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    13/07/2012

    Conduite sans permis, fraude à la redevance, deal aux amis...

    Ils transgressent (un peu) la loi et ils aiment ça

    Par Elodie Font

    Sur StreetPress, Gabriel, 25 ans, fanfaronne : « je suis fier de n'avoir acheté aucun verre à bière de mon appart. » 10 délinquants de l'extrême racontent comment ils violent la loi dans leur quotidien.

    La transgression la plus sobre – Fabrice, 29 ans, région parisienne

    Quel est ton acte de délinquance ? Je ne mets pas d’éthylotest dans ma voiture.

    Pourquoi tu te mets hors-la-loi ? Pour trois raisons. D’abord, je ne bois pas d’alcool, donc je ne me sens pas concerné par la mesure. Ensuite, je trouve que c’est une demi-mesure, ils me font rire avec ça : c’est pas mettre un éthylotest dans une voiture qui va changer les choses. Et, troisième raison, on ne pense pas à long terme : les éthylotests sont composés de produits chimiques polluants et, en plus, ils ne sont pas fiables quand les températures sont trop froides ou trop chaudes. Dans une voiture, c’est idéal…

    Tu connais les risques ? Non, aucune idée. Une amende de 11 €, non ? En fait, je risque surtout d’avoir une longue conversation avec les gendarmes. Et comme j’ai plus d’arguments qu’eux, ça risque d’être drôle. Mais bon, ça fait 8 ans que je n’ai plus de A sur ma voiture, et je n’ai pas été contrôlé une fois. Donc ça va…

    C’est un plaisir de transgresser la loi ? Je sais pas si c’est un plaisir, plutôt une conviction perso. Et puis c’est pas de la grosse fraude… De toute façon, j’ai ma conscience pour moi.

    En bonus, une autre illégalité à nous soumettre ? Oui, je télécharge ! Beaucoup ! Même si par manque de temps, j’ai levé le pied. Je télécharge illégalement mais sur une plateforme payante – ça vaut le coup, ça me permet de télécharger ultra rapidement. Un film, je le télécharge en 30 secondes. Et là aussi d’ailleurs, je le fais en mon âme et conscience, je suis pour la culture pour tous.


    Ceci est un éthylotest

    Je sais pas si c’est un plaisir, plutôt une conviction perso

    La transgression la plus droguée – Antoine, 23 ans, région parisienne

    Quel est ton délit ? Je fume et je partage de la drogue.

    Qu’est ce qui te pousse au vice ? Disons que je suis un gros consommateur, donc une fois que t’as des bonnes adresses, des bons plans, t’as envie de les partager*… alors j’en revends, mais seulement dans le cadre d’un club d’amis, très fermé, c’est hyper confidentiel. Même ma copine, avec qui je suis depuis 5 ans, ne sait pas à quelle échelle je fais ça, je fais vraiment attention. Après, quand j’étais plus jeune, y’avait aussi un peu l’appât du gain, j’ai toujours été un peu attiré par ce monde transgressif. Mais bon, je ne suis pas un dealer non plus. Je le fais plutôt par… générosité !

    Le potentiel de dangerosité de ton délit ? J’avoue que quand je roule avec de grosses quantités sur moi, je ne fais pas mon malin. Quand je croise un flic, je flippe, mais faut garder son sang-froid, et surtout, si t’es arrêté, être joyeux, essayer de rigoler, ne pas montrer à quel point tu flippes. Mais bon après, quand tu sors de ta voiture, t’es satisfait. Pas particulièrement fier, mais satisfait.

    Tu risques gros ? Je sais pas, je me suis pas tellement renseigné… une amende ? Un peu de prison, peut-être… En tout cas, j’essaie de faire hyper gaffe. Pour l’instant, je touche du bois, mais je ne me suis jamais fait choper.


    Miam !

    Une fois que t’as des bonnes adresses, des bons plans, t’as envie de les partager

    La transgression la plus cleptomane – Gabriel, 25 ans, région parisienne

    Ton côté délinquant, c’est quoi ? J’ai volé plein, plein de trucs depuis des années. Genre des affiches, plein de verres, un tabouret, un sapin de Noël, des cendriers etc… Je les compte plus. J’ai un petit côté clepto.

    Quelles sont tes motivations ? L’envie. C’est même pas par manque d’argent ou par besoin, j’ai ai juste envie. Je suis fier de n’avoir acheté aucun verre à bière de mon appart. Je vole aussi pas mal les boutiques de souvenirs. J’aime bien me dire que je vole les voleurs.

    Le potentiel d’adrénaline ? Très élevé, j’adore ! Je trouve que c’est un bon moyen de se rappeler de bons moments, de bonnes soirées. J’ai beaucoup voyagé en Europe de l’est, et je me souviens de certaines soirées en fonction de ce que j’y ai volé : un gros cendrier par exemple, qui était sur le bar, je peux te situer exactement dans quelle soirée je l’ai piqué et dans quel état j’étais.

    C’est un peu ou très dangereux ? Forcément, c’est un peu dangereux. Je me suis fait choper qu’une fois, c’était pour la Saint-Sylvestre, j’avais volé dans un supermarché un bec verseur gratos, offert quand on achetait une bouteille. Le vigile m’a vu, m’a menacé d’appeler les flics mais vu que c’était un truc gratuit, j’ai juste dû le reposer. Et j’en ai volé un autre 3 semaines plus tard !

    Tu risques quoi ? Payer ce que j’ai volé, j’imagine… J’y pense pas, en fait. Je préfère pas me faire peur. Pour moi, c’est surtout un plaisir. Je trouve ça très agréable d’avoir l’impression d’être un gangster, ça fait du bien de transgresser les règles. Histoire de garder un peu l’esprit rebelle qu’on a quand on a 15 ans !


    Volée ou pas volée, la collection ?

    Je suis fier de n’avoir acheté aucun verre à bière de mon appart

    La transgression la plus alimentaire – Ryan, 22 ans, Marseille

    Quel est ton méfait ? Je vole ma nourriture pour manger.

    Qu’est ce qui te pousse à être dans l’illégalité ? J’ai pas assez d’argent, tout simplement. Je suis étudiant (je viens d’ailleurs d’être major de ma promo) et, même avec ma bourse de 430 € par mois, une fois que j’ai payé mon loyer, il me reste 100 € pour manger, sortir et prendre les transports. Au début, je mangeais du riz tout le temps – quand je mangeais. Et puis un jour, je me suis mis à piquer un petit bout de fromage, puis un peu de viande, j’ai appris à connaître les horaires où les vigiles ne sont pas là.

    Tes trucs et astuces ? Les courses ne sonnent pas au portique de sécurité. En fait, il suffit d’utiliser un cabas ou un sac, et de ne payer que les courses au-dessus. Plus c’est gros, plus ça passe. Et si jamais la caissière s’en rend compte, tout réside dans ton jeu d’acteur, tu peux lui dire : « oui oui, c’est juste que l’autre moitié, je voulais la payer en carte bancaire, je suis un peu dans le rouge » et ça passe. Après, quand je vais faire mes courses, je suis présentable, bien sapé, j’ai pas une tête de voleur, je pense que ça joue.

    T’es déjà passé par la case prison ? La prison, non, heureusement, mais je me suis déjà fait prendre. Je m’étais renseigné : la première fois où tu te fais prendre, tu dois « juste » rembourser ton panier, c’est ce que j’ai fait. Après, j’avoue, je ne sais pas trop ce qui se passera si je me refais prendre.

    Le potentiel d’adrénaline ? Très fort, au début, et puis tu ressens toujours une sensation de plaisir une fois le portique passé, mais honnêtement, je l’ai jamais fait pour ça. Si je cherchais de l’adrénaline, j’aurais fait du sport. Là, je l’ai fait par besoin. Et aussi parce que j’aime cuisiner, j’aime manger, je suis gourmand. Après je vole que les grandes surfaces, je me rassure comme ça.

    En 2 ans, tu as économisé combien en volant ? Difficile de dire… je dirais 500 euros, environ 50 € par mois. C’est pas grand-chose, mais c’est ça de moins en découvert.


    Facile de gruger quand c’est comme ça

    La première fois où tu te fais prendre, tu dois « juste » rembourser ton panier

    La transgression la plus télévisuelle – Emilie, 26 ans, Normandie

    Quel est ton délit ? Je ne paie pas ma redevance alors que j’ai une télé. Mais je culpabilise, hein !

    Qu’est-ce qui te pousse au crime ? J’en sais trop rien, en fait. J’ai eu une pulsion, je l’ai décoché de ma déclaration. Faut dire c’est tellement monotone une fiche d’impôts, du coup j’avais envie de changer un truc. J’ai dû avoir un regain de « radinisme », du genre c’est pas ma télé, c’est celle de ma coloc’ et en plus elle est minuscule… Elle est de combien au fait la redevance ? 125 € ? Non, mais je sais que c’est nul, que c’est pour le service public. Bon, en même temps, si c’est pour envoyer Michèle Laroque en terre inconnue…

    C’est un plaisir de transgresser la loi ? Là, j’avoue, ça ne m’a pas particulièrement excitée, j’ai plutôt l’impression de m’arranger un peu bêtement. J’aurais aimé te dire oui, j’adore taguer des trucs et voler cet Etat liberticide, mais je suis trop bien élevée.

    Tu sais ce que tu risques ? Je ne sais pas, je préférerais oublier. Tu sais toi ? Quand j’ai décoché la case, j’ai un peu psychoté sur la façon dont les contrôleurs pourraient savoir si j’ai ou non ce genre de possession. Je touche du bois… Ils vont pas me retrouver avec ton article ? Le pire, c’est que je saute de joie sinon, quand je paie des impôts. J’aime même les payer en une fois pour matérialiser ma contribution à la France qui a payé mes études. C’est dire.


    Pas de redevance chez Emilie

    C’est pas ma télé, c’est celle de ma coloc’ et en plus elle est minuscule…

    La transgression la plus champêtre – Marion, 28 ans, Troyes

    Quelle est ta transgression ? Manger un pique-nique dans un château, en pleine nuit. Un château fermé et interdit au public. C’était très drôle, on avait un peu forcé la porte pour entrer. Je me souviens, on avait grimpé tout en haut, y’avait une jolie vue, on avait des lampes torches pour manger.

    Pourquoi tu es devenue une hors-la-loi ? Parce qu’on avait faim !

    Le potentiel d’adrénaline ? Léger, j’ai pas fait ça parce que je trouvais ça excitant de transgresser la loi, c’était plutôt quelque chose de cool, d’inhabituel, c’est ça qui reste un joli souvenir.

    Et le potentiel de dangerosité ? A part que le château était un peu pourri et qu’on aurait pu se prendre des pierres, ça allait ! Le plus dangereux, en fait, ça a été notre retour au camping, à quelques kilomètres de là. On roulait en scoot’, sans casque – tiens, voilà une autre transgression – et j’ai un pote qui s’est pris un papillon dans l’oreille. Il n’a pas réussi à dormir de la nuit, il entendait le papillon coincé dans son oreille, c’était douloureux. Bon, ça s’est bien terminé, le lendemain on est allé aux urgences et ils lui ont enlevé !


    Pique-nique au chateau

    C’était plutôt quelque chose de cool, d’inhabituel, c’est ça qui reste un joli souvenir

    La transgression la plus exotique – Laura, 27 ans, Angers

    Quelle est ta faute ? Je n’ai pas respecté le couvre-feu en vigueur au Laos : là-bas, à 22h30/23h, tous les restos, tous les bars sont fermés et y’a plus aucune lumière allumée. Du coup, on est arrivé à notre hôtel et là, il était fermé. On a dû tambouriner à la porte pendant une demi-heure avant que quelqu’un ne nous entende et ouvre la porte.

    Pourquoi t’es restée si tard dehors ? C’était sympa, on était en train de manger, on passait une bonne soirée, on n’avait pas envie de se presser. Honnêtement, je ne pensais pas que l’hôtel serait fermé.

    C’était dangereux ? Euh… à part me retrouver dans une prison laotienne ultra glauque, je pense que je ne risquais pas grand-chose ! Plus sérieusement, y’avait de toute façon très peu de flics dans la rue.

    Le potentiel d’adrénaline ? En fait, je me suis surtout sentie con, tu réveilles un type dont tu fous le début de nuit en l’air, et puis ça fait bizarre, je me suis demandée si on allait rester toute la nuit dehors. J’ai un peu flippé, en fait.

    En bonus, une autre illégalité ? J’ai déjà falsifié mes fiches de salaire pour avoir un appart !


    Un policier laotien

    A part me retrouver dans une prison laotienne ultra glauque, je pense que je ne risquais pas grand-chose

    La transgression la plus artistique – Jeanne-Marie, 27 ans, Montpellier

    Ton délit ? J’ai fait des pochoirs sur un trottoir pour lutter contre l’homophobie. Ça nous a pris une éternité pour les confectionner, on était plusieurs et aucun de nous n’était particulièrement doué en travaux manuels. Un matin, à 5 heures du mat’, on s’est levés pour aller taguer des trottoirs. Moi, j’étais censée alerter le groupe si les flics arrivaient.

    Ton pousse au vice ? Mon militantisme anti-homophobie. C’était à un moment où y’avait pas mal d’agressions, deux copines s’étaient fait frapper à la barre de fer. On voulait coller des affiches, mais on s’est dit que ça n’allait pas rester. Du coup on a opté pour les pochoirs.

    Les flics vous ont vu ? Oui, au bout de 7 minutes ! Mon côté rebelle a duré 7 minutes ! On a eu le temps de faire un pochoir et demi… c’était ridicule ! On s’est tous éparpillés, moi j’ai suivi une copine qui traçait assez loin et ils ne nous ont pas rattrapées. Mais j’ai deux copines à qui ils ont posé beaucoup de questions, ils ont noté leur numéro de carte d’identité, mais au final, personne n’a fini chez les flics.

    Tu risquais quoi ? Je sais pas trop… je crois qu’on peut t’emmener au poste mais j’avoue, je ne m’étais pas extrêmement renseignée. Mais bon, faut être honnête, c’était pas hyper dangereux. Le truc rigolo, c’est qu’on avait tous des sweats à capuche en mode commando, on avait l’air tellement suspects avec nos tenues de camouflage, c’était vraiment ridicule.

    T’as eu un frisson d’adrénaline ? Un peu quand on a pris la fuite, j’avais l’impression d’être en cavale ! Ou presque !


    Le pochoir de Jeanne-Marie

    J’ai fait des pochoirs sur un trottoir pour lutter contre l’homophobie

    La transgression la plus mécanique – Brice, 22 ans, région parisienne

    Quel est ton méfait ? Conduire sans permis pendant 6 mois. Je l’ai perdu à cause de la vitesse et de l’alcool, un retour de soirée destination MacDo qui s’est mal terminé. Du coup, j’ai dû passer une visite médicale, il était 8h du mat’, le médecin me posait plein de questions et j’ai peur qu’il m’ait pris pour un alcoolique parce qu’ils m’ont redonné mon permis… mais seulement pour un an. Là, il se périme dans quelques jours et j’ai aucune nouvelle. De toute façon, sinon, je reconduis sans permis.

    Pourquoi ne pas prendre le métro ? Le week-end, j’habite à la campagne, donc j’en ai besoin pour y aller, et puis j’en ai aussi besoin pour mon travail.

    C’est flippant ? Pas tellement, sauf que je croise une voiture de flic, mais sinon j’y pense pas. De toute façon, avec ou sans permis, je pense savoir conduire.

    Tu risques quoi ? Je crois pas que je risque grand-chose… une annulation de permis ? Une amende ? Après l’amende, pour qu’elle soit moins élevée, il suffit de mentir au substitut du procureur, dire que tu gagnes 800 et que tu dépenses 1000 euros par mois. S’il est cool, le montant de l’amende sera peu élevé.

    Quel potentiel d’adrénaline ? Honnêtement, je le fais plus par nécessité qu’autre chose, c’est assez machinal. Je n’en suis pas particulièrement fier.

    En bonus, est-ce que tu transgresses une autre loi ? J’ai déjà refait toute la circulation d’une petite ville, à base de panneaux inversés, déviations de plots, sens interdits retirés… On était saouls, avec des potes, c’était drôle.


    Le permis que Brice n’a pas

    bqhidden. De toute façon, avec ou sans permis, je pense savoir conduire.

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