Nostalgiques de l'OAS, gros sous et guerre d'égo: la recette idéale pour faire exploser ton école de journalisme

Nostalgiques de l'OAS, gros sous et guerre d'égo: la recette idéale pour faire exploser ton école de journalisme

RIP Institut Français de Journalisme (2002 - 2010)

Spécial Ecoles de journalisme | Enquête | par | 17 Juin 2011

Nostalgiques de l'OAS, gros sous et guerre d'égo: la recette idéale pour faire exploser ton école de journalisme

En septembre 2010, l'IFJ annonçait par mail sa fermeture, laissant ses étudiants sur le carreau. L'école de journalisme était au cœur d'une bataille entre 2 pontes d'une fac catho. Les élèves avaient payé 3.600€ par an pour assister

121 rue Saint-Martin – Paris 3ème. « Ah oui ! L’école de journalisme, elle a fermé il y a un an: A la place il y a un cursus cinéma d’animation et jeux vidéo ». Installée derrière un pupitre qui pourrait tout aussi bien se trouver dans le hall d’entrée d’un hôtel 3 étoiles, la réceptionniste de l’Ecole Multimedia montre d’un geste de la main les murs de plexiglas érigés derrière elle. A l’intérieur des étudiants s’entassent devant des ordinateurs à écran plats pendant qu’un prof balance une diapo sur un rétroprojecteur high-tech: C’est bling-bling et ludique, on se croirait dans Un Dos Tres – le soap-opera espagnol sur fond d’intrigues amoureuses dans une école de danse.

Deficit Mais parmi la panoplie des métiers du web super cool proposés par l’école (animation 3D, graphisme ou encore webdesign), pas de formation en journalisme. L’École Multimedia accueillait pourtant l’Institut Français de Journalisme (IFJ) depuis 2009. Joint par StreetPress son président Bernard Vivier – aussi un des big boss du syndicat CFTC – revient sur la fermeture de la formation: « L’IFJ perdait 300.000 euros par an. Ce n’était pas raisonnable de continuer ».

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« Des Huns, des barbares ! » Dans les souvenirs des étudiants, plus que les gros sous c’est surtout l’impression d’avoir été roulés dans la farine qui a marqué les esprits. Amer, David se souvient de la disquette: « On a eu l’info de la fermeture par mail quelques jours avant la rentrée ! (ndlr, le 20 septembre pour début octobre) Ben bravo, ça a été un grand choc de voir un mail comme ça au retour des vacances: J’avais payé déjà 1.300 euros ! ». Un autre étudiant: « J’imagine même pas la détresse des étudiants venant de province et qui avaient déjà pris un logement sur Paris ».

Sur Internet les élèves de la promo fantôme se déchainent – « Scandale ! », « Inadmissible ! », « Des Huns, des barbares ! » – pendant que des listes vengeresses sont diffusées sur des forums de discussion avec le nom du personnel administratif de l’école. « Ils savaient quand ils nous ont fait passer les concours que ça allait être dur financièrement pour eux. Mais ils ne nous ont rien dit !», s’exaspère David. Bon prince, Bernard Vivier se dédouane auprès des étudiants orphelins de formation: « Tous les élèves ont été replacés. Il n’y en a pas un qui a été laissé sur le carreau ». Merci qui ?

On a eu l’info de la fermeture par mail quelques jours avant la rentrée ! Ben bravo, ça a été un grand choc de voir un mail comme ça au retour des vacances

Cathos L’Institut Français de Journalisme avait déjà fait parler de lui (en mal) en 2008. A l’époque un gué-guerre politico-religieuse avait retourné la très catholique Faculté libre de Droit et d’Économie (Faco) qui hébergeait l’école (on y est accueilli par le journal La Croix et des prospectus pour les JMJ de Madrid).

« Les échanges de mails se terminaient par ‘sale athée’, ‘sale catho’. C’était une ambiance de croisade, la guerre des religions ! », se souvient outrée Charlotte étudiante à l’IFJ de 2008 à 2010 quand elle parle de sa promo. Bernard Vivier, le président de l’IFJ, rapporte lui qu’un élève « dans la mouvance catho-intégriste a monté les uns contre les autres » tandis que le prof de journalisme Jean-Pierre Corcelette vanne sur une association qui s’était montée « pour ‘‘éduquer les jeunes pour redresser la France‘ ».

Pépinière de Radio Courtoisie « Vous prenez le nom des anciens responsable de l’IFJ, vous allez sur le site de Radio Courtoisie et vous retrouvez les mêmes », explique au téléphone le professeur Corcelette pour justifier sa « participation active » à la scission de l’école en 2009. « J’ai considéré qu’il y avait un entrisme et pas la déontologie pour que l’école de journalisme postule à la reconnaissance ».

Le président de l’IFJ Bernard Vivier: « Il y avait surtout le président de la Faco de l’époque: Jean-Marie Schmitt un nostalgique de l’OAS qui voulait faire de l’école son joujou personnel ! » « Mensonge ! », réplique le professeur Albéric de Palmaert auteur d’un ouvrage sur Saint-Pierre et Miquelon et chroniqueur d’un JT des animaux. « Dès le début personne ne s’est jamais caché d’être à droite ! Mais pas d’extrême-droite bien sur ». Bruno Rivière, ex-enseignant de l’IFJ , sort ses vieux dossiers: « Bernard Vivier s’est quand même fait payer une campagne électorale par Le Pen . Faut pas nous taxer nous d’être à droite ! » Ambiance.

Bienvenue à la Faco

Les échanges de mails se terminaient par ‘sale athée’, ‘sale catho’. C’était une ambiance de croisade, la guerre des religions !

Version d’essai Pendant ce temps-là les élèves tentent d’étudier mais le matos est aussi high-tech que celui des blogueurs de Misrata . « Nous avions une formation radio avec des Nagras, mais il y en avait deux pour toute la promo ! » rit jaune Blandine, étudiante de 2007 à 2009. Plus LOL encore Charlotte se souvient « des Macs qui étaient arrivés » … mais sans les licences. « On galérait avec les versions d’essai ! ». Les élèves qui ont déboursé 3.600 euros pour leur année bidouillent eux-mêmes les ordis « arrivés au compte-goutte » pour qu’ils fonctionnent. Albéric de Palmaert: « C’est vrai qu’on n’était pas très équipé … »

Vivier VS Schmitt Les deux clans s’accusent mutuellement d’avoir bloqué les fonds de l’école pour le matos. Selon le camp où on se place soit pour « emmerder » Bernard Vivier président de l’IFJ et vice-président de la Faco soit pour « virer » son ennemi intime Jean-Marie Schmitt président de la Faco. « C’est clair. On a été sacrifié sur l’autel de ces ambitions là ! », regrette un ancien élève de 2007 à 2009.

Résultat du Djihad: L’école est carrément coupée en deux à la fin de 2009. Une partie des profs et des élèves s’installe à la très bling-bling École Multimédia avec Bernard Vivier qui possède « la marque IFJ » tout en restant vice-président de la Faco. L’autre reste à la faculté catho avec Jean-Marie Schmitt et ses salles de classe vintage.

« En mai 2011 Jean-Marie Schmitt n’est plus président de la Faco et j’en suis toujours le vice-président. Cela prouve que la Faco ne m’en a pas voulu d’avoir déménagé l’école », se félicite Bernard Vivier, vainqueur du duel des wannabe-doyens. Sauf que seulement un an après son déménagement, l’Institut Français du Journalisme a déjà fermé. Un ancien élève: « Quand on m’a dit que ça n’existait plus, j’étais plutôt content.. Je me suis dit qu’on en finisse avec cette merde. »

La très vintage Faco

Il y avait surtout le président de la Faco de l’époque: Jean-Marie Schmitt un nostalgique de l’OAS qui voulait faire de l’école son joujou personnel !

Edit du 20.06.10 Paragraphe 8: « Bruno Rivière, ex-enseignant de l’IFJ qui écrit pour Valeurs Actuelles, sort ses vieux dossiers » Nos excuses à Bruno Rivière qui n’a pas travaillé pas à Valeurs Actuelles. Il s’agit en fait d’un homonyme.


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