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    21 / 08 / 2012

    Il y a 50 ans, Lajos Marton et son commando rataient le général De Gaulle

    Attentat du Petit-Clamart : « Varga, le chauffeur hongrois, a dit: ''Ecoutez je dois faire pipi'' »

    Par Robin D'Angelo

    Sur StreetPress, Lajos Marton dernier survivant du commando de l'OAS qui a tenté d'assassiner De Gaulle, raconte pourquoi l'opération a échoué. En bonus, l'éloge de Bob Denard et des digressions sur « la décadence de l'Occident. »

    Nos lecteurs ne savent pas tous ce qu’est l’attentat du Petit-Clamart. Vous leur expliquez ?

    De Gaulle avait promis en uniforme de général qu’il revenait au pouvoir en 1958 pour que l’Algérie soit gardée à la France. A Mostaganem (province d’Oran, ndlr), quelques semaines après avoir été nommé premier ministre par Guy Mollet, il a crié « Vive l’Algérie Française ! ». A un autre moment il a dit : « Moi général de Gaulle vivant, le drapeau fellagha ne flottera jamais sur Alger. » Et après, petit à petit, il a pris des mesures qui ont montré qu’il voulait l’Algérie indépendante. Il a tout fait pour livrer l’Algérie. Un demi-siècle après, il y a 37% de chômeurs en Algérie !

    L’attentat n’était ni represailles, ni vengeance : On voulait éliminer De Gaulle parce qu’on a vu qu’ avec lui on allait dans le mur, dans le largage de l’Algérie ! Jean-Bastien Thiry (OAS, ndlr), après un premier attentat en 1961, a constitué un nouveau commando en mars 1962. C’est là qu’ils ont fait appel à moi, sans dire exactement pourquoi, seulement qu’il y aurait une opération extrêment dangeureuse qui pouvait sauver ce qui pouvait encore être sauvé. Ils ont fait appel à nous – des Hongrois qui s’étaient battus contre les soviétiques en 1956 ou qui étaient dans la légion – pour montrer au monde entier que c’était une action anti-soviétique.

    Et vous avez échoué parce que votre chauffeur – « lassé d’attendre » – était allé faire pipi…

    C’est pas aussi simple. Au Petit-Clamart, dans l’avenue de la Libération – qui s’appelle aujourd’hui avenue Général de Gaulle – on était 5 dans l’estafette, bien armés avec deux fusils mitrailleurs et une carabine américaine. Et Varga le chauffeur hongrois, il a dit: « écoutez je dois faire pipi ». On lui a dit d’attendre un peu parce que De Gaulle pouvait arriver. Il est quand même descendu mais c’est lui qui nous a alerté en disant « ils sont là, ils sont là ! ». Tout le monde est sorti. Mais la visibilité n’était pas extra : il était 20h10, il y avait de légers nuages et une pluie fine qui tombait. Les deux fusils mitrailleurs ont commencé à tirer sur la voiture qui s’approchait. On a tiré 150 coups de feu, la voiture a eu 5 ou 6 impacts. Il faut dire qu’elle roulait très vite : 90 ou 100 km/h. C’est du 30 mètres à la seconde. Et beaucoup de pistolets se sont enrayés, c’était des armes de récupération. Deux pneus ont été touchés : avant gauche et arrière droit. Si les deux roues de gauche ou de droite avait été touchées, la voiture aurait été déséquilibrée… Une balle est passé entre la tête de De Gaulle et celle de sa femme.


    Lajos Marton | Ze Story

    1931 : Naissance en Hongrie

    Années 1950 : Officier de l’armée soviétique hongroise, il espionne pour le compte de l’Otan.

    1956 : Participe à l’insurection anti-soviétique de Budapest. Fuite vers la France.

    1962 : Attentat contre le générale De Gaulle au Petit-Clamart. Il sera condamné à mort par contumace avant d’être rejugé après son arrestation en 1963 et d’écoper de 20 ans de prison. En 1968, il est gracié.

    1978 : Obtient la nationalisté française et travaille pour la DST.

    Eté 1983 : Participe à l’operation Manta au Tchad, contre les forces libyennes, en compagnie d’autres barbouzes

    Il était 20h10, il y avait de légers nuages et une pluie fine qui tombait

    Qu’est-ce qui vous exaspère le plus dans la France d’aujourd’hui ?

    Soljenitsyne l’a expliqué bien mieux que moi : l’Occident tout entier a perdu le courage physique et moral. Je ne pourrais pas dire mieux, c’est l’avis général de tous ceux qui sont au fait des événements. Quand j’étais responsable des services généraux il y a 30 ans, j’ai du embaucher des standardistes. Je me souviens d’une jeune femme de 30 ans qui était au chômage depuis 2 ans et demi. Je lui dit qu’elle avait une très forte chance d’être engagée et qu’il fallait commencer le travail lundi prochain. « Ah non ! Lundi je dois partir en vacances ! », qu’elle me dit. Je l’ai insultée en lui disant que des personnes comme elle, on n’en a pas besoin.

    On pousse la jeunesse en lui disant « ne faîtes pas trop d’effort, profitez de la vie »… Il n’y a plus de cohésion, de sentiment national mais plutôt 36 cohésions avec des chapelles, des groupes… Il n’y a même plus de service militaire ! Cette génération n’a pas le droit de détruire tout ce que pendant 1.000 ans des dizaines de générations ont fait (…) Ca peut s’appeller la décadence de l’Occident. Ce n’est plus l’Europe qui fera l’histoire de l’Humanité mais les peuples pauvres de l’Asie. L’Occident ne vit pas, il survit.

    [Vidéo] L’attentat par la télé de l’époque

    Est-ce que la France aurait évité ça si votre balle s’était logée dans le crâne de De Gaulle ?

    En tout cas De Gaulle a tout fait pour la destruction… Si on tuait De Gaulle, est-ce que les nationalistes étaient bien décidés à prendre le pouvoir ? Quand Salan est allé en Espagne, le pilote espagnol qui s’appelait Texeira et qui l’a emmené en Algérie pour faire le putsh, lui a dit: « Vous allez perdre parce que vous êtes trop mou »…

    Comment allez-vous fêter l’anniversaire des 50 ans de l’attentat mercredi ?

    On va penser à nos morts. La plupart des membres du commando sont morts. Il y a Bernier, on ne sait pas s’il est mort ou vivant, on l’a vu dernièrement – enfin c’était il y a 15 ans – dans les Balkans qui étaient à feu et à sang. On va très certainement faire une messe. Il n’y aura pas d’invités.

    Quel homme d’état aimeriez-vous éliminer aujourd’hui ?

    Personne. Je n’ai pas changé mais vous pourriez être mon arrière-petit-fils et je ne me sens pas autorisé à dire que X,Y,Z devrait être tué. C’est exclusivement votre problème. C’est vous qui devez faire entendre votre voix, pas par la mitraillette. Vous savez, ce n’est pas de gaieté de coeur qu’un pays entre dans une guerre civile. Vous les jeunes, étudiez l’histoire. D’ailleurs à l’école on apprend de moins en moins, comme si on voulait fabriquer des êtres qui n’ont pas d’histoire… comme les Américains… Eux ils ont trouvé une autre solution, ils ont massacré les Indiens.

    Sinon Bob Denard, il était sympa ?

    Pour moi il était sympathique ! En 1983 quand Khadafi a agressé le Tchad, Mitterrand a organisé l’intervention de ce qu’on a appelé « les affreux ». Moi j’étais volontaire, on a repoussé les agresseurs. Je ne connaissais pas Bob Denard personnellement. Je travaillais plutôt avec son adjoint René Dulac. Sur le plan militaire je peux avoir une opinion : j’aimerais que l’armée française ou européene aient beaucoup d’officiers comme ça.

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