En ce moment

    25 / 10 / 2019

    Défenseur des supporters et stakhanoviste des tribunes

    Fabien Lacoste, l’inépuisable voix des ultras du PSG

    Par Christophe-Cécil Garnier

    Fabien Lacoste est capo du PSG, le chef d’orchestre des ultras dans les tribunes. Chants, banderoles, déplacements, il supervise tout. Au point d’être devenu une des personnalités du club parisien. Il sera là pour le PSG-OM, ce dimanche 27 octobre.

    Salle Coubertin, 16e arrondissement de Paris – « Ce soir, on donne tout les gars ! ». Au mégaphone, Fabien Lacoste commence à chauffer ses camarades ultras avant le match de Ligue des Champions du PSG Handball. En ce 13 octobre, c’est lui qui donne le LA aux 300 membres du Collectif Ultras Paris (CUP) présents. À 40 ans, Fabien est capo. Dans le vocabulaire footballistique, c’est celui qui reste dos au terrain et joue le rôle de chef d’orchestre face à la tribune de supporters. Très investi comme leader, il lance les chants, prépare les déplacements ou les animations. Son calendrier de ce mois ressemble presque à une tournée. Rencontres à domicile, 90% des déplacements, Fabien est de tous les matchs. En plus du reste des rencontres des « autres » PSG : le handball et le football féminin. Un stakhanoviste des tribunes en somme.

    Ce dimanche 27 octobre, Fabien sera à nouveau devant ses troupes pour pousser Mbappé, Verratti et consorts à l’emporter face à l’OM. Le « Classique » entre les deux équipes va être son septième match d’octobre, soit un tous les quatre jours.

    L’ambianceur de la tribune

    Au sein du CUP, celui qui bosse dans l’événementiel n’est pas le seul à tenir le mégaphone. Ils sont une dizaine de capos à se partager les micros et lancer les chants partout où ils vont. Mais dans le microcosme parisien, Fabien détonne par sa productivité. Trois heures avant la partie de handball, on le retrouve dans les coursives du Parc des Princes, où se trouve leur local, à préparer une banderole. En même temps qu’il répond aux questions, Fabien prend les appels avec son kit main libre, gère les problèmes des futurs déplacements et découpe les lettres du tifo au cutter. Agenouillé sur un large tissu plastique rouge, il est aidé par plusieurs autres ultras, qui scotchent les lettres sur une bande bleue. Le tout donne : « Y’a pas de couleur pour aimer », à lire sur un air de Kery James. Une référence à un événement raciste lors d’une rencontre antérieure de Celje, l’adversaire du soir.

    « Il fait trop le mec occupé, comme un PDG », rigole un membre de la sécurité de la salle Coubertin, alors que Fabien gère les derniers détails avant la rencontre du PSG Handball. Le groupe des ultras se divise en deux, séparés par des escaliers. Pour chaque bloc son capo. « C’est mieux de ce côté, on veut le vrai capo », se lancent deux ultras en dévalant les marches dans le bloc de Fabien.

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/70870604_1746637898813606_413135657276276736_n_1_1.jpg

    Face au Real Madrid en Ligue des Champions, l'ambiance mise par le CUP a été saluée. / Crédits : Capture d'écran de RMC.

    Au départ, le quadra devait juste dépanner. Il est aujourd’hui considéré comme un des principaux ambianceur de la tribune. Récemment, celle-ci a été saluée pour le premier match de C1 face au Real Madrid. Pas de quoi satisfaire le quadra qui se dit « perfectionniste » et hausse les épaules :

    « Pour moi, tous les matches se valent. L’ambiance doit être comme ça tout le temps. Si t’es un passionné, tu dois te déchirer pour n’importe quelle rencontre. »

    Fabien n’est pas attaché au micro. « Si les gens prennent ma place, je leur demande juste de faire les choses bien. » Lui qui a vécu les ambiances bouillantes des années 90 connaît le « potentiel du Parc des Princes ». « Les gens ne se rendent pas compte de ce qu’on peut faire si tout le monde dans le stade donne tout. À l’époque, quand on sortait du Parc, on était contents car on avait fait le taf‘ ».

    Level up, nouvel homme

    Mais entre les années 90 et aujourd’hui, il y a eu le « Plan Leproux ». Une « pacification » du Parc des Princes mise en place en 2010 par le président de l’époque, Robin Leproux, suite à la mort d’un supporter parisien lors d’une bagarre avant un PSG-OM. Ce plan supprime notamment les abonnements en virages, habituellement réservés aux ultras, et y instaure un placement aléatoire. C’est la fin des grandes animations. Environ 13.000 personnes sont poussées hors des tribunes parisiennes, dont Fabien. L’ambiance en pâtit grandement et aujourd’hui encore, de nombreux observateurs estiment, dans une forme de nostalgie, que « le Parc, c’était mieux avant ».

    https://www.streetpress.com/sites/default/files/bf-une_1.png

    De grosses lunettes de soleil pour supporter la ville lumière. / Crédits : DR

    En France, le club parisien reste le seul à avoir privé de stade une partie de ses supporters. Certains ultras lâchent alors le club, dégoûtés par cette trahison. D’autres, comme Fabien, s’engagent dans une contestation longue de six ans. Ce dernier se rend dans les tribunaux avec d’autres leaders pour voir les avocats des groupes parisiens plaider contre le PSG. Il forme aussi un groupe nommé Le combat continue. « Une autre référence à Kery James », sourit-il.

    À LIRE AUSSI : L’avocat des ultras du PSG

    Lors du retour des ultras au Parc en 2016, sa place n’est plus la même : « À l’époque, je ne me mettais pas en avant. J’étais un passionné qui chantait 90 minutes. Mais aujourd’hui ce n’est plus pareil ».

    Une passion prenante

    C’est d’ailleurs durant cette période de protestation que les ultras du PSG déplacent leur passion du Parc vers le foot féminin et le handball. « Ça nous a donné une bouffée d’oxygène à l’époque », explique-t-il. D’où cette envie toujours constante de les soutenir, malgré une hiérarchie bien en place :

    « La priorité, ça reste la Ligue 1. Après c’est les meufs et ensuite le handball. Nous, on est des amoureux de la tribune. À partir du moment où on peut représenter nos couleurs et mettre de l’ambiance, je suis déjà chaud. »

    Le tout est une passion prenante – « je n’ai plus d’argent », confie-t-il en rigolant – et pas toujours adaptée à la vie de famille. « Je conjugue les deux comme je peux. Quand c’est un peu chaud, j’essaie de ralentir. »

    Un ultra féministe

    À Coubertin, le match débute. Posté sur la rambarde de la tribune, le chef d’orchestre mène ses troupes et commence les chants. Il les stoppe pour lancer des sifflets quand les joueurs adverses s’approchent trop. Très rapidement les gouttes de sueur perlent sur son front. En deuxième période, il file le mégaphone à un autre capo et s’en va sur un côté agiter un drapeau :

    « C’est un kiff pour les athlètes aussi. Car à Coubertin ou à Jean Bouin [le stade du PSG féminin, ndlr], si on n’est pas là, c’est un peu la tristesse ».

    Une fierté pour ce Francilien, qui a commencé à suivre le PSG en tribune de presse avec son père, journaliste sportif au magazine Onze Mondial, avant de filer à celle d’Auteuil. « Mon but ultime, c’est qu’aller aux meufs et au hand devienne quelque chose de normal », détaille-t-il, en citant l’exemple des clubs grecs ou turcs, où les ultras se déplacent autant pour le foot que le basket ou le volley, masculin et féminin confondus. « Ça met du temps à rentrer dans les moeurs. Et on sait qu’on est qu’une poignée à gérer ça. L’idéal est d’avoir des soldats partout. » Face à Chelsea, l’année dernière, 14.000 supporters étaient présents pour pousser les Parisiennes. Parmi eux, 2.000 ultras.

    Fabien et ses potes s’étaient préparés un mois à l’avance pour les animations et l’ambiance. Un engagement assez exceptionnel dans le monde ultra pour du football féminin :

    « Quand tu prends du recul, tu te dis qu’on a réussi un truc fort. Qui fait ça en France ? Pas grand monde. Représenter notre ville partout, c’est ce qu’on veut. »

    Il n’y a que ces couleurs qui font battre son cœur.

    Aujourd’hui, nos emplois sont sauvés. C’est grâce à vous. Merci. Nous avons choisi de poursuivre cette campagne pour pérenniser notre modèle économique bien-sûr, et surtout pour inventer une autre façon d’être un média. Objectif : 70.000 euros avant le 15 novembre

    Je donne pour sauver StreetPress