En ce moment

    06 / 07 / 2012

    Une soixantaine de vélib' se noient chaque année dans le bassin de la Villette

    À la pêche aux vélib' dans les eaux de Paris

    Par Karen Latour

    Quelle est la différence entre vous et un vélib' ? Le vélib', lui, ne meurt pas (forcément) quand il se noie. Sur StreetPress, les « éboueurs aquatiques » de Paris racontent comment les vélib' repêchés sont (nettoyés et) remis aux bornes

    « Chaque année, on récupère une soixantaine de vélib’ dans le bassin de la Villette ! » Denis, scaphandrier pour la mairie de Paris, plonge plusieurs heures par jour à la recherche de gros objets venus se masser dans les bas-fonds des eaux parisiennes. Des trésors cachés ( !), des coffre-fort, des arbustes, des scooters et… des vélib’.

    Chiffres mystères Rien que dans les eaux peu profondes du bassin de la Villette, long de 800 mètres, une soixantaine de ces bicyclettes urbaines se noient chaque année. Impossible d’avoir des chiffres pour l’intégralité des eaux parisiennes, JC Decaux, la compagnie qui possède les Vélib’, ne tient pas à les communiquer. Même si un employé de l’entreprise affirme que ce sont « dans les 18e et 19e arrondissements » que les vélib’ boivent le plus la tasse.

    « Les jeunes d’ici ont trouvé la combine pour voler les vélos, alors ils partent avec et ne les ramènent jamais. C’est pour ça que les stations sont toujours vides ! Ils prennent ça pour un jeu et s’en débarrassent en les mettant à la flotte. »

    Sixième sens À 10h du matin, Denis, le scaphandrier, a déjà repêché deux vélib’. Et le voilà qui replonge : avec ses 10 kilos de plomb autour de la taille et sa bouteille à oxygène, c’est à peine s’il arrive à se mouvoir. Au fond de l’eau, la visibilité est nulle. Il sourit : « ça permet de développer un sixième sens. » Une fois qu’il trouve un vélib’, une grue montée sur un camion l’aide à le remonter à la surface. « On en ramasse au moins un par jour mais c’est vraiment le minimum. Lundi on en a fait dix ! » commente un employé de la mairie, qui préfère rester anonyme. Un chiffre à relativiser : ici, dans ce bassin, le nettoyage n’a lieu qu’une fois par an, juste avant Paris plage (qui débute le 20 juillet). Pour éviter que les badauds se blessent avec des objets contondants. Il y a 3 jours, Denis s’est d’ailleurs encastré dans un guidon de vélo. Blessé, il n’a pas pu continuer la séance de nettoyage.


    Moins fun qu’une “tenue sado-maso” mais c’est quand même impressionnant

    Directement aux bornes Une fois les vélib’ revenus à la vie, cela peut paraître surprenant, mais les « éboueurs aquatiques » les remettent aux bornes. Vous pouvez donc avoir le plaisir de pédaler sur un vélib’ boueux et (très très) humide. Plaisir très court : les éboueurs des eaux appellent ensuite très rapidement les « chasseurs» de JC Decaux, des hommes qui vont de bornes en bornes pour récupérer les vélos inutilisables, « pour venir les chercher et les emmener en réparation », complète l’éclusier venu aider ses collègues. Voire les emmener au cimetière des vélib, la benne à ordures. «Je ne vais pas vous cacher que quand ils sont vraiment trop abîmés, ils sont mis à la benne directement », confie Samy, réparateur de stations vélib’. Les « éboueurs aquatiques » emploient d’ailleurs la même méthode : quand ils estiment qu’un vélib’ ne peut pas être réparé, il est directement enterré. « De toute façon c’est comme ça qu’ils finissent tous », admet l’un deux. Et pour cause : l’an passé, sur les 20.000 vélos mis en service en 2007, plus aucun n’était d’origine. La moitié a été volée, l’autre endommagée.

    À quelques mètres, Denis poursuit sa quête. Aujourd’hui, rien de croustillant à se mettre sous la dent. À peine un scoot’ à sortir de l’eau. Qu’a-t-il pêché de plus drôle ? Il s’esclaffe, sous le regard hilare de ses collègues : « Une tenue de sado-maso ! »


    En plongeant, Denis s’est encastré dans un guidon de vélo, cette semaine

    Chez StreetPress, aucun milliardaire n'est aux commandes et ne nous dit quoi écrire. Nous sommes un média financé par des lecteurs, comme vous. Devenez supporter de StreetPress, maintenant.

    Je soutiens StreetPress