Marlène Schiappa n’annonce rien de bon pour les droits des femmes

18 Mai 2017

par Daria Marx, Daria Marx, 35 ans. Banlieusarde / Grosse / Blonde / Énervée. Blogueuse, elle co-fondé le collectif anti-grossophobie Gras Politique

Marlène Schiappa a écrit un manuel « sexiste et grossophobe » adressé « aux rondes ». La féministe Daria Marx s’inquiète du profil de la nouvelle secrétaire d’Etat aux droits des femmes.

Emmanuel Macron a fait campagne sur l’égalité femmes-hommes et les discriminations. Mais dès la nomination du nouveau gouvernement, le vernis des beaux discours a craqué.

Sa première promesse non tenue : il n’y a qu’un secrétaire d’Etat aux droits des femmes et pas un ministère. Ça se passe de commentaire. Ensuite, la parité à la Macron est une parité cheap, au rabais : on a collé les femmes loin des grands ministères.

Et puis, il y a notre nouvelle secrétaire d’État aux droits des femmes, Marlène Schiappa. J’ai ri jaune en entendant son nom.

Marlène Schiappa a écrit des horreurs sexistes et grossophobes

J’ai connu Marlène Schiappa via un livre qui m’a ulcéré quand il est sorti, en 2011, Osez l’amour des rondes. C’est la collection « Osez » de la Musardine. Des bouquins pratiques et légers qui parlent de pratiques sexuelles, sodomie, cunninlingus. Puis ils sont allés vers des choses différentes, comme ce livre-là.

Ce bouquin s’adresse moins aux hommes attirés par les rondes qu’aux femmes grosses ou rondes qui veulent être baisables. Marlène Schiappa présente les femmes comme de la chair soumise aux désirs des hommes et exotise les femmes grosses de façon proprement effrayante.

Par exemple, elle rappelait aux femmes grosses qu’il fallait se laver parce qu’elles puaient, qu’il fallait éviter de manger en public (une femme grosse qui mange est moche et phallique, c’est un appel peu élégant à la fellation), ne pas acheter des twix quand on prenait l’avion parce que déjà qu’on prenait toute la place, il fallait pas abuser, etc.

Le degré zéro du militantisme féministe. Et je ne vois pas en quoi ce bouquin peut aider qui que ce soit à s’épanouir sexuellement. Bref, j’ai halluciné à la lecture, et j’en ai fait un article de blog qui a beaucoup fait parler.

Elle n’avait fait aucune réponse publiquement, elle m’avait juste contacté en privé de façon assez agressive.

Donc le fait que cette personne chargée de me représenter ait écrit un bouquin grossophobe et sexiste, sans s’excuser par la suite, ça n’annonce rien de bon.

Un féminisme de cadres supérieures

À partir de ce moment-là, je me suis intéressée au parcours de Marlène Schiappa. Elle est passé par le Bondy blog, ça s’est plutôt pas mal. Puis elle a lancé Maman travaille, un blog et un réseau de « mères actives ».

Alors, pourquoi pas ? C’est vrai que la société met une pression dingue sur les femmes pour qu’elles aient à la fois une carrière professionnelle réussie, des enfants parfaits et un intérieur Instagram.

Sauf qu’il n’y a pas que des femmes qui choisissent de travailler. Il y aussi celles qui ne veulent pas travailler ou au moins pas en faire le centre de leur vie : la libération des femmes peut passer par d’autres choses que le travail.

Et surtout, il y a toutes ces femmes qui ne trouvent pas de travail, ou bien un travail peu rémunéré, précaire et difficile. Quand on est une femme, on a plus de difficultés à l’embauche, à la promotion, à garder son boulot, etc. La vision émancipatrice du travail promue par Marlène Schiappa s’adresse-t-elle à la caissière ? J’en doute.

On va construire des salles d’allaitement dans les bureaux de trader

Au fond, cette nomination est dans la droite ligne de la politique économique de Macron et de sa loi travail. Déjà à l’époque les féministes étaient montées au créneau pour dénoncer des mesures largement défavorables aux femmes. Et ça risque d’aller de mal en pis.

Alors, oui, les femmes blanches, bourgeoises, les femmes de pouvoir comme Marlène Schiappa vont peut-être profiter de quelques améliorations, à base de salles d’allaitement dans les bureaux de trader.

Ou bien, et ça ce n’est pas une blague, on autorisera la police à verbaliser les insultes sexistes, histoire de fliquer le sexisme dans la rue, plutôt exprimé par les minorités raciales. Quand le sexisme des bureaux et des ministères restera bien tranquille, comme l’analyse le blogueur Joao.

Propos recueillis par Alice Maruani
En poursuivant votre navigation, vous participez à un test en cours sur StreetPress, visant à préserver l'indépendance de notre rédaction et à financer le média. En savoir plus.