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    26 / 06 / 2018

    « Va y avoir du chambrage ce soir ! »

    La Divette, le QG des footeux du pied de la butte Montmartre

    Par Charlotte Sauvagnargues , Lola Blassieaux

    C’est le passage obligé des fans de foot et de Saint-Étienne. Les jours de match, La Divette de Montmartre déborde. Au bar, Serge distribue les pintes et les bons mots. « C’est clair qu’on vient pour lui et non pour ses charmantes chiottes à la turque ! »

    Montmartre, Paris 18e — À une heure du coup d’envoi du match amical France-Italie, La Divette de Montmartre est déjà pleine à craquer. Bière à la main, les habitués squattent la banquette et les quelques chaises du bar. Le patron Serge, mi-ours mi-papy gâteau, prépare les verres. Petits nouveaux et retardataires en profitent pour s’allumer une dernière clope.

    Attablés devant l’un des deux écrans plats, cela fait 25 ans que Brigitte et Jeannot sont fidèles au poste :

    « On habite juste en bas de la rue. Tous les deux, on s’est rencontrés autour de ce baby-foot. Depuis, on vient mater presque tous les matches. »

    Quant à Thierry, supporter d’un soir, ce Toulousain de 27 ans ne pouvait faire escale dans la capitale sans jeter un coup d’oeil à cette adresse mythique : « Elle est connue chez les footeux. Fallait absolument que je la teste par moi-même » Le petit PMU est devenu un véritable lieu de pèlerinage. Des présidents de grandes équipes et des joueurs légendaires, Hervé Revelli ou encore Dominique Rocheteau, en ont déjà poussé la porte. Pas le temps d’approfondir le sujet que Serge augmente progressivement le son de ses enceintes. La Marseillaise résonne dans tout le bar. Le patron est rodé : « Va y avoir du chambrage ce soir ! »

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    L'homme qui fait venir les foules / Crédits : Lola Blassieaux

    Serge, pilier du quartier

    Avec sa dégaine de vieux PMU, sa devanture rouge vif et son auvent vert passé, La Divette de Montmartre ne paye pas de mine face aux terrasses branchouilles du quartier. Et pourtant, le rade ne désemplit pas depuis son ouverture. Ce qui fait venir les clients et revenir les habitués, c’est sans conteste le gardien du comptoir, Serge. Installé depuis plus de 30 ans, c’est une référence dans le quartier. « C’est clair qu’on vient ici pour lui et non pour ses charmantes chiottes à la turque », confirme un client avant de s’en jeter un petit derrière la cravate.

    Un peu brut de décoffrage, Serge arbore une chevelure grisonnante, des Crocs aux couleurs de l’AS Saint-Etienne et un tablier en guise de maillot. Son franc-parler et ses petits tacles bien placés ne laissent personne indifférent. Tous ses clients sont au courant que « le PSG, il s’en tamponne le coquillard ». Ce bon vivant ne mâche pas ses mots:

    « J’étais pour l’ancien Ajax, celui de la grande époque. Là, on y voyait vraiment du football comparé à maintenant où on se fait chier les trois quarts du temps. Ce ne sont plus des joueurs mais des ministres sur le terrain. »

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    Rock&Roll ! / Crédits : Lola Blassieaux

    « Le foot, c’est dans mes gênes », explique le sexagénaire. Né tout près du « Chaudron », le célèbre stade Geoffroy-Guichard, Serge en parcourt les tribunes depuis son plus jeune âge. C’est son père, Marcel Vial — ancien défenseur de l’AS Saint-Etienne entre 1939-1941 — qui lui a transmis cet amour du ballon rond. Après un passage au club de l’Étrat en minime puis en cadet, il lâche son boulot de mécanicien aéronautique à la vingtaine et décide de monter à Paris. « J’ai racheté La Divette en 1986. Au début, peu de bars diffusaient les matchs. J’avais déjà une télé et on les regardait toujours. Je commente à chaque fois les conneries des présentateurs. Ça m’énerve. » Depuis, ce taulier stéphanois en a vu défiler. « La finale France-Brésil en 98, c’était de la folie! À 15h, les gens tapaient déjà au carreau, ils voulaient tous rentrer. Quand j’ai ouvert, le bar s’est rempli en un rien de temps », se souvient -il avec nostalgie. Cette année, il s’apprête à vivre sa neuvième Coupe du Monde.

    Sainté, du foot et des vinyles

    La décoration hybride de son bar, à mi-chemin entre musée privé et cabinet de curiosités, Serge l’assume totalement. « Ce sont mes deux passions et ça allait bien avec France Inter, sport et musique à l’époque», balance-t-il en réglant sa mini-chaine. ABBA, les Gipsy Kings ou encore Jean Ferrat rythment les journées de la Divette.

    Serge aime se définir comme « un collectionneur de collections ». Tout ce joyeux « bordel », ce sont des trésors personnels, des cadeaux de clients ou encore des trouvailles aux puces. Le moindre petit centimètre carré est exploité. Au plafond, écharpes de foot et fanions colorés se mélangent aux maillots menthe à l’eau. Des picture-discs, des 45 tours et des 78 tours en tout genre tapissent les murs. Ancien choriste, Serge prête attention à la voix des artistes. Entre deux clients, il confie être tombé sous le charme de celle d’Elvis. Une vitrine entière lui est consacrée. Buste imposant du King, poupées russes et figurines PEZ à son effigie font partie des meubles.

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    Venir avant 18h sinon blindé ! / Crédits : Lola Blassieaux

    Mais derrière son comptoir, le patron affiche clairement la couleur : ici évidemment, c’est les Verts! Pièces collector de la grande époque, photographies des équipes mythiques et autres goodies dépareillés siglés Sainté participent à la déco kitsch du lieu.

    Les soirs de match contre le grand rival lyonnais, Serge paye même aux supporters sa tournée de verveine verte du bled :

    « Ça vaut une finale de Coupe du Monde. Surtout si c’est à Lyon qu’on leur tape sur la gueule. »

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