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    10/06/2011

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    Oxfam : « 4 entreprises contrôlent le système alimentaire mondial »

    Par M G

    Sur StreetPress, Jean-Cyril Dagorn revient sur l'agriculture et les pays en développement. Pour le responsable d'Oxfam, les pays du Sud doivent « réorienter leurs stratégie alimentaire ».

    Que peut-on attendre de nos dirigeants politiques en matière de changement climatique et agricole ?

    Oxfam estime qu’il y a besoin de mettre 100 milliards d’euros par an pour pouvoir répondre de façon adéquate au défi du changement climatique.

    On attend que les efforts qui ont été promis à Cancun en 2010, ainsi que le « fonds climat » soient effectivement mis en œuvre. Mais même si on tenait ces engagements, ils ne seraient pas suffisants pour tenir l’objectif fixé par les états, de limiter le réchauffement climatique à 2°. De toute façon Oxfam estime que le chiffre de 2° n’est pas approprié puisque au-dessus de 1,5° d’augmentation de la température globale, on sera déjà dans une situation catastrophique.

    Si on continue comme ça on va arriver dans une situation où les pays du sud feront plus d’efforts pour réduire leur gaz à effet de serre que les pays développés alors qu’ils sont moins responsables au niveau global du réchauffement (notamment l’Inde et la Chine). Les pays développés doivent prendre leur part de responsabilité et prendre des mesures bien plus ambitieuses.

    Pourquoi Oxfam dénonce t-elle la politique de subventions agricoles pour les pays riches ?

    Oxfam dénonce les subventions à l’exportation. Cela pose problème quand ces subventions agricoles ne sont pas faites pour assurer la sécurité alimentaire nationale ou régionale mais pour l’exportation. Ca aboutit à de la concurrence malsaine sur les marchés des pays du sud, et à des pratiques de dumping.

    Au Cameroun, il y avait eu une grande campagne sur le fait qu’on peut trouver sur le marché africain des restes de poulets européens, qui sont vendus à des prix inférieurs à la production locale, car sur-subventionnés pour les exportations. Tout cela fausse les marchés et dessert les petits producteurs.

    Comment les gouvernements des pays du sud peuvent-ils aider concrètement les petits producteurs ?

    Il faut qu’un certain nombre de pays réorientent leur stratégie alimentaire : arrêter de faire que la sécurité alimentaire nationale repose avant tout sur des importations bon marché. Il faut plutôt développer la production nationale.

    Ils auront besoin du soutien des pays du nord, notamment à travers l’aide publique au développement, pour l’agriculture. Cette part de l’aide est tombée très bas (ndlr : seul 3,7% de l’APD est destiné à l’agriculture). Il faut remettre l’agriculture au centre des priorités pour le développement.

    Les gouvernements des pays en voie de développement doivent soutenir les organisations paysannes car elles sont à même de produire l’augmentation de la production agricole. Il faut élaborer des politiques nationales agricoles ambitieuses, avec par exemple une diffusion d’expériences ou de techniques déjà existantes, ainsi qu’une structuration du tissu économique et agro-alimentaire. La simple technologie ne répondra pas au problème.

    30 à 50 pour cent des denrées alimentaires produites sont gaspillées. Comment éviter cela ?

    Dans les pays du sud, le gaspillage se fait entre la ferme et les marchés à cause des conditions de stockage et de transport, mais il y en a peu au niveau des consommateurs. Alors que dans les pays développés et notamment en Europe, ce qu’on voit c’est un énorme gaspillage au niveau de la consommation.

    En Afrique, de 6 à 12 kilos de nourriture sont gaspillés par an, pour une famille…On est au-dessus de la centaine en Europe…Il faut rééduquer les consommateurs par rapport à la gestion de la nourriture.

    Dans le rapport, vous révélez également que 3 sociétés agro-alimentaires contrôlent 90 pour cent du commerce des céréales dans le monde. Comment ce monopole a-t-il pu se mettre en place ?

    Ce monopole s’est mis en place au fur et à mesure notamment parce que les pouvoirs publics ont laissé faire. Aujourd’hui on se retrouve dans un système ou Cargill, Bunge, ADM et Dreyfus contrôlent le système alimentaire mondial. Les marchés tendent à favoriser les plus puissants. Il faut que les pouvoirs publics reprennent en main leur responsabilité et s’assurent que ce ne soit pas 4 compagnies dans le monde qui font pression à la fois sur les consommateurs, les agriculteurs et les producteurs.

    Au Cameroun, on peut trouver sur le marché africain des restes de poulets européens, qui sont vendus à des prix inférieurs à la production locale

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