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    17 / 07 / 2019

    « Si toutes les classes populaires sont unies, ça va être chaud pour vous »

    L’acte 36 des Gilets jaunes à Beaumont-sur-Oise derrière le comité Adama

    Par Marta Sobkow

    Ce samedi 20 juillet se tiendra à Beaumont-sur-Oise, la troisième marche en hommage à Adama Traoré, tué pendant une intervention des gendarmes. De nombreux collectifs de Gilets jaunes appellent à rejoindre la manif et d’en faire l’acte 36.

    Ce samedi 20 juillet, à Beaumont-sur-Oise, est organisée la troisième marche en hommage à Adama Traoré, tué par trois gendarmes à Persan. « Cela fera trois ans de lutte », détaille sur Facebook le Comité Adama. Trois ans d’un combat judiciaire - pour réclamer justice - mais aussi politique. Assa Traoré et sa garde rapprochée ont écumé la France, avec plus de 200 déplacements ces 12 derniers mois. Objectif : construire des ponts entre les luttes, des quartiers populaires au monde rural, en passant par Bure ou les Gilets jaunes.

    Un travail de fourmi qui porte ses fruits : ce samedi, plusieurs fronts vont converger vers Beaumont-sur-Oise. Militants écologistes, antifascistes et de plusieurs quartiers populaires hexagonaux ont promis de faire le déplacement. Mais surtout de nombreux Gilets jaunes appellent à un « Acte 36 national » dans la commune du Val-d’Oise. Leur mot d’ordre : « Ripostons contre l’autoritarisme ! ».

    Ça n’était pas gagné

    Au début du mouvement, la présence de racisés dans les cortèges de Gilets jaunes était loin de faire l’unanimité. Torya, cheminote et Gilets jaune, présente dès le 18 novembre, se souvient : « Quand on est arrivé la première fois avec nos gilets orange, ça chantait la Marseillaise avec des regards appuyés sur nous quand ils disaient “sang impur”. Il y avait des drapeaux royalistes. Le climat était pesant mais on est restés ».

    Le 1er décembre, après deux semaines de mobilisations, le collectif Adama appelle à rejoindre le mouvement. Youcef Brakni justifie cet appel rapide : « Il y avait une présence physique de l’extrême droite, mais ça nous a motivé à rejoindre le mouvement et être présent physiquement et idéologiquement face à eux ». C’est également au troisième acte qu’Emmanuelle, aujourd’hui membre du collectif Femmes Gilets jaunes Île-de-France, a rejoint le cortège parisien « avec mon T-shirt Adama et mon Gilet jaune ». Progressivement, les figures de l’extrême droite quittent le navire, tandis que des habitants des quartiers populaires, de plus en plus nombreux, s’investissent dans le mouvement.

    Unis face aux violences policières

    « Quand les Gilets ont constaté que la répression policière s’attaque à tout ce qui est anti-système, beaucoup de gens m’ont dit : “On comprend mieux ce qui se passe dans les quartiers populaires” », rapporte Torya. « Comme pour les quartiers populaires, le gouvernement a essayé de délégitimer leurs protestations », complète Youcef Brakni. « J’ai reçu beaucoup de messages des Gilets jaunes qui ont eu une prise de conscience là-dessus ». Pour Emmanuelle, le décès de Zineb Redouane, tuée à Marseille par la police au cours de l’acte 3, a permis une prise de conscience : « Ils ont visé et tué une femme voilée, qui était à la fenêtre de son appartement dans un quartier populaire. Jamais ils n’auraient tiré sur une nana qui fermait sa fenêtre sur les Champs Élysées : c’est un crime raciste. »

    Revoir notre documentaire : Gilets jaunes, une répression d’Etat

    Au fil du mouvement, plusieurs figures des Gilets jaunes ont pris fait et cause pour des victimes de la police issues des quartiers populaires. Ainsi, le 6 mars dernier, après le décès de deux jeunes à la suite d’une intervention de la BAC, Eric Drouet avait apporté son soutien aux proches :

    « On peut mettre en relation ce qui se passe dans les manifestations et dans les quartiers. (…) Ce serait bien que tout le monde s’unisse face à cette répression. »

    Une prise de parole qui a valu à Eric Drouet quelques réactions racistes, mais aussi beaucoup de soutien chez les Gilets Jaunes.

    Reste à savoir combien ils seront à se rendre à Beaumont-sur-Oise ce samedi. Youcef Brakni est optimiste. « C’est l’occasion aussi de montrer au système que si jamais toutes les classes populaires sont unies, vous ne tiendrez pas longtemps, ça va être chaud pour vous. » Le comité Adama insiste pour que la marche soit pacifique afin d’éviter toute interpellation.

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