Maison de la Nouvelle-Calédonie, Paris (75) – « Grâce à votre organisation, nous ne nous sommes pas perdus dans ce Grand Paris ! Merci à toute l’équipe qui a pris soin de nous, les Calédoniens. » Un mot signé par la famille Souef que l’on retrouve dans le livre d’or posé à l’entrée de la Maison de la Nouvelle-Calédonie, à Paris (MNC), où les messages de centaines de Calédoniens passés au 4, rue de Ventadour, à deux pas de la place Vendôme, foisonnent. L’unique lieu d’accompagnement de la communauté calédonienne dans l’Hexagone, prisé notamment des étudiants et des patients soignés dans l’Hexagone, n’accueille plus personne depuis le 12 janvier.
L’association, créée en 1989 au lendemain des accords de Matignon, devait incarner la paix retrouvée après la quasi-guerre civile des années 1980 opposant partisans loyalistes et indépendantistes sur le territoire. L’initiative, portée et financée par le Gouvernement et le Congrès de Nouvelle-Calédonie ainsi que par les trois provinces de l’archipel, devait participer à la construction d’un vivre-ensemble, dépassant les clivages politiques. Ce lieu parisien permettait aux Calédoniens de se réunir.
En difficulté financière depuis les révoltes de mai 2024, la MNC a dû arrêter ses activités tels que l’accompagnement administratif des étudiants et l’organisation d’évènements culturels. Une grande partie de la diaspora se retrouve alors sans refuge. Sa fermeture, près de quarante ans après sa création, révèle les fragilités politiques et économiques de l’archipel, selon les salariés et bénéficiaires du lieu.
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Sculptures kanak, poissons du lagon océanien, livres de Nouvelle-Calédonie… Pour Agnès, ancienne cheffe du pôle étudiant, la MNC était aussi un petit bout du pays en Hexagone : « Vous étiez au cœur de Paris, vous passiez une porte coulissante et d’un seul coup vous vous retrouviez en Nouvelle-Calédonie. » Keanu-Jay, étudiant bénéficiaire de 21 ans, acquiesce : « Lorsque tu arrives sur une terre inconnue, ça fait du bien de voir des visages familiers. »
Un lieu de repère pour les étudiants et malades
« Le fait d’avoir été aidé et conseillé par la MNC m’a vraiment guidé », assure Keanu-Jay, venu de la Province des Îles. Il se souvient de son arrivée difficile dans la capitale française, seul, à plus de 17.000 kilomètres de chez lui. Grâce à l’association et au réseau d’étudiants, il trouve facilement des solutions d’hébergement, comme des chambres universitaires ou encore des colocations. Chaque année, la MNC accompagnait plus de 3.000 étudiants comme lui dans leurs démarches administratives. Keanu-Jay assure :
« Sans eux, mon arrivée aurait été beaucoup plus compliquée. Surtout que j’étais seul et loin de mes parents. »
Aujourd’hui retraitée, l’ex-cheffe du pôle étudiant s’inquiète : « Certains étudiants ont plus besoin d’aide que d’autres et, malheureusement, ceux-là n’iront peut-être plus jamais faire leurs études en Hexagone. » En 2025, la Nouvelle-Calédonie a aussi procédé à 271 évacuations sanitaires dans l’Hexagone, dont 187 sont passées par la MNC, selon Nouvelle Calédonie la 1ère. Steve, ancien stagiaire et bénévole au service social, contextualise :
« Certaines personnes, souvent âgées ou venant des tribus, ne connaissent ni le métro ni le taxi. Certains patients parlent seulement leur langue maternelle. »
Steve se souvient du suivi complet — administratif et social — durant tout le parcours de soin, de l’hospitalisation à leur sortie, jusqu’à leur voiture ou leur taxi, avec toujours le même bénévole. « Certaines personnes venaient tous les trois à six mois se faire soigner dans des hôpitaux parisiens. » En plus d’un suivi administratif, la MNC offrait « un lien humain ». Tous les ans, les bénévoles fêtent Noël pour les malades éloignés de leur famille : « C’était très festif, ça permettait de faire le lien entre le pays et nous, ici, en Hexagone. »
Discordances et déficit
Le bâtiment de 600 mètres carrés représentait une dépense annuelle de 2,5 millions d’euros, pour une structure qui comptait environ une dizaine de salariés. Un coût presque entièrement supporté par le Gouvernement calédonien depuis trois ans. À l’origine, le financement reposait à 60 % sur le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, 20 % sur la Province Sud, 12,8 % sur la Province Nord et 7,2 % sur la Province des Îles. Mais cet équilibre a été rompu par le désengagement sur le projet de la Province Nord en 2022 puis de la Province Sud l’année d’après, après les référendums d’autodétermination. Seule la Province des Îles a continué de faire partie de la structure. Insuffisant pour financer le lieu. « Le retrait progressif de certaines provinces a accentué la fragilité du modèle et créé des inégalités concrètes entre Calédoniens, notamment pour les étudiants, selon leur province d’origine », souligne Veylma Falaeo, présidente du Congrès de Nouvelle-Calédonie.
Les émeutes de 2024 n’ont rien arrangé et ont même aggravé la situation, provoquant une chute de 15 % du PIB de la Nouvelle-Calédonie. La récente révision à la baisse du budget territorial de 2025, passant de 1,18 à 1,09 milliard d’euros, a précipité la décision du Gouvernement calédonien de fermer ce lieu jugé trop coûteux. Une décision qui, selon la présidente du Congrès, aurait pu être évitée :
« La fermeture de la MNC illustre une approche à court terme, dictée par l’urgence budgétaire. Elle laisse de côté les conséquences humaines et symboliques. Institutionnellement, cette décision met en lumière nos difficultés à construire des outils communs et durables. »
Un service annexe du gouvernement devrait remplacer la MNC. Quant aux malades, ils seront pris en charge par une association hexagonale mandatée par la caisse des prestations sociales en Nouvelle-Calédonie. Agnès, l’ancienne cheffe du pôle étudiant, ajoute, pleine de regrets : « Je pense que tous les Calédoniens devaient être fiers d’être connus et reconnus au travers de ce lieu, où l’on racontait leur histoire sans tabous, sans préjugés. »
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