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    27 / 02 / 2013

    Ca faisait longtemps que je n'avais pas vécu un contrôle de police un peu musclé

    Un flic a ordonné à mon pote de lui chanter une chanson

    Par Alban Elkaïm

    Fut un temps, je ne savais comment réagir face aux contrôles « musclés » et à l'arrogance de certains policiers. Mais ça c'était avant… J'ai bien grandi depuis, je parle leur langage et je connais mes droits.

    Cela ne m’était pas arrivé depuis longtemps, des années peut-être. Je
    me détendais samedi soir, un verre à la main, avec deux potes, quand
    j’aperçois leur voiture. Le véhicule s’approche en silence avant de
    freiner doucement à notre hauteur. Trois agents en sortent. En
    entendant claquer les portières derrière eux, toutes mes belles années
    me reviennent d’un coup. Chacun sa madeleine de Proust !

    Le bon vieux temps A l’époque, le commissariat des Orteaux (Paris 20e) aimait à nous envoyer des supers machos pour jouer les gros bras et casser notre égo. Les coups pouvaient partir vite. Mais en ce temps, les habitants s’appropriaient leur quartier et les rues étaient pleines de vie. On pouvait boire un coup dehors et rire fort en déclamant des textes improvisés.

    Aujourd’hui, des gens plus aisés sont venus s’installer et notre
    brouhaha les insupporte. Alors le commissariat flambant neuf de
    Gambetta envoie un brigadier à la voix fluette pour nous faire taire.
    Décidément, tout fout le camp…

    Video NTM-La fièvre

    Tout ? Non ! Le petit jeu auquel les flics se livrent pour montrer qui
    est le chef, ça, ça ne change pas. Après avoir claqué sa portière, ce
    cher brigadier nous interpelle de sa voix haut-perchée : « Hoho, vous
    rouliez un joint ? Où est le reste ? ». Conscient d’être en
    infraction, mon pote Cédric, lui remet sans rechigner le petit bout
    d’herbe caché dans sa chaussure. « Peut-on savoir ce que vous faites
    dans la vie ? » lâche l’officier un brin dédaigneux. « Je suis
    chanteur ». Le visage du flic s’illumine. « Eh bien chantez ! »
    ordonne-t-il en se dressant comme un « I ».

    Le petit jeu auquel les flics se livrent pour montrer qui

    est le chef, ça, ça ne change pas.

    « Non ! » Je réponds avant même que Cédric ouvre la bouche.
    - « Peut-on savoir qui vous êtes ? Son avocat peut-être ? », attaque
    narquois le policier, sur un ton faussement mielleux.
    - « Je suis son ami, et je sais que vous ne pouvez exiger ce genre de choses. »
    - « Eh bien si vous êtes vraiment son ami, dites-lui de pousser la
    chansonnette, sinon on l’embarque. D’ailleurs venez par-là, on va vous
    fouiller aussi. »

    Commencent de longues minutes de négociations. Très vite la
    conversation dérape et les deux pandores deviennent méprisants et
    caustiques.

    si vous êtes vraiment son ami,

    dites-lui de pousser
    la chansonnette, sinon on l’embarque

    Battle Sauf que cette fois-là, les piques venaient des deux côtés. J’ai su
    répondre à cet homme qui tentait de nous écraser par une supposée
    domination physique, sociale et intellectuelle. Je me suis défendu
    sans tomber dans l’outrage. Et ça, croyez-moi ça n’a pas toujours été
    simple pour moi. C’était même amusant de capter au vol ses références
    culturelles ou allusions à l’actualité que nous étions censés ne pas
    comprendre (et le mec était fichtrement cultivé). D’aller le chercher
    sur le terrain des principes ou de la morale.
    Et de finir par
    l’entendre dire, avec toute sa mauvaise foi de mauvais flic façon
    série US, que le jour où, comme en Grèce, l’Etat lui demandera de
    frapper sur le bon peuple : « je vous tirerai dessus sans aucune
    hésitation ».

    Je me suis souvenu des cowboys de la rue des Orteaux qui nous
    faisaient la morale dans les caves après nous avoir frappés. Les
    humiliations, les menaces.
    Ce policier qui disait que sa parole contre
    la mienne c’était « le pot en terre contre le pot de fer ». J’avais
    fini par trouver ça normal… Et j’ai réalisé que j’avais grandi.*
    Combien les études, l’actu et les livres m’avaient transformé. Ces
    choses-là ne pourraient plus m’arriver. Je parle leur langage et je
    connais mes droits. Je sais ce qu’ils représentent et quels principes
    ils se doivent de protéger. Je peux me défendre, on peut même
    discuter. Car après tout, il y a des hommes derrière l’uniforme.

    Je me suis souvenu des cowboys de la rue des Orteaux qui nous faisaient la morale

    Culture Cédric aussi l’a compris, et c’est avec plaisir qu’il a finalement
    chanté trois vers d’une ode à sa région d’origine. Pas parce qu’un
    flic l’y avait forcé, mais juste par plaisir pour toucher le cœur d’un
    homme, qui l’a d’ailleurs complimenté. De mon côté, encore quelques
    progrès à faire : j’ai séché devant l’officier sur la définition du
    mot « goret ». Quant à ceux qui souhaitent rabattre le caquet de «
    M’sieur l’agent », je n’ai qu’une chose à dire : cultivez-vous merde!
    Apprenez vos droits, lisez, affûtez votre éloquence. Et surtout
    apprenez à maîtriser ses règles et ses codes pour pouvoir jouer la
    partie sur son terrain.

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