Les JO pourraient nuire aux habitants du 93

4 Mai 2018

par Matthieu Glaymann, Il est habitant d'Epinay-sur-Seine (93). Il organise des « Toxic tours » : des ballades pour montrer l'impact des JO sur les territoires concernés. Il est également co-fondateur du comité vigilance jeux olympiques 2024.

Avec les jeux olympiques de 2024, le 93 va se transformer. « On nous vend du rêve », explique Matthieu Glaymann. Car selon lui ces transformations ne profiteront pas aux habitants actuels du département.

Officiellement, les Jeux Olympiques de 2024 ont lieu à Paris, mais dans les faits c’est Saint-Denis qui accueillera une bonne partie des compétitions et des infrastructures en raison de sa proximité avec le Stade de France et avec la future gare de Grand Paris. Plus largement, la Plaine commune (intercommunalité dont Saint-Denis est membre) sera particulièrement impactée à plusieurs niveaux, durant et après les JO. On nous vend du rêve, en promettant de développer la Seine Saint-Denis à cette occasion. Sauf que ce qui est prévu ne bénéficiera pas vraiment aux habitants actuels.

Aucune concertation sérieuse n’a eu lieu avec les habitants. L’absence de débat public révèle une crise démocratique et pose une vrai question : qui décide de ce qui se passe sur le territoire ?

J’ai créé les Toxic tours en 2015 pour amener les habitants à réfléchir sur le climat et la pollution. Après la validation de la candidature de Paris, nous avons, avec Cécile Gintrac, professeure d’Histoire-géo et Marianna Kontos, architecte-urbaniste, orienté les Toxic tours sur l’impact des JO sur les territoires concernés. Nous ne prenons pas position pour ou contre les JO. Ces balades n’ont qu’un seul objectif : informer la population des transformations à venir, de leurs conséquences et des risques qu’ils entrainent.
L’itinéraire du Toxic tour, de Pleyel et la Plaine Saulnier.

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La carte / Crédits : Toxic tour

1L’expulsion du foyer Adef sans solution de relogement

Pour la construction des sites olympiques, un certain nombre de logements, d’entreprises, une résidence universitaire et un foyer Adef sont expulsés. Les entreprises de la zone d’activité du vieux Saint-Ouen sont actuellement relogées, les étudiants de la résidence universitaires le seront également. Le foyer de travailleurs migrants Adef va être démoli sans solutions de relogement. Les foyers de la région étant déjà encombrés, tout relogement éventuel se fera loin de Saint-Denis ou Saint-Ouen. Dans son rapport, l’IGF préconise de ne pas démolir le foyer, aucune décision officielle n’a été prise pour le moment. C’est honteux de détruire un foyer qui accueille une centaine de personnes depuis des décennies pour un site olympique.

2Un héritage incertain

Que deviendront les différentes structures des sites olympiques après les JO 2024 ? La question inquiète. Le village olympique s’étendra sur 51 hectares, sur Saint-Denis, Saint-Ouen et L’Île-Saint-Denis, avec 17.000 lits pour accueillir les athlètes. Il devrait être reconvertie en 22.000 logements, 900 logements étudiants, 100.000m² de bureaux et 3 ha d’espaces verts. Les logements seront des logements de standing, donc financièrement inaccessible pour une partie de la population locale. En ce qui concerne les bureaux, il existe déjà des milliers de m2 de bureaux inoccupés dans cette zone, c’est tout à fait inutile d’en construire d’autres. Nous craignons également, qu’après les JO, la piscine olympique ne soit pas accessible aux habitants à cause de tarifs trop élevés ou dans le cas d’une reconversion en centre d’entraînement pour sportifs professionnels.

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Ce foyer va être détruit / Crédits : Djenaba Diame

3Un risque de gentrification

L’organisation des JO à Saint-Denis, et tout ce qui en découle, entrainera l’augmentation du prix du foncier autour du Stade de France et du futur village olympique. Avec l’arrivée de la gare du Grand Paris et de nouvelles lignes de métro (prolongement de la 12 et de la 14 et création de la 16), Saint-Denis deviendra une zone très attractive pour les promoteurs immobiliers. Les prix des loyers grimperont et la location des logements construits dans le cadre de la reconversion des sites olympiques sera tout aussi chère. On transforme des quartiers populaires en quartiers de standing et, par la même occasion, contraint la population actuellement sur place à partir.

Propos recueillis par Djenaba Diame