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    13 / 01 / 2020

    Bombe au poivre et passage aux urgences

    Un syndicat d’extrême droite s’en prend violemment à des étudiants mobilisés

    Par Rémi Yang

    Bagarre devant l’université d’Assas : des membres du syndicat étudiant d’extrême-droite La Cocarde s’en sont pris à d’autres étudiants, mobilisés pour obtenir le report des partiels.

    « Ils sont arrivés, ont tapé dans le tas et gazé tout le monde », raconte Marco (1), étudiant en sciences politiques à Assas. Ce matin, il est venu avec une vingtaine d’autres étudiants de l’université réclamer un report des partiels. Mais l’action tourne au vinaigre lorsqu’une quinzaine de membres de la Cocarde, un syndicat d’extrême droite, se pointent pour en découdre. Le début de blocus se transforme en bagarre générale. « Ils avaient une bombe au poivre, qu’ils ont utilisée à bout portant sur 5 personnes. Moi j’en ai eu dans les yeux », témoigne Mathilde (1), étudiante en M1 de politique publique.

    Echanges de coups et intervention de la police

    « On est arrivé vers 8h30 », rembobine Mathilde. « On avait appelé à un rassemblement pacifique, pas forcément un blocus », tient-elle à souligner. Le petit groupe d’Assas Mobilisée est ensuite rejoint par « des camarades antifa et d’autres facs » qui apportent des poubelles en vue de bloquer le campus explique Mathilde. Le groupe d’une quarantaine de personnes déploie des banderoles et des pancartes, pendant que Mathilde lit un communiqué au mégaphone. Le blocage « se passe bien », assure l’étudiante. « Il y avait des étudiants qui nous soutenaient et d’autres qui nous disaient de se casser, de les laisser passer leurs partiels », nuance Marco.

    Les membres de la Cocarde rappliquent une petite demie-heure plus tard, « tout de noir vêtus », constate Fouad Khayat, élu étudiant à Assas (sur la liste assas.net). Selon Mathilde, Fouad et Marco, ce sont les militants d’extrême droite qui déclenchent la bagarre. Quelques coups sont échangés et un membre de la Cocarde asperge au visage plusieurs étudiants mobilisés. Vianney, membre du syndicat d’extrême droite reconnaît qu’un des leurs « a sorti une bombe de poivre et en a fait usage pour se défendre » et qu’il y a eu un « affrontement assez léger entre une dizaine de personnes » auquel il n’aurait pas participé.

    Si par message le militant minimise l’altercation, son syndicat se gargarise sur Twitter de ce qu’il considère comme une victoire. Aux alentours de 10h, la police intervient et sonne la fin de l’action. « Les CRS sont arrivés taser à la main, les fachos de la Cocarde étaient derrière eux », se rappelle Mathilde selon qui l’action était préméditée :

    « Sur Facebook, ils ont posté qu’ils allaient nous déloger et nous casser le gueule. »

    Selon un communiqué publié par le collectif Assas Mobilisée à l’initiative du rassemblement, deux personnes se sont rendues aux urgences. Marco a, sur le conseil d’un pharmacien, accompagné l’un de ses camarades à celles de Port-Royal. « Il ne pouvait plus ouvrir les yeux, il ne voyait rien. Après un lavement, il était toujours très rouge et très enflé autour des yeux. »

    Pas une première bagarre pour la Cocarde

    Dans un communiqué diffusé en fin d’après-midi, l’université a déclaré qu’elle condamnait « fermement les violences qui ont eu lieu ce matin, lundi 13 janvier 2020, devant le centre Assas, où un groupe d’étudiants a violemment pris à partie d’autres étudiants manifestant devant l’entrée du bâtiment ». Tout en précisant qu’elle « ne saurait tolérer ni blocage ni violence ». Mais selon Fouad qui sortait d’une réunion avec la présidence, cette dernière « est en train d’enquêter, et elle agira en conséquence ».

    Ce n’est pas la première fois que la Cocarde est au coeur d’une baston étudiante. En octobre, dans un contexte d’élections universitaires, une bagarre générale a éclaté entre des membres du syndicat et des antifas sur le parvis de l’université de Nanterre.

    (1) Prénoms modifiés à leur demande.

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