Le webzine Gonzaï lance une version papier

Le webzine Gonzaï lance une version papier

« I am Hunter S. Thompson and I approved this message»

presse | News | par | 23 Janvier 2013

Le webzine Gonzaï lance une version papier

Après 5 ans sur le web, le webzine Gonzai a sorti au mois de janvier son premier numéro papier avec plein de reportages inédits dedans. Sans pub et sans kiosquiers, ses créateurs misent sur leur fan base.

Les deux lascars derrière le site Gonzaï ont décidé de lancer leur propre magazine papier sans publicité et entièrement financé grâce aux dons des internautes. Un pari plutôt couillu pour ces deux fans du reportage gonzo et sans concession.

L’aventure de Gonzai commence en 2007. Tous les deux pigistes pour des mag culturels fauchés, Thomas Bester et Thomas Florin décident de monter un média ultra pointu, « imprimé sur du papier virtuel » (comprenez un webzine) qui traite de musique et d’artistes qui ne passeront probablement jamais chez Drucker. On y retrouve aussi des reportages écrits à la première personne dans la tradition du journalisme gonzo, un style fièrement revendiqué par la rédaction qui utilise Hunter S. Thomson, l’inventeur du gonzo journalisme, comme logo sur sa home page.

Expérience Cinq ans plus tard, la rédaction s’est étoffée et décide de monter son extension en vrai papier cette fois-ci. Et quand on lui demande si l’opération ne lui semble pas un peu risquée, Thomas Florin a de solides arguments : « De toute façon, on ne le fait pas pour l’argent, on craint même d’en perdre plus qu’autre chose. Ce qui nous motive c’est surtout d’apporter à nos lecteurs une expérience différente de ce qu’ils peuvent voir sur notre site. Le support papier fait partie de notre culture au même titre que le web. Si certaines productions sont parfaites pour internet, comme la chronique culturelle, les petites interviews ou les vidéos, le papier est le support idéal pour les reportages avec photos, les portraits, ou les interviews fleuve

DIY Pour sortir le numéro 1 de Gonzai, les deux Thomas ont d’abord fait le tour des groupes de presse et autres maisons d’édition. « Pendant un an, on a eu droit à la même réponse : c’est super votre truc mais vous allez le faire vous-même et si ça marche revenez nous voir… » Au bout du 20e refus, les deux compères ont logiquement pété un câble et décider de se lancer tout seuls. Mais comment sortir son propre magazine quand on n’a pas un rond en poche ? Thomas donne la solution :

« On s’est dit que les seules personnes avec qui on voulait bosser c’était nos lecteurs. Du coup on a basé tout notre modèle économique sur eux. On a lancé une campagne de fonds sur le site ulule.com pour pouvoir financer la maquette et l’impression. »

Grâce aux lecteurs qui ont pré-acheté le magazine, l’opération a permis de payer la fabrication de 1.500 numéros. Ils recevront leur exemplaire dans leur boîte-aux-lettres, tandis que les autres pourront acheter Gonzaï ( 6euros ) dans un de leurs 28 points de distribution. Le même système sera réutilisé pour le numéro 2.

De toute façon, on ne le fait pas pour l’argent, on craint même d’en perdre plus qu’autre chose

« Des faits, des freaks, du fun » Et finalement ça donne quoi ? Et bien même pour ceux qui ne se passionnent pas forcément pour la musique et les groupes indé, Gonzai le mag apporte son lot de pépites journalistiques comme cet étonnant reportage sur les westerners (des fans du Far Ouest qui sont habillés en cowboy), un récit sur la vie dans un squat de toxico ou bien encore des portraits au long cours de Jim Henson (le créateur du Muppet Show), Benoît Debie, le chef opérateur de Gaspar Noé (Enter the Void…) et Griselda Blanco, la Pablo Escobar de Floride dans les années 80. De quoi changer des papiers formatés et sans risques que Thomas déteste par-dessus tout : « Aujourd’hui la presse française va droit dans le mur. Les journalistes de la presse papier ont de plus en plus de mal à sortir leur cul dehors; même quand il s’agit de traiter de sujets qui se passent à quelques kilomètres de la rédaction. Et quand ils rapportent un sujet un tant soit peu sensible ou violent c’est la régie publicitaire qui censure de peur que le papier choque l’annonceur… »

Un discours qui n’est pas sans rappeler le récent manifeste de la revue XXI qui encourage les journalistes à dépendre plus de leur lectorat que de leurs annonceurs.