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    07/04/2026

    « Par des passionnés, pour des passionnés »

    Le Boug Arknow, le buté de hip-hop qui présentera le tapis rouge de la cérémonie des Flammes 2026

    Par Assia Hamdi , Nnoman Cadoret

    De Rap Mag au tapis rouge des Flammes 2026, le « Boug Arknow » a imposé son podcast « Paroles Véritables » comme une référence. Portrait d'un autodidacte passionné, devenu un maillon fort de la culture hip-hop en France.

    Ces dernières semaines, Arnaud Kinanga est très « busy ». Mais une fois attrapé au vol, il déroule. Le créateur de contenu est plus connu sous le nom de « Boug Arknow », un sobriquet que lui a filé Ol’Kainry – figure emblématique du rap français des années 2000 – au détour d’une séance de sport. Le gaillard de 37 ans reçoit dans son quartier, à deux pas de la gare RER de Vigneux-sur-Seine (91), dans le petit studio loué à la mairie où il tourne son podcast, « Paroles Véritables ». L’émission YouTube se veut une référence pour les passionnés de culture hip-hop, sorte d’espace de discussion mélangeant nostalgie, débats sur la culture, dans une ambiance bon enfant. En six ans, le passionné revendique près de 164 émissions hebdomadaires avec son compère DJ Flexta, 100.000 abonnés sur YouTube et autant sur TikTok.

    Le gamin des nineties déballe avec fierté son décor : coffret complet du Prince de Bel-Air – série américaine qui a révélé Will Smith –, livre à la gloire de la basket Nike Air Jordan et panoplie de casquettes floquées de son surnom. « Arnaud, c’est un cainri », assure au téléphone Hamad, cofondateur de Booska-P et co-organisateur des Flammes. C’est le patron de presse qui, avec d’autres, lui a proposé de co-hoster cette cérémonie qui célèbre les cultures urbaines. Ce 23 avril 2026, le Boug Arknow accueillera les invités sur le tapis rouge de cette quatrième édition. Hamad poursuit :

    « Il a une énergie qu’on n’a pas en France et il est très pertinent sur la culture hip-hop. Sa présence permet de créer de l’interaction de qualité avec les invités. »

    Déjà en 2025, Arnaud était sur le tapis rouge des Flammes pour Spotify. À cette occasion, le Boug a découvert que le chanteur Corneille – qu’il écoutait au collège – était l’un de ses fidèles auditeurs depuis le Canada :

    « Franchement, j’étais sidéré. »

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    Le Boug Arknow de 37 ans reçoit dans son quartier, dans le petit studio loué à la mairie où il tourne son podcast, « Paroles Véritables ». / Crédits : Nnoman Cadoret


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    Le gamin des nineties déballe avec fierté son décor. / Crédits : Nnoman Cadoret

    MTV, Rap Mag et le Wu-Tang

    Chaque numéro de Paroles Véritables commence par une intro : les deux présentateurs enchaînent leurs différents surnoms et quelques blagues, avant de lancer les hostilités. Le Boug Arknow est capable de déclamer par cœur du Mac Tyer, un rappeur emblématique d’Aubervilliers (93) dans les années 2000, comme des couplets des New-Yorkais Mobb Deep. Jovial, drôle, le présentateur rit fort et enchaîne les débats avec assurance. Sa maîtrise de la culture hip-hop, mais aussi son éclectisme, le petit Arnaud les doit à ses tontons maternels qui l’abreuvent de références, de la rumba congolaise au ska, en passant par le classique. Son adolescence vogue au rythme des clips de Jamiroquai et de Nirvana sur MTV.

    Pendant l’échange, le Boug se lève pour se diriger vers sa pile de Rap Mag. Lancé au début des années 2000, le magazine a été une référence dans la presse pour suivre l’actualité du rap hexagonal et international, à une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas. C’est là que se découvraient les visages des rappeurs, leurs interviews et leurs posters. Arnaud en attrape un avec le Wu-Tang en couverture. « C’est celui-ci qui a changé ma vie. » En 2007, après l’avoir feuilleté au kiosque, il décide, au débotté, de débarquer à la rédaction. Le gamin de 18 ans y dégote un stage pour valider son bac pro comptabilité. Match parfait entre l’étudiant et le média, pour qu’il continue d’écrire pendant ses études d’anglais à Créteil (94). Et qu’importe que ce soit du bénévolat, le jeune homme ambitionne à terme d’être payé à décortiquer l’œuvre de Biggie.

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    Le Boug Arknow est capable de déclamer par cœur du Mac Tyer, comme des couplets des New-Yorkais Mobb Deep. / Crédits : Nnoman Cadoret


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    « Arnaud, c’est un cainri », assure au téléphone Hamad, cofondateur de Booska-P et co-organisateur des Flammes. / Crédits : Nnoman Cadoret

    Rap Mag ferme en 2011 et Arnaud, devenu père de famille, bosse comme vendeur chez Nike, Adidas et Apple. Une longue pause jusqu’au confinement d’avril 2020, véritable « game changer », insiste-t-il. DJ Flexta, son pote de Rap Mag – qui l’a renommé « Arnautomatic », parce qu’il dégainerait des paroles de rap avec la rapidité d’une arme automatique – lui propose de lancer un podcast sur la culture hip-hop. « Ce format existait déjà, mais pas en français », se souvient le Boug. « Et puis, j’aimais bien l’idée de faire partie d’un truc, de construire un concept », expose Arnaud, en mimant un cercle. L’émission atteint des audiences qu’il n’aurait pas espérées. La radio Générations, l’antenne historique de la culture hip-hop en France, lui propose même d’animer sa propre émission entre 2022 et 2025.

    Le podcast décrypte l’éventail de la culture hip-hop, entre cinéma, musique, sport et streetwear. « Si le podcast marche, c’est aussi parce qu’au micro, Arnaud peut parler à la fois de musique, de politique et de voyages », assure Rythie, un fan auditeur devenu l’un de ses plus proches amis. D’une émission à l’autre, Paroles Véritables navigue entre les 20 ans de « The Massacre » – album culte de 50 Cent sorti en 2005 –, un débat sur la dernière Coupe d’Afrique des nations, ou un épisode dédié au film « Boyz n the Hood » (1991), dans lequel le binôme explore la réalité sociale d’un gang dans l’Amérique de Reagan.

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    Arnaud attrape un exemplaire de Rap Mag avec le Wu-Tang en couverture : « C’est celui-ci qui a changé ma vie. » / Crédits : Nnoman Cadoret

    Éviter de passer « pour des hâbleurs »

    Fondé « par des passionnés, pour des passionnés », le podcast souhaite respecter la culture hip-hop en privilégiant « le real talk », lance le fondateur. Sur un grand tableau, ils brainstorment les thématiques bien à l’avance, « telle la liste des voitures à voler qu’on voit dans “60 secondes chrono” (2000) », sourit Arnaud. Leur challenge : « Ne pas faire un truc élitiste, un truc de sachants », dixit Flexta, pour éviter de passer pour « des hâbleurs ». Paroles Véritables privilégie ainsi le connaisseur qui apporte de vraies infos à la star des réseaux, insiste le présentateur qui, enfin, soigne le travail « de sape ». Parce qu’une émission sur le mafioso rap – sous-genre du hip-hop, caractérisé par son imagerie inspirée du crime organisé, qui a connu son apogée au milieu des années 1990 – justifie de faire péter le costume ! Mais aussi « parce qu’on est des Congolais », lâche Arnautomatic dans un rire.

    Entre son podcast et les Flammes, Arnaud reconnaît volontiers un lien. S’il estimait, il y a quelques années, que la culture hip-hop n’était globalement pas assez considérée, le créateur de contenu constate qu’il est désormais sollicité pour animer des talks, des événements et qu’il y a donc une audience qui veut voir la culture urbaine sur le devant de la scène. « C’est important qu’on réserve nos propres couronnes, surtout que le hip-hop est numéro un des ventes. On a même notre propre festival avec Yardland », s’enthousiasme le passeur de culture, avant de conclure :

    « Mais le plus beau, c’est que maintenant, ce sont mes enfants qui veulent y aller. »

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    « Si le podcast marche, c’est aussi parce qu’au micro, Arnaud peut parler à la fois de musique, de politique et de voyages », assure Rythie, un fan et ami. / Crédits : Nnoman Cadoret

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