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    16/11/2012

    « Il y a plus de dominatrices qui achètent des cravaches à Décathlon que de gens qui aiment le cheval ! »

    Balade dans une brocante sado-maso

    Par Carole Bailly

    Comment recycler ses stylos ? Quels sont les instruments préférés des soumis ? StreetPress a saisi l'occas' d'une brocante fétichiste pour percer (certains) mystères du sado-masochisme – et en profiter pour chiner quelques sex-toy

    Que font les sado maso le dimanche ? « Normalement on dort, comme tout le monde quoi ! » me dit Maitresse H, tandis qu’elle fouette, électrocute et frappe vigoureusement le postérieur endolori de Loulou, son « soumis » et accessoirement son compagnon depuis quatre ans. Ce couple amoureux de la fessée et du cuir s’est pourtant levé en ce dimanche après midi pour la première brocante fétichiste organisée par le Cercle de l’Orchidée noire, club BDSM associatif de la rue st Georges. L’atmosphère est paisible et décontractée malgré les cris et les coups de fouets des deux amoureux enthousiastes. Aux platines, Jean Baptiste, un métalleux bouddhiste fan de « bisounours » passe sans transition de Gilbert Montagné à Jimi Hendrix, ce que les habitués semblent plutôt apprécier : « Ça change, d’habitude aux soirées c’est plutôt du métal, et c’est fatigant parfois ! »

    Trip bétail L’ambiance contraste avec les décors style donjon moyenâgeux, dont les murs rouge-sang sont recouverts d’instruments de torture : un crucifix géant dans une première salle à droite, une cage et une croix de Saint-André au centre, et une table d’ « auscultation » ou se côtoient pêle-mêle godemichets de toutes tailles, costumes en latex, chaussures à talon aiguilles et cloches à vache « pour un trip bétail », explique Maitresse Emprisis, une des dominatrice du club. Mais aujourd’hui, pas de torture excessive, on est surtout là pour chiner sur une musique jazzy (ou disco) et parler chiffons (en latex) et bibelots (qui font mal mais tellement du bien en même temps) autour d’un verre.

    Niveau musique : d’habitude aux soirées c’est plutôt du métal

    Fouet et gruyere Il faut dire que si certains peuvent vivre d’amour et d’eau fraîche, les fans de BDSM, eux, ont besoin quand même d’un minimum de matos pour « jouer ». Jean et Muriel (mariés depuis 14 ans, pratiquant le SM depuis seulement un an) ont amené leur sac à malice et me font l’inventaire de leurs jouets : il y a le traditionnel martinet, et sa version soft, le« flogger », idéal pour les préliminaires.

    « Le flogger sert à chauffer. La douleur libère de l’endorphine chez le dominé, mais l’endorphine ne vient pas spontanément. Il faut habituer le corps à une douleur graduelle. »

    Autre possibilité, le paddle (la rame), que Maitresse V, une dominatrice habituée des lieux, semble affectionner particulièrement : « Les trous dans le paddle le rendent plus sévère parce que ça augmente la rapidité du mouvement. Il n’en faut pas trop tout de même, sinon c’est juste un gruyère ! » Michel, jeune soumis coréen (dans le SM depuis un an) préfère le modèle fantaisie « qui laisse des traces en forme de cœur sur la peau, c’est très joli. » Enfin, le clou du spectacle est sans doute le fouet, instrument de fantasme absolu qui demande tout de même « 1 à 2 ans de pratique avec de pouvoir le maitriser et donc l’utiliser sur un humain (à ne pas utiliser non plus sur ton hamster). En attendant, les coussins prennent cher ! » plaisante Jean. Les soumis, eux-aussi, ont leur panoplie, entre le collier (à boucles ou à aiguillon), les cages de chasteté (Loulou porte la sienne depuis maintenant trois jours) ou les collerettes, qui empêche par exemple Charles, petit retraité et « gros baiseur », d’avoir des orgasmes. « Dites, vous voulez pas m’empêcher de jouir ? » Heu…

    Dites, vous voulez pas m’empêcher de jouir ?

    SM et système D Mais s’il y a des acheteurs compulsifs, comme Franck, 51 ans, soumis « sans collier » (sans maîtresse,) obligé de revendre ses jaquettes sanglantes, sous-vêtements et costumes de soubrette en vinyle, la plupart de ces pratiquants ont cependant trouvé des solutions pour se renouveler sans se ruiner. « On détourne beaucoup les objets du quotidien », nous raconte Jean.

    Par exemple, saviez-vous que l’on peut fabriquer des pinces-tétons avec deux baguettes chinoises et un élastique ? Ou utiliser les stylos qui ne fonctionnent plus pour écrire sur la peau de son compagnon maso quelques mots doux au goût de sang ? Ou d’un vieux presse-papier pour presser la chair ? Ou remplacer le traditionnel collier SM par un collier de chien ? Emporté par la discussion, mes interlocuteurs font le service après-vente de leurs étranges inventions. Jean demande à Michel s’il a « essayé le tee-shirt avec le grattoir intégré. » Non, pas encore mais par contre sa maîtresse lui a fait tester la semaine dernière « un gant en laine avec des petites punaises incrustées à l’intérieur » qui marche très bien.

    Du coup, les sites spécialisés de BDSM ne sont qu’une source parmi tant d’autres pour ces macgyvers de la douleur. « Le plus grand fournisseur SM, c’est Castorama ! » Les magasins de sport ne sont pas en reste, ce qui amuse Jean :

    « Il y a plus de dominatrices qui achètent des cravaches à Décathlon que de gens qui aiment le cheval ! »

    Il y a plus de dominatrices qui achètent des cravaches à Décathlon que de gens qui aiment le cheval !

    Green porn Loulou et Maitresse H m’apprennent qu’ils font pousser, eux, des orties sur leurs balcons. « Vous avez essayé les orties à la campagne ? J’adore et puis c’est délicieux en soupe ! »

    En somme, vous l’aurez compris les sado-maso sont avant tout de grands écolos qui s’ignorent, ou qu’on ignore. « C’est vrai que ca fait un peu cheap quand on sort les cuillères en bois mais bon … » Mais ce qui compte, comme Jean l’explique, c’est moins d’avoir l’air classe que d’être créatifs et débrouillards :

    « Ce qui est excitant dans le SM, c’est de découvrir de nouvelles choses, donc d’aller toujours un peu plus loin. Mais c’est surtout du bon sens. Et de l’hygiène. »

    Avis donc aux gens plein « de bon sens » qui ne sauraient plus quoi faire de leurs ustensiles de cuisine, câbles électriques ou nécessaires à bureau…

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