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    22/03/2010

    Exposition : « Les compétences invisibles » au centre d'art de la Maison Populaire de Montreuil

    Par Camille

    A Montreuil, la Maison Populaire ne distribue pas de soupe aux choux : le premier volet du programme de Florence Ostende démontre que les expérimentations du commissariat d'exposition vont bon train en région parisienne.


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    Depuis 1995, au centre d’art, un programme ambitieux de soutien aux commissaires

    C’est un petit espace sombre, constamment traversé par le flux des élèves de la Maison Populaire, qui fait également office d’accueil général. Pas facile à trouver pour les Parisiens, qui devront monter en haut de la butte depuis la mairie de Montreuil. Et pourtant ce petit centre, qui semble perdant d’avance, recèle une des excellentes surprises de l’art contemporain en région parisienne : un programme ambitieux et international. La mission qui lui vaut les subventions du département et de la région est de soutenir le commissariat d’exposition le plus innovant. Pas d’expos, donc, pour les quelques 800 artistes montreuillois de la MAPP : le favoritisme local n’est pas leur priorité. Ce qui n’est pas toujours très bien compris ni accepté : « les artistes du coins viennent souvent râler aux vernissages », raconte l’équipe du centre.

    Des jeunes commissaires invités

    Chaque année au centre d’art de Montreuil, un jeune commissaire invité propose un thème de recherche qui se décline en trois volets d’expositions. Voici le premier volet de Florence Ostende, choisi en accord avec l’action culturelle de la Maison sur la question du travail : “Les compétences invisibles”. Cette exposition confronte les travaux d’artistes et des documents non artistiques, qui illustrent la problématique de la commissaire. En accord avec l’idée d’invisibilité, Florence Ostende nous propose une réflexion sur les “à-côtés” du travail : quelles compétences insoupçonnées le travail d’un footballeur, d’une nonne, d’un danseur de claquettes dissimule-t-il ?

    “On n’est pas loin de la méthode participative des enquêtes sociologiques : mettre à jour les règles et les valeurs cachées d’un milieu professionnel”

    Sociologie du travail

    Andrea Büttner, jeune artiste allemande, nous aiguille avec son œuvre vidéo sur la voie sociologique qui sous-tend la question de Florence Ostende. Par le biais d’un geste voyeur, l’introduction d’une caméra dans un couvent de carmélite, elle nous montre les multiples talents de composition et de mise en espace dont les nonnes font preuve au quotidien dans leur « menus travaux ». On n’est pas loin de la méthode participative des enquêtes sociologiques : mettre à jour les règles et les valeurs cachées d’un milieu professionnel.

    Nivellement des compétences

    La question se décline : et si le travail des uns valait le travail des autres, quel que soit le résultat, la performance ? C’est le nivellement des “vainqueurs” que propose la pièce de Sofia Goscinski, un podium piégeux dont les surfaces plastiques, délicieusement troubles, révèlent au visiteur qui y met la main (ou y pose son sac, comme c’est arrivé) l’élément liquide dont elles sont faites. Et si les travailleurs les plus allégoriques, ceux de l’usine ou des champs, dévoilaient à la caméra de Tamas Szentjoby, dans l’intimité d’un “close-up”, les réflexions profondes et désabusées qui les animent ? Les dialogues absurdes du film expérimental de 1973 de cet artiste hongrois, volontairement mal synchronisés, construisent un univers dans lequel la prise de parole dénonce à la fois le système social qu’elle illustre et l’artifice (le cinéma) qui les fait naître.

    Le travail de l’artiste

    On parle dans cette exposition de comparer le travail de l’artiste à celui des autres. L’idée est illustrée assez littéralement par le Martyr accroché par Vincent Ganivet, cette planche de travail utilisée par le régisseur pour construire les cloisons de l’exposition. Mais c’est en fin de compte cette problématique qui rend la pièce 100% Coton de Susan Collis remarquable et si essentielle. Ce n’est qu’un simple bleu de travail maculé de peinture. On croit d’abord à une volonté de l’artiste de laisser une trace du processus de création dans l’espace d’exposition. Mais cela cache un travail d’une finesse insoupçonnée et parfaitement gratuite : toutes les taches de peinture sont en fait cousues dans le tissu. Une ornementation d’une grande beauté, un geste qui sublime le hasard qui a jeté la couleur sur le tissu. Susan Collis met le travail artistique en regard de son effet, et trouve par là une forme de grâce, dans la finesse, le secret et la vanité de son effort. Cette œuvre contient le concept des « compétences invisibles » en elle-même : c’est à la fois une figure emblématique du travail ouvrier et un véritable objet d’art.

    La prochaine expo, à partir du 7 avril : L’exposition faite main

    La Maison populaire de Montreuil, entrée libre
    9 bis rue Dombasle – Montreuil

    À pied, descendre M° Mairie de Montreuil, prendre rue Walwein, continuer rue de Rosny. On y est presque…prendre à droite au lycée Jean-Jaurès et vous voilà 9 bis rue Dombasle

    Source : Camille / StreetPress
    Photos : Aurélien Mole

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