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    25/06/2010

    Dans le QG du « Projet Apache » le 21 juin

    Après l'apéro pinard-saucisson, les Jeunes Identitaires organisaient leur fête de la musique

    Par Manuella Anckaert

    Pour leur fête de la musique, les Jeunes Identitaires mélangent The Clash et islamophobie. Pas à un paradoxe près, StreetPress raconte minute par minute pourquoi ils pensent que la France «n'a jamais vécu dans une époque aussi violente».

    Le Projet Apache regroupe « les jeunes identitaires parisiens ». Après avoir organisé un apéro saucisson-pinard à la Goutte d’Or aussitôt interdit, ils se rassemblaient lundi soir dans le cadre d’une « scène ouverte avant-gardiste » pour fêter la musique avec bières, chips et croques-monsieurs.

    20h11 – Paris 15e arrondissement: Devant le local des Apaches sur le trottoir, quelques minets en jean-chemise décontractée fument des clopes. J’entre pour retrouver mon contact Pierre-Vincent. A l’intérieur: une affiche de Sainte Geneviève – la patronne de la ville de Paris et des gendarmes – une banderole « Paris Populaire-Paris Identitaire » et au bar quelques militants qui taillent la bavette en buvant une mousse. Le mobilier se limite au strict-minimum avec seulement quelques chaises : « On lutte contre la marchandisation, on récupère, on rénove » confie Suzanne, une des fondatrices du groupuscule, presque militante Europe-écologie pour le coup.

    20h39: Suzanne, consultante dans la presse spécialisée explique que « le projet Apache c’est l’identité parisienne: Celle de refuser le Paris trop cher, réservé aux nantis. Il faut le retour des classes populaires et moyennes », martèle t-elle. Au même moment un couple de trentenaires très BCBG arrive. Ils claquent des bises, ambiance Auteuil-Neuilly-Passy.

    Les identitaires parisiens sont fiers: Ils auraient rassemblé environ 800 à 1.000 personnes sur les Champs-Élysées vendredi 18 juin, en marge de l’apéro saucisson-pinard interdit. Suzanne se félicite du développement du groupuscule : « il y a de plus en plus de lycéens qui nous rejoignent, qui nous disent merci pour nos idées. Un lycéen qui vous dit merci c’est extraordinaire. »

    20h50: Je vais chercher un verre d’eau, en fond musical des chants patriotiques. La fête de la musique commence.

    20h54: Un groupe de musique s’installe dans le local. Ils entonnent une création personnelle à la guitare sèche : « Capitaine Madoff ». La fondatrice balance : « On est laïcs, on accueille tout le monde. » Tout le monde, même les musulmans ? « Non les musulmans et les laïcs ne sont pas compatibles. Il n’y a qu’à regarder le quartier de la goutte d’Or, la rue Myrha le vendredi, quand des milliers de personnes font la prière et bouffent notre liberté. »

    20h57: « Qui se ressemble s’assemble; des gens très différents, ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas s’entendre, c’est qu’ils ne veulent pas », me dit Suzanne. Pendant ce temps là Xavier AKA X-Men fait des croques-monsieur:« Les gens sont des identitaires qui s’ignorent ».

    21h08:  Interview avec mon contact, aussi fondateur des Identitaires Parisiens: Pierre-Vincent. Le discours est bien rodé, les réponses apprises par cœur et la logique implacable. « T’es séduite hein? » me demande t-il. Mais non: « Vous exploitez la peur des gens. » Le militant s’indigne : « La peur est réelle, on exploite rien du tout. Le danger est quotidien, on n’a jamais vécu dans une époque aussi violente. Il ajoute: Il faut être aveugle ou malhonnête pour le contester. »  

    21h20: « On peut être né sur le territoire français mais nous on considère qu’être français c’est un acte d’adhésion. Ça signifie adhérer à notre culture, à nos traditions, à nos coutumes. Si le monde entier peut être français, il n’y a plus de français » m’explique un autre sympathisant.

    Projet Apache – Bio Express

    Créé en septembre 2008, le Projet Apache regroupe environ 70 jeunes militants, « les jeunes identitaires parisiens et franciliens ». Il se donne pour objectif de « défendre l’identité parisienne française et européenne à Paris contre tous ses ennemis, que ce soit l’américanisation de notre culture, l’immigration massive ou l’islamisation galopante. » Ils ont fait partie des organisateurs de l’apéro saucisson-pinard du 18 juin 2010.

    « Le métissage c’est la fin de la diversité »

    « Un lycéen qui vous dit merci c’est extraordinaire »

    21h25:  Pierre-Vincent résigné déclare : « De toute façon les journalistes ils sont à 80% de gauche, fallait pas s’attendre à autre chose! Les médias ils sont contre nous alors que nous on dit tout haut ce que tout le monde pense. Toi aussi tu vas découper notre discours et sélectionner les trucs croustillants. » Promis je retranscris tel quel.

    21h44: Quand on leur demande si l’apéro saucisson-pinard était de la provocation, Pierre-Vincent embraie: « Ce sont eux les provocateurs ! Ceux qui prient dans la rue tous les vendredis pour être plaints et qu’on leur construise un lieu de culte aux frais du contribuable. Comme l’a dit Zemmour : la première provocation vient d’eux.»

    22h05: La parano monte d’un cran, deux-trois mecs veulent s’assurer que ma caméra et mon micro sont bien éteints. Pourtant il n’y a pas de décalage entre le discours officiel et le « off ». « On lutte contre l’immigration massive,  l’islamisation galopante, on dénonce le racisme anti-blanc qui est actuellement le plus violent. On défend l’identité parisienne, française et européenne à Paris. »

    22h36: Deux mecs, visiblement pas du groupe, s’arrêtent devant le local : « Vous auriez pas des feuilles à rouler ? », un des apaches leur en tend une. Il enchaine: « Tu comprends il faut arrêter d’accueillir les immigrés. Chacun chez soi pour conserver et préserver sa culture et ses traditions, c’est bien. » Un autre ajoute : « Le métissage c’est la fin de la diversité. »

    22h40: La chanson « Should I stay or should I go » des Clash est reprise en chœur par les militants. Joe Strummer doit faire des loopings dans sa tombe. Je commence à moi aussi me poser la même question que les Clash. Quelqu’un me dit que leur action est due à « un instinct de survie: protéger les leurs. »

    23h05: « Tu trouves pas que c’est vrai ce qu’on dit? T’entends jamais ce discours par hasard ? » me demande un militant, fils d’immigré. Je réponds : « Si, j’entends ça au café du commerce. C’est de la politique de comptoir. ». « Oui mais tu vois, tu l’entends ? Alors pourquoi personne ne diffuse jamais ce discours dans les médias ? » rétorque-t-il.

     
    23h21: « J’ai des potes de toutes les couleurs, de tous les bords politiques et sexuels »  lâche un sympathisant. Il poursuit «mais tolérance, je n’aime pas ce mot. » Pendant ce temps-là, un militant italien joue de la guitare en chantant des chansons de son pays. Il annonce la couleur : « Cette chanson pour se rappeler que d’autres ont douté avant nous. »

    23h41: Je décide de partir. « Bon bah tu as bien vu, on n’est pas des monstres, on n’est pas des voyous, on est des gens normaux », me disent les militants. « Mais tu veux pas boire quelque chose ? » Non merci, j’en ai eu assez pour ce soir.

    Interview de Pierre-Vincent, un des fondateurs du Projet Apache

    « Comme l’a dit Zemmour : la première provocation vient d’eux »

    « Tolérance, je n’aime pas ce mot »

    Source: Manuella Anckaert | StreetPress

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