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    22 / 01 / 2018

    « Ce centre est une vraie passoire »

    27 personnes s’évadent du Centre de Rétention Administrative de Vincennes

    Par Tomas Statius , Yann Castanier

    Depuis le début de l’année, 27 étrangers en instance d'expulsion se sont évadés du CRA de Vincennes selon des informations de StreetPress. Mais que fait la police ?

    Ils ont attendu les dernières secondes de 2017 pour se faire la malle. Le 31 décembre à 23h59 tapantes, 17 retenus du Centre de Rétention Administrative (CRA) de Vincennes se sont évadés. « On avait un plan », raconte Samuel (1), l’un des fugitifs :

    « Une personne avait volé un bip qui ouvre toutes les portes. »

    Alors que les policiers trinquent à la santé de la nouvelle année, Samuel et ses compères se retrouvent dans le réfectoire. Avec le précieux sésame, ils ouvrent une issue de secours qui donnent sur la cour du centre de rétention. Ne reste plus qu’à escalader le mur. « C’était mon droit de m’évader », annonce-t-il quand StreetPress lui passe un coup de fil :

    « J’ai de la famille ici, ma femme, mes enfants… Je voulais juste rentrer chez moi. »

    Le plan, Samuel et ses potes le mûrissaient depuis quelques jours déjà :

    « J’avais rassemblé toutes mes affaires… On avait même fait une petite réunion pour s’organiser. »

    Pas franchement discret comme modus operandi. Le jour J à l’heure H, ils sont plus nombreux que prévus à se retrouver dans la cantine. Car, depuis quelques jours, tout le monde parle de ce projet d’évasion :

    « On était un petit noyau de 7-8 personnes à organiser le truc. On s’est retrouvés à 17. »

    Depuis, la grande majorité des fugitifs sont toujours dans la nature. Certains, affirme Samuel, ont même quitté la France.

    Ils ont remis ça ce week-end

    Aussi exceptionnel que cela puisse paraître, l’évasion du 31 décembre n’est pas la dernière en date au Centre de Rétention Administrative de Vincennes. « En ce moment, on a au moins une évasion par semaine », confirme un intervenant juridique. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, 6 retenus ont ainsi pris la poudre d’escampette. Cette fois-ci, ils ont simplement donné un coup de pied dans une porte mal refermée. Dans le lot, un jeune Afghan qui devait être expulsé ce lundi 22 janvier sur un vol commercial. Dans la nuit du 21 au 22, ce sont à nouveau 4 personnes qui s’envolent et une dizaine de plus qui tentent de forcer l’une des portes du CRA. « La tension est trop forte », analyse un intervenant juridique :

    « Je pense que cela découle d’un ras-le-bol de l’enfermement et des conditions de vie difficiles. »

    Cette vague de « fugues », comme les appellent les autorités, coïncide avec l’ouverture en décembre d’une nouvelle annexe au CRA où ont été transférés une bonne partie des retenus. « Elle a été ouverte en urgence suite à un incendie interne début décembre. Elle ne devait être inaugurée qu’en janvier ». À l’époque, plusieurs pensionnaires du CRA avaient essayé de se sauver avant de se faire rattraper. En représailles, ils avaient décidé de mettre le feu à leurs chambres.

    Un badge a disparu

    Mais les policiers ne sont pas exempts de tout reproche quant à cette vague d’évasion. Depuis décembre, les pandores du CRA enchaînent en effet les plantades. À commencer par le vol par un des retenus du précieux badge qui permet d’ouvrir toutes les portes du centre. Interrogés sur le sujet, la préfecture de police de Paris se refuse à tout commentaire. Elle reconnaît néanmoins que « des personnes retenues avaient délibérément quitté le CRA de Vincennes en dépit de la surveillance du site » :

    « Des instructions ont été données aux effectifs de police sur place afin de renforcer la sécurité et la surveillance des bâtiments. »

    « Des mesures de rénovation des locaux sont en cours », complète le service presse. « Ce CRA, c’est une vraie passoire », renchérit de son côté un fonctionnaire qui préfère garder l’anonymat :

    « Forcément, on n’arrête pas de sabrer les effectifs. »

    En octobre dernier, 60 policiers du centre de rétention avaient décidé de se faire porter pâle, le même jour pour dénoncer leurs conditions de travail… et le manque de personnel.

    (1) Prénom changé à la demande de la personne interviewée
    Image d’illustration

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