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    10/01/2013

    Porte d'Aubervilliers, la FNAC et H&M déserts

    Le Millénaire : le seul centre commercial où l'on ne meurt pas étouffé pendant les soldes

    Par Elodie Font

    Envie d'un nouveau pull, mais peur de gifler une folle hystérique qui vous marchera dessus ? Voici le bon plan de la quinzaine : un centre commercial désert, accessible par… navette fluviale (et par voiture), à 10 minutes du 19e arrondissemen

    Ah les soldes ! Ce moment de grâce où, pour acheter un malheureux tee-shirt, vous devez (attention, prenez votre souffle) heurter 25 personnes avant d’atteindre le bon rayon, donner un léger coup de coude à la fille qui piétine devant votre sésame, constater que vos confrères hystériques ont tellement balayé la pile qui vous intéresse qu’elle ressemble à votre bac de linge sale, faire une demi-heure de queue avant de se glisser dans une cabine d’essayage où les néons vous chauffent le crâne, attendre une autre demi-heure pour finir par payer le tee-shirt et vous entendre dire que vous l’avez pris dans le rayon nouvelle collection et que l’article en question n’est pas soldé. Ensuite, et seulement ensuite, vous pourrez respirer.

    Aucune caisse ouverte Mais ça, c’était avant. Avant que vous lisiez cet article et que votre vie de soldes change à jamais. Avant que vous sachiez qu’il existe un centre commercial qui résiste encore et toujours à l’envahisseur. 140 magasins qui frôlent Paris, à Porte d’Aubervilliers et dont les larges allées sont quasi vides. L’ensemble se nomme le Millénaire et existe depuis avril 2011. Près de deux ans d’existence, et même un jour de soldes, ce jeudi 10 janvier, règne dans les magasins une étrange atmosphère. Comme si nous étions au cœur de The Truman Show , dans un faux centre commercial en carton-pâte créé à la va-vite pour les besoins du film. Preuve ultime que quelque chose ne tourne pas rond : à la FNAC, au premier étage, aucune caisse n’est ouverte _(voir la photo). Pas une : c’est l’accueil/billetterie qui sert de caisse. Dans les allées, la FNAC est presque aussi silencieuse qu’une bibliothèque. Même petit jeu de calcul devant Carrefour : un peu avant midi, deux caisses (plus celles en libre-service) sont ouvertes. Et personne n’attend. Personne ne gueule. Où est la caméra cachée ?

    Le Millénaire, porte d’Aubervilliers, ouvert du lundi au samedi (et exceptionnellement ce dimanche 13 janvier), de 10h à 20h. Carrefour ouvre jusqu’à 21h30. Navettes fluviales au départ de Corentin Cariou, 6/7 minutes pour relier le centre.

    Pour les clients, ce genre de centre, c’est le maxi bon plan. Surtout en semaine avant 18h – et visiblement surtout, au regard de la clientèle, si vous avez envie de faire les magasins en maniant une poussette. Denise bosse dans le 19e arrondissement voisin et vient au moins une fois par semaine pendant sa pause dej’, pas forcément pour acheter mais « pour se promener ». « Ici, personne ne se fait jamais bousculer, c’est bien. » Même esprit chez Dominique, cheveux gris et petites lunettes : « J’étais déjà venue une fois pour manger avec des copines, et là, je suis revenue pour les soldes. Y’a vraiment pas grand-monde, c’est agréable. »

    Ici, personne ne se fait jamais bousculer, c’est bien

    Clients qui rient, commerçants qui pleurent Sauf que personne n’est dupe : y’a quelque chose qui cloche. La première année, 6 millions de visiteurs y ont fait des achats (au lieu des 10 millions attendus) – la communication du centre commercial ne nous a pas fourni les chiffres de 2012. Juste à titre d’exemple, parce que les deux lieux ne sont pas comparables, les Halles en accueillent plus de 40 millions par an.
    Même les clients (ceux les plus sympas) s’inquiètent. Anissa, jeune trentenaire aux lunettes à la Pulvar, manteau de fourrure, raconte : « C’est la troisième fois que je viens et c’est toujours aussi vide. Mais c’est viable leur truc ? » En l’occurrence, pour les grosses enseignes, ça passe, pour les toutes petites, c’est beaucoup plus compliqué. Et même la FNAC, déçue par la fréquentation, a tout fait pour quitter le navire. Sans y parvenir pour autant, le bailleur du lien, Ségécé Klépierre, l’ayant attaquée en justice. Les commerçants (qui parlent, mais anonymement) lâchent que « c’est dur », qu’ils aimeraient « voir plus de clients ». Une vendeuse de chaussures explique qu’en semaine, « c’est mort mais le week-end, ça bouge plus. Mais même une bonne journée, on est loin de la fréquentation de Paris. »

    Mais pourquoi la sauce ne prend pas ? Surtout pour deux raisons : le bon plan n’est pas très connu et, surtout, parce le centre est difficilement accessible. Le fait est que c’est tout près de Paris, mais si mal desservi que le centre commercial a mis en place des navettes gratos. Mais pas de pauvres navettes sur roues, des navettes… fluviales. Votre parcours vers un monde soldé où il y a 10 personnes dans chaque magasin débute par une balade en bateau de 7 minutes, montre en main, la navette étant accessible à proximité du métro Corentin Cariou, à l’entrée du canal Saint-Denis. A bord de la bébé croisière, 60 places. Marc, dont le prénom a été modifié, employé sur la vedette, explique : « En fin de journée, et le week-end, la navette est toujours pleine. Mais comme c’est gratuit, y’a aussi des gens qui la prennent pour aller à Aubervilliers ou à Paris, pas forcément au centre commercial. » En fond sonore, Nostalgie – ou une radio qui passe Lenormand. Si vous aimez Dalida et Michel Berger, votre journée ne sera que bonheur.

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