font très attention à l’alimentation, cuisinent des produits frais et variés à la maison et voulaient se réapproprier cette question essentielle. Le repas du midi, ça peut paraître anodin, mais ça touche à la santé et à l’éducation de nos enfants.

A Bagnolet comme dans d’autres communes, des parents ne veulent pas que leurs enfants mangent de la viande à la cantine, par religion ou par conviction type veganisme ou végétarianisme. Du coup, certains enfants ne profitent pas d’un repas équilibré (ils jettent la viande). Quelques parents choisissent, quand ils le peuvent, de faire des aller retour pour les faire manger à la maison — ce qui est épuisant pour tout le monde.

Pour nous, il y a surtout un problème d’apports nutritionnels : on sert de la viande beaucoup trop souvent aux enfants, en croyant qu’un repas sans viande n’est pas un vrai repas. En France comme dans d’autres parties du monde (au Maghreb par exemple) on a culturellement tendance à manger beaucoup de trop de viande.


« On sert aux petits de la nourriture que nous-mêmes ne toucherions pas, sous prétexte que ce sont des enfants et qu’ils ne font pas la différence »

Assia Kara, parent d’élève de Bagnolet

La plupart des études nutritionnelles (celles de l’OMS notamment) recommandent deux à trois portions maximum par semaine, entre les repas du midi et du soir. Rien qu’en mangeant de la viande servie à la cantine le midi (4 repas sur 5 par semaine sont avec viande en moyenne), on dépasse largement ces recommandations.

On sert aux enfants de la nourriture qu’on ne toucherait pas

Surtout, et c’est peut-être le plus inquiétant : il faut voir la qualité de la viande servie à la cantine. Elle est à 90% industrielle, baignant dans des sauces trop grasses, sucrées et salées. On a appris par exemple par un cuisinier qui travaille pour l’un des gros fournisseurs agro-alimentaires des collectivités territoriales que les steaks sont recomposés après avoir été livrés en chair et bouillon séparés. Pareil pour les œufs, qui arrivent en cuisine centrale en poudre (ce qui est une obligation sanitaire).

En bref, on sert aux petits de la nourriture que nous-mêmes ne toucherions pas, sous prétexte que ce sont des enfants et qu’ils ne font pas la différence. Au contraire, c’est quand on est enfant qu’on se forme au goût. Dans les quartiers populaires comme Bagnolet, on devrait d’autant plus faire attention à la nourriture des cantines qu’il y a énormément de kebabs, de fast-food, et une obésité grimpante.

Le plat végétarien permettrait d’apporter une solution concrète à ces problèmes. Et aussi d’amener la question de la qualité sur la table.

Objectif final : toutes les cantines de France

Le plat végétarien est une solution pragmatique qui n’apporte aucune problème, symbolique, pratique et pas même financier.

Si on propose aux parents de choisir à l’avance le menu de leur enfant, le nombre de repas reste le même et donc le coût aussi. Et quand bien même c’est une question de sous, et qu’il faut payer plus pour avoir une meilleure qualité de repas, on peut en discuter : c’est de notre argent et de nos enfants qu’il s’agit, après tout.

Notre proposition met tout le monde d’accord, des gens très divers et de tous bords politiques nous soutiennent. Notre démarche est par exemple soutenue par Nicole Lucchini qui est vice-présidente de la FCPE Bagnolet, avec laquelle nous souhaitons d’ailleurs travailler.

A ceux qui remettent en doute notre représentativité, on leur répond par la force du chiffre : sur sondage, établi dans toute la commune de Bagnolet (215 personnes sondées aujourd’hui), on trouve que 96% des parents de Bagnolet sont favorables au menu végétarien.


« On espère voir aboutir notre demande dès la rentrée prochaine. Et, pourquoi pas, servir d’inspiration aux cantines de la France entière. »

Assia Kara, parent d’élève de Bagnolet

En ce moment, après avoir fait une présentation de notre projet au Maire, Monsieur Tony Di Martino. Et en attente d’un retour de sa part, on est en train de mobiliser les parents (tous les parents) sur toute la ville. Plus on est nombreux à être mobilisés, plus on a des chances d’être entendus par les pouvoirs publics.

Prochaines étapes : un pique-nique végétarien le 21 mai, et une grande conférence sur l’alimentation en septembre. Nous sommes très optimistes car nous savons notre démarche constructive, positive, d’intérêt général car elle vise l’amélioration de la santé et du bien-être de nos enfants. On espère voir aboutir notre demande dès la rentrée prochaine. Et, pourquoi pas, servir d’inspiration aux cantines de la France entière.

Propos recueillis par Alice Maruani