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    09/06/2022

    Elle se présente aux législatives dans le Val-d’Oise

    Leila Ivorra, de Tolbiac à l’Assemblée nationale

    Par Maxime Asseo

    Première fois candidate à une élection, Leila Ivorra se présente avec la Nupes dans le Val d’Oise. La candidate de terrain, d’abord connue pour une fake news à l’université Tolbiac en 2018, mise tout sur sa connaissance des problématiques locales.

    Pied au plancher, Leila Ivorra fonce au volant de sa Micra beige dans les rues de Beaumont-sur-Oise (95). Accompagnée de son directeur de campagne et sa directrice de communication – 21 et 20 ans – la candidate Nupes de la première circonscription du Val-d’Oise a rendez-vous devant la mairie avec Xavier Renou. Ce militant local très actif de La France insoumise et fondateur du collectif Les Désobéissants a prévu une journée millimétrée pour la candidate. Première étape : rencontrer une habitante d’un HLM insalubre dans le quartier ultra prioritaire de Boyenval, lieu de vie de la famille d’Adama Traoré. « Il faut convaincre là où les difficultés sont les plus importantes », affirme Leila en récupérant des tracts éparpillés dans son coffre. Murs décrépits, humidité, « on voit souvent ça ici ». « Ça serait une chance pour les gens d’ici d’avoir quelqu’un comme elle, qui vient du coin et qui connaît les difficultés du territoire », espère Xavier Renou devant l’immeuble HLM.

    L’annonce fausse

    Dès l’annonce de sa candidature, les détracteurs de Leila Ivorra n’ont pas hésité à remettre sur la table une ancienne polémique, celle de l’annonce fausse d’un blessé grave à l’université Tolbiac. En avril 2018, lors de l’évacuation de l’établissement occupé contre la mise en place de Parcoursup, elle avait propagé avec deux autres personnes une fausse rumeur. Elle affirmait avoir vu un étudiant au sol et des flaques de sang près des grilles. Dans une enquête publiée peu de temps après par Libération qui contredit les faits, elle reconnaît avoir menti et n’avoir jamais vu de ses yeux un blessé grave.

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    Lors d'un de ses déplacements, Leila Ivorra rencontre une habitante d’un HLM insalubre dans le quartier ultra prioritaire de Boyenval. « Il faut convaincre là où les difficultés sont les plus importantes. » / Crédits : Maxime Asseo

    « J’ai directement fait un communiqué pour m’expliquer, mais la machine s’était emballée. » Un compte parodique, « Leïla de Tolbiac », a même été créé sur Twitter. Quatre ans plus tard, les attaques refont surface. « De toute façon, c’est la machine d’extrême droite qui se met en marche auprès de tous les candidats Nupes », soupire la militante de 26 ans avec un ton blasé. Les sites fdesouche.com, Boulevard Voltaire et l’éditorialiste Éric Naulleau se sont empressés de dénoncer cette candidature. Le 13 mai dernier, le journal Le Point la cite même dans son article : « Législatives : ces candidats LFI qui pourraient poser problème ». Mais pour Leïla, c’est de l’histoire ancienne :

    « Ça s’est emballé trois jours, mais c’est fini. Même dans ma circo, soit les gens sont passés à autre chose, soit ils ne connaissent pas l’affaire. »

    « Elle connaît la galère »

    À la fin de la visite de l’appartement, elle sort un tract de son paquet et le tend à l’habitante. « Je ne vous oublie pas », lance-t-elle en jetant un dernier coup d’œil effaré aux murs du logement. C’est pour ce genre d’injustice qu’elle s’est lancée dans l’action politique, en écho à ses propres origines sociales. Actuellement au RSA, elle vient d’une famille précaire. « À un moment, on avait plus de sous. J’ai dû prendre un travail, puis deux, puis trois. » Quand elle sort du lycée, elle sert dans un bar d’à côté la moitié de la semaine et l’autre partie dans un restaurant. Le week-end, elle travaille dans une salle d’arcade à Paris jusqu’à 2 h du matin. « Je n’avais aucun temps pour moi », souffle-t-elle. Une situation physique et psychologique difficile, d’autant qu’elle subit dans ses trois milieux de travail un harcèlement sexuel récurrent. Leila veut se syndiquer. Trop jeune, elle opte pour une autre stratégie en rejoignant le Front de gauche, qui deviendra LFI. « C’est là que j’ai connu pour la première fois l’action politique. » Depuis ses 16 ans, elle explique, convainc et rencontre les gens, les associations, les syndicats. En 2021, elle crée la section des jeunes insoumis du Val d’Oise, l’un de ses faits d’armes. La candidate affirme fièrement :

    « On a commencé avec un ami à tracter devant les lycées. Six mois plus tard, on était 34. »

    Maximilien, son directeur de campagne, la rencontre via ce groupe. Il a été séduit par l’implication de la candidate. « Elle connaît la galère. Ce n’est pas juste une politicienne venue comme ça pour se faire un nom. Elle garde sa ligne idéologique et s’accroche, malgré son jeune âge », explique à l’écart le jeune sarcellois, alors que sa candidate discute avec une représentante syndicale de l’hôpital de Beaumont. L’activité de Leila Ivorra finit par être récompensée. Deux semaines avant les présidentielles, elle reçoit un coup de téléphone. Une assemblée de circonscriptions vient de la désigner candidate pour les législatives. « On m’a dit : “Il y a actuellement 33 votes sur 33 qui t’ont proposé. On te laisse deux jours pour voir si tu veux être candidate”. Mes camarades me font confiance, donc j’y suis allé », rembobine la candidate. L’aboutissement de dix ans d’actions politiques au sein de la LFI, même si certains ont encore tendance à l’infantiliser. Elle assure :

    « C’est pour ça que je parle de sujets politiques précis. Je montre que je viens d’ici et que je sais de quoi je parle. »

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    « Elle connaît la galère. Ce n’est pas juste une politicienne venue comme ça pour se faire un nom. Elle garde sa ligne idéologique et s’accroche, malgré son jeune âge. » / Crédits : Maxime Asseo

    Lutter contre la politique de Macron

    La vingtenaire, originaire du village de l’Isle-Adam dans la deuxième circonscription, a fait son lycée à Beaumont. « J’ai toujours milité là. Ce n’est pas ma circo, mais pour les camarades, c’était logique que je me présente ici », explique-t-elle rapidement avant de reprendre le volant pour le prochain rendez-vous. Plus grande circonscription du Val d’Oise, elle l’appelle la « petite France », pour son côté rural et citadin, populaire et aisé. Le député est LR, les grandes villes sont à gauche. À la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est arrivé deuxième, à 1,2% d’Emmanuel Macron. La candidate veut croire :

    « Avec la Nupes, il serait arrivé en tête. »

    Sur le terrain, Leila fait le lien entre la politique du gouvernement Macron et les projets lancés dans sa circonscription contre lesquels elle s’oppose. À Bernes-sur-Oise (95), les deux tiers du centre Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) vont être détruits pour laisser place à une nouvelle prison. Leila a rendez-vous avec des syndicalistes et le directeur de l’agence pour leur apporter son soutien contre ce projet « inutile et contre-productif ». Avant, détour par l’hôpital de Beaumont, premier employeur de la ville. Une réunion s’y tient pour acter la fusion avec l’hôpital de Pontoise, à 35 minutes d’ici. Leila souhaite s’incruster et montrer son désaccord avec ce projet. « Ils veulent transférer au compte-goutte les malades à Pontoise et fermer progressivement des lits. Dans dix ans maximum, l’hôpital est fini. » Bloquée par la sécurité, elle n’a pas pu rentrer. Elle se rabat sur une syndicaliste SUD, pour discuter et apporter son soutien.

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    On n'oublie pas la Nupes ! / Crédits : Maxime Asseo

    En campagne

    Leila Ivorra se sent d’autant plus concernée par les sujets de santé et les problèmes sociaux, qu’elle est tombée gravement malade de septembre à janvier dernier. Des rhumatismes très virulents lui ont fait perdre l’usage de ses articulations. « Je me suis dit : “Je risque de ne plus marcher et de ne plus écrire. Est-ce que ça vaut la peine de rester en vie ?” » Finalement, tout est revenu progressivement :

    « Je m’en suis sorti, mais d’autres n’auront pas l’aide médicale que j’ai eue. Donc je n’ai pas le droit d’abandonner ceux qui ont moins de chance. »

    À peine rétablie, elle a repris son engagement politique – sa « raison de vie » – pour la présidentielle. « Je suis allé là où je suis le plus utile : sur le terrain. » Pendant deux semaines, elle a participé aux caravanes de l’union populaire pour ramener au vote les abstentionnistes. De Toulouse à Marseille, elle faisait des sessions de 600 à 1000 porte-à-porte par jour dans les grosses cités.

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    La journée est bien remplie. / Crédits : Maxime Asseo

    Même si elle est élue, Leila ne veut pas faire de la politique toute sa vie. « Je ne la vois pas comme un but. Les envies dans ma vie n’y sont pas rattachées. » Au volant de sa voiture pour se rendre à l’Afpa et s’opposer au projet de prison, elle confie vouloir devenir inspectrice des impôts. Même si les prisons ont un aspect lucratif, « avec une main-d’œuvre à moindre coût », le manque à gagner de l’évasion fiscale contre laquelle Leila veut lutter « représente tellement plus ». À long terme, elle se voit bien en campagne, à tenir une petite exploitation maraîchère. « D’un point de vue rationnel, ce n’est pas possible. Il faut d’abord changer les choses, vivre plus simplement et mettre en place des bases sociales pour que tout le monde ait accès à des besoins nécessaires. » Elle n’en a pas fini avec la politique.

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