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    13/02/2023

    Notre documentaire retrace le combat pour la vérité de sa famille

    Cédric Chouviat a dit sept fois : « J’étouffe » avant de mourir

    Par Inès Belgacem

    Cédric Chouviat est mort après un contrôle routier à Paris. Dans le documentaire Violences Policières, le combat des familles, sa fille Sofia prend la parole pour que « cela ne se reproduise plus jamais ».

    Le vendredi 3 janvier 2020, Sofia, 20 ans, a essayé d’appeler son père, Cédric Chouviat. « J’étais habituée à l’avoir tout le temps au téléphone. Au quotidien, on était tout le temps en contact. » Le coursier à moto prend systématiquement ses appels avec son casque bluetooth, pour passer le temps sur la route. Mais ce matin-là, il ne répond pas. La jeune femme a un mauvais pressentiment. À aucun moment cependant, elle ne pense à un contrôle de police qui aurait mal tourné. C’est quelques heures plus tard, en faisant le tour des services de réanimation avec sa mère, qu’elle découvre la situation :

    « J’ai trouvé ça bizarre de tomber systématiquement sur la messagerie. C’était le moment où il… Où il a été arrêté par la police. »

    Cédric Chouviat, 43 ans, décède 48 heures plus tard. Une expertise médicale de synthèse, versée à l’enquête en janvier 2022, confirme la responsabilité des trois fonctionnaires. Le documentaire Violences Policières, le combat des familles – disponible depuis le 9 février sur France.tv Slash – commence sur les images du portable de Cédric, qui a filmé toute l’interpellation. « C’est difficile de voir ces vidéos pour ma famille et moi », commente la jeune femme. « Tu le vois retourner à son scooter, tu penses qu’il va repartir. En regardant les images, j’ai envie de lui dire : “Vas-y papa, part, démarre”. Et finalement non, tu connais la fin… » Le scootériste a enregistré sa propre mort. Sofia commente :

    « Mon père a dit sept fois : “J’étouffe” avant de mourir. »

    Plus d’une dizaine de vidéos

    « Un père de famille de cinq enfants, un travailleur, qui se fait tuer par des policiers au pied de la Tour Eiffel ! » Sofia sait que l’histoire de son père a interpellé l’opinion publique. Elle pensait que ça n’arrivait qu’aux autres. Idem pour sa mère, Doria Chouviat, qui finit par trouver son mari à l’hôpital européen Georges Pompidou, à trois kilomètres du quai Branly où s’est passée l’interpellation.

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    Sofia Chouviat avait 20 ans quand son père est décédé après un contrôle de police. / Crédits : StreetPress

    Selon les déclarations de la préfecture, Cédric Chouviat a été arrêté parce qu’il téléphonait au volant. L’homme de 43 ans se serait ensuite montré irrespectueux et agressif. Des vidéos, rendues publiques par Médiapart, Le Monde et Libération, montrent le motard remettre en question, sans violence, le contrôle routier. « Il y a les vidéos de surveillance, les vidéos des passants, celle du portable de Cédric et celle de la caméra embarquée des policiers », énumère le père du défunt, Christian Chouviat. En somme, une interpellation filmée à 360°. On y voit les policiers repartir. Mais quand l’un d’eux croit entendre une insulte, ils font demi-tour. Cédric Chouviat est ensuite plaqué au sol, il subit une clé d’étranglement et un plaquage ventral. Il répète sept fois « j’étouffe ». Le rapport d’autopsie révèle que son larynx a été fracturé. Christian commente :

    « Les vidéos, c’est la chance de notre malheur. Sans ça, la cause est perdue. »

    Cédric

    « Pendant longtemps, à cause de ces images, j’ai fait un cauchemar », raconte Sofia :

    « Quand je fermais l’œil, je me retrouvais à la place de mon père, étouffée et étranglée. Et j’avais l’impression qu’on me cassait le larynx à moi aussi. »

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    « Mon père a dit sept fois “j’étouffe” avant de mourir. » / Crédits : StreetPress

    La grande sœur a fait le tour des médias pour porter la mémoire de son père. « Lui et moi, on avait une relation fusionnelle. C’était un meilleur ami, un confident. » Elle a décidé de porter la parole de sa famille, pour soulager ses frères et sœurs, mais aussi sa mère et sa grand-mère. Le plus souvent, c’est elle et son grand-père qui interviennent là où on veut bien leur tendre un micro. « C’était un homme bon, quelqu’un d’imposant. Et aujourd’hui il nous manque une pièce maîtresse du puzzle », raconte très ému Christian Chouviat, le père de Cédric, dans le documentaire. « Aujourd’hui, notre rôle est de parler pour lui, à travers les vidéos, les témoignages, les souvenirs qu’on a de lui », insiste Sofia, qui termine :

    « Moi mon rêve, c’est que ça ne se reproduise plus jamais. Qu’aucune fille, qu’aucun fils, ou père, mère, ami, que personne ne perde un proche dans ces conditions. »

    Violences Policières, le combat des familles est disponible gratuitement et en intégralité sur France.Tv Slash et sur toutes les box TV sur France.Tv.

    À lire aussi : Violences policières : un documentaire pour raconter le deuil impossible des familles

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