Rohff jugé pour l’agression de deux vendeurs : « Ce jour-là, j’ai eu la rage »

Rohff jugé pour l’agression de deux vendeurs : « Ce jour-là, j’ai eu la rage »

Il entre pour régler ses comptes avec Booba, il ressort laissant deux employés « pour mort »

Message à la racaille | Reportages | par | 29 Septembre 2017

Rohff jugé pour l’agression de deux vendeurs : « Ce jour-là, j’ai eu la rage »

Le 21 avril 2014, le rappeur Rohff pénétrait, accompagné de « fans », dans la boutique Unkut du quartier des Halles, propriété de Booba. Il s’en prend violemment à un vendeur et ressort, laissant « pour mort » les deux employés. Il risque 4 ans de prison.

Lorsqu’il entre dans la boutique « Unkut », qui appartient en partie à son rival Booba et vend des habits « streetwear », comme dit la présidente avec le plus mauvais accent possible, le rappeur Rohff et les personnes qui l’accompagnent paraissent calmes. On le perçoit ainsi sur les images filmées par les caméras de vidéosurveillance, placées à trois angles de cette petite boutique de la rue de la Ferronnerie, à Châtelet, dans le 1er arrondissement de Paris.

À l’intérieur, deux vendeurs, seuls dans la boutique, papotent avec une jeune femme, une ancienne stagiaire qui « passait par là ». Soudain, Rohff aborde l’un des vendeurs, Boubacar, et lui décoche une puissante droite au visage. On voit dans le même temps entrer en trombe un homme corpulent, casque sur la tête, qui frappe l’autre vendeur. Ce dernier se réfugie derrière le comptoir, se recroqueville. Alors l’homme au casque lui fracasse la caisse enregistreuse sur la tête. Pendant ce temps, Rohff et les autres savatent Boubacar à terre.

Le jeune homme de 19 ans est inconscient – Rohff ne l’avait pas remarqué, dit-il. La victime maintenant convulse – même constat. Ils s’enfuient en courant, « laissant pour mort les deux vendeurs », dit le procureur. 30 jours d’ITT pour Boubacar, 5 pour Rami, son collègue. À l’image, la jeune stagiaire, figée dans un coin, contemple la scène avec effroi.

Rohff reconnait les faits

C’était le 21 avril 2014, un lundi de Pâques, vers 18h. À 4h30, Rohff se livre à la police. Il tente de minimiser, puis admet l’entièreté des faits – il n’a guère le choix à la vue des vidéos. Le voici ce vendredi 29 septembre, devant la 31e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Les images sont éloquentes, Rohff ne peut les soutenir. Le débat porte sur les causes de cet acte. Le rappeur prend la parole :

« Je suis entré dans le magasin dans le but de demander le numéro du gérant, que je connaissais, pour qu’il organise une rencontre avec Booba, pour régler ce qu’il y avait à régler. »

« Pouvez-vous apporter quelques précisions ? », demande la juge.

« Les raisons qui m’ont mis en colère commencent sur les réseaux sociaux. Je tiens à préciser que je ne légitime rien. Quand je suis entré dans la boutique, j’ai demandé son nom au vendeur, il m’a dit son surnom : « papi ». »

Rohff connaît ce nom : c’est celui d’un compte Twitter qui le provoque, le harcèle depuis deux ans. Et soudain, en face de lui : papi. « Alors ce jour-là, j’ai eu la rage », et il a tabassé les deux jeunes hommes.

Mais les choses ne sont pas encore claires pour le tribunal. Et la juge assesseure, qui dirige les débats, est opiniâtre. « On essaie de comprendre le cheminement jusqu’à cet état de rage, comment en arrive-t-on à frapper un homme à terre pendant 45 secondes ? » Le rappeur, dans un premier temps, avait dit avoir été engrainé par une bande de jeunes – ceux qui l’accompagnent dans le lynchage des deux vendeurs. Cette fois-ci, il explique avoir pris l’initiative d’entrer dans la boutique, « et eux m’ont suivi mais je ne les vois pas, ce sont des fans qui me suivent. » « Des jeunes ? », tique la juge. « Les témoins parlent plutôt de trentenaires à fort gabarit » – on le voit à la vidéo :

« Mais y’a que ça à Châtelet madame ! Moi je ne les connais pas, regardez comment ils sont habillés, ce sont des galériens. Moi je les appelle des gremlins. »

Les violences étaient-elles préméditées ?

Ces circonstances importent : ce sont ces éléments qui vont déterminer si les violences ont été commises avec préméditation, comme une expédition punitive, ou s’il s’agissait d’un coup de sang, d’un pétage de plomb. Rohff, bien évidemment, soutient cette dernière hypothèse – réfutant toute préparation du délit. Le tribunal reste néanmoins circonspect au regard des nombreuses versions du prévenu, qui semble adapter son récit aux exigences de sa défense. Tout de même, il s’excuse à maintes reprises auprès de Boubacar, assis à deux mètres du célèbre rappeur :

« J’ai éclaté de rage sur lui. Quand je vois les constatations médicales, les graves blessures, je ne peux pas rester insensible. Je n’aurais pas aimé être à sa place. »

Son complice présumé nie

Le second prévenu, Fidel C. est accusé d’être l’homme au casque, celui qui a lancé la caisse au visage du second vendeur. La stagiaire l’a identifié. C’est un homme corpulent de 37 ans, dont il est dit qu’il aurait été le garde du corps de Rohff dans le passé – ce qu’il nie. En fait, Fidel C. nie tout. « Je n’étais pas là, ce n’était pas moi. » Regardant les vidéos : « Je ne suis pas aussi gros ». La présidente lui demande son emploi du temps du jour : « Je devais être avec ma copine, peut-être. On a mangé une glace, peut-être. » Fidel C. a l’air de s’ennuyer.

En fait, il s’en fout complètement. D’abord stoïque face à tant de désinvolture, la juge monte dans les tours face à une mauvaise volonté si édifiante. Fidel C. se sent brusqué : « J’ai l’impression de me faire engueuler par ma grande sœur », lance-t-il en se marrant, et la salle aussi rigole. « Vous êtes pourtant impliqué dans une affaire qui peut avoir des conséquences graves pour vous, c’est aussi pour cela que j’insiste », explique la juge. Silence.

Mais pour Fidel, pas de preuve tangible : les enquêteurs n’ont même pas pris le temps de vérifier son emploi du temps, d’appeler les personnes avec qui il avait dit être. Même le procureur n’y croit pas et demande sa relaxe. En revanche, Rohff passe un sale quart d’heure :

« Si un rappeur ne supporte pas d’être pris à partie sur les réseaux sociaux, il faut changer de métier ! »

D’autant que Boubacar alias « Papi » nie avoir été le « Papi », en réalité « Papis » qui provoquait Rohff sur Twitter, allant jusqu’à diffuser son adresse personnelle. « Et il n’est pas venu me parler, me demander mon nom en entrant, il m’a frappé direct ! », soutient Boubacar. La version de Rohff apparaît comme un énième récit pour justifier d’avoir brutalisé un gamin.

Et puis Rohff a un casier – 5 condamnations, dont une pour violences avec arme, et l’autre pour détention d’un 357. Le procureur requiert 4 ans contre lui. La défense, longuement, a insisté sur la bonne volonté de son client : « Il prend ses responsabilités ! », et a demandé à ce que le tribunal lui inflige une peine moindre. Décision le 27 octobre.


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