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    05/10/2023

    C’était déjà le cas en novembre dernier

    Les femmes de la prison de Rennes n’ont pas eu d’eau potable pendant six semaines

    Par Clara Monnoyeur

    Les détenues de la prison des femmes de Rennes ne pouvaient plus boire l’eau de leur cellule cet été. L’administration pénitentiaire assure que tout est rentré dans l’ordre. Il aura fallu un mois et demi.

    Du 13 juillet 2023 jusqu’à fin août, les femmes détenues à la prison de Rennes (35) n’ont pas pu boire l’eau du robinet de leurs cellules. Les personnes détenues ont été informées que l’accès aux points d’eau contaminés a été restreint et que des bouteilles d’eau ont été distribuées en remplacement. « C’était l’équivalent de deux bouteilles d’eau d’un litre cinq par jour, minimum », explique à StreetPress Sophie Hautbois, du syndicat FO-Justice. Seule la consommation était interdite, les détenues pouvaient toujours avoir accès aux douches.

    « Des tests (1) sont en cours, mais à certains endroits du bâtiment, l’eau est potentiellement en limite de potabilité », avait déclaré en juillet Anne-Sophie Cortinovis, chargée de communication pour l’administration pénitentiaire au journal Ouest France. Par mail, l’Agence régionale de santé (ARS) de Bretagne confirme à StreetPress que les résultats d’analyse ont montré la présence d’une contamination. Anne-Sophie Cortinovis de l’administration pénitentiaire précise que dès lors : « Des mesures correctives, en lien avec des laboratoires spécialisés et l’ARS ont immédiatement été mises en œuvre ».

    Des tests ont été effectués régulièrement dans cette prison qui date de 1878, selon l’administration pénitentiaire. Depuis fin août, le problème serait réglé : « Les deux dernières séries de tests de potabilité effectuées étant conformes aux normes en vigueur », assure à StreetPress le ministère de la Justice.

    Un problème récurrent

    Le problème n’est pas nouveau. En novembre dernier, l’eau était déjà devenue impropre à la consommation suite à un problème de canalisation, selon les éléments recueillis par Ouest France à cette période. Cette fois-ci, l’eau était totalement coupée, et les personnes détenues n’avaient pas accès aux douches. Là aussi, il avait fallu plus d’un mois et demi à l’administration pénitentiaire pour régler le problème.

    Une situation qui concernait à la fois le bâtiment des femmes, mais aussi le quartier des détenus hommes en semi-liberté [qui sont enfermés la nuit mais peuvent sortir la journée] et les membres de la direction présents sur le site qui partagent tous le même réseau.

    À cette époque, les détenus hommes du quartier de semi-liberté avaient rédigé des communiqués pour dénoncer le manque d’information, relayés par la revue l’Envolée. « Par rapport à cette coupure, on ne nous dit pas grand-chose. La Spip n’en sait rien, les surveillants ne disent rien. On nous a quand même parlé d’une bactérie. […] Lundi, un détenu est allé à l’hôpital, il avait utilisé l’eau. Il est revenu depuis. Nous aimerions bien savoir quelle bactérie il y a dans cette eau. » Ils s’étaient aussi inquiétés de la situation des femmes, qui ne peuvent pas sortir la journée.

    Ils avaient également alerté sur les conséquences de cette coupure : « Il n’y a plus de douche. […] On nous donne deux bouteilles d’eau par jour : une pour boire et une pour la toilette. À nous de gérer notre consommation ensuite. On ne peut pas non plus tirer la chasse d’eau, ni faire notre vaisselle. »

    La vétusté de la prison mise en service en 1878 pourrait-elle expliquer ce problème récurrent ? « Rien ne le prouve, même s’il est vrai que certaines canalisations sont réellement vétustes. Mais il y a d’autres facteurs. Des réseaux de distribution différents selon les bâtiments et depuis plusieurs mois, la prison est entourée de multiples travaux », précisait Anne-Sophie Cortinovis à France 3.

    Bactérie

    Aucune information sur le type de bactérie relevée n’a été communiquée pour la coupure d’eau de cet été. En revanche, en novembre dernier selon Ouest France, c’est la légionelle qui avait été détectée dans les circuits d’eau chaude. Contrairement à la plupart des autres bactéries, la légionelle peut se multiplier dans l’eau jusqu’à 45°C, et survivre jusqu’à 66°C. Elle peut être responsable de la légionellose : grave infection respiratoire due à l’inhalation d’un aérosol d’eau contaminée, ou par microgoutelletes. Concrètement, même si les personnes détenues ne boivent pas l’eau, une simple douche peut les contaminer.

    Bastien (2) était détenu au quartier de semi-liberté à cette période. Il est sorti durant l’été. Même une fois le problème réglé, il assure à StreetPress avoir eu des problèmes digestifs avec des maux de ventre et des problèmes dentaires jusqu’à la fin de sa détention. Aucun lien n’a pu être clairement établi entre la consommation d’eau et ses symptômes (3). De son côté, l’administration pénitentiaire assure qu’aucune personne détenue n’a été contaminée à la légionelle cet été (4).

    (1) L’ARS Bretagne précise que les tests concernaient à la fois la recherche de légionelles dans l’eau chaude sanitaire au niveau des douches et le suivi de la qualité de l’eau du robinet (potabilité). Et ajoute que « la prison des femmes de Rennes a réalisé des campagnes de prélèvement sur ces deux types d’eau dans le cadre de ses obligations de surveillance. »

    (2) Le prénom a été changé.

    (3) Contactés, ni l’UHSA de la prison de Rennes, ni la direction de l’hôpital de rattachement (Centre hospitalier Guillaume Régnier) n’ont répondu à nos questions.

    (4) L’ARS Bretagne précise que si « à ce jour, la prison a indiqué que l’eau distribuée était à nouveau conforme aux normes de qualité et poursuit les campagnes de prélèvements, l’ARS Bretagne reste attentive à l’évolution de la situation. »

    Photographie de Une de Chisloup issue de Wikimedia Commons. Photo de l’entrée de la prison des femmes à Rennes en 2016. Certains droits réservés.

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