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    12 / 06 / 2013

    L'association qui gère le projet recevait les riverains

    Salle de shoot : dialogue de sourds à la réunion publique de la mairie du 10e

    Par vincent touveneau

    « Est-ce que vous soignez les obèses avec des barres chocolatées ? » Les arguments chocs étaient de sortie à la réunion entre riverains et professionnels à propos de la salle de shoot parisienne. Dur, dur de faire de la pédagogie.

    Une salle pleine de riverains circonspects face à une équipe municipale qui peine à répondre aux invectives. Après un court exposé du projet de salle de consommation, le maire du 10e arrondissement Rémi Féraud et l’association Gaia – qui va gérer l’unité, ont dû faire face aux questions des habitants : une longue procession de gens mécontents et pas avares d’arguments chocs.

    Insécurité « Vous traitez le problème avec un esprit clinique », s’insurge une habitante du quartier. La phrase traduit les craintes collectives. Installer une salle de piqûres pour les toxicomanes dans le même immeuble que des habitations n’est pas pour eux synonyme de bon sens.

    L’insécurité est évoquée plusieurs fois, notamment car le lieu ne sera pas ouvert dans la nuit, la tranche horaire la plus sensible dans ce quartier. « Je ne pense pas que les drogués à l’héroïne respectent les heures de bureau, monsieur le maire. » Des répliques qui font mouche et échauffent les esprits. On se croirait parfois à l’Assemblée Générale d’un syndicat d’étudiants en arts du spectacle.

    Marie-Eléonore, étudiante, n’attendait « pas grand-chose de cette concertation. Juste des chiffres. En quoi la mairie pourra considérer que cette opération sera ou non un succès ? Sur quels critères établira-t-on les progrès face à l’insécurité ? On reste sur notre faim. » Le débat ne lui donnera pas les réponses attendues, mais confirme ses craintes pour la sécurité du quartier, « déjà déclinante ». La salle de shoot sera située à proximité d’une école primaire et d’un lycée, ce qui ne manque pas d’inquiéter les mères de famille.

    Snickers Sur les questions sanitaires concrètes, les habitants restent méfiants face aux solutions proposées pour le traitement des héroïnomanes. « Est-ce que vous soignez les obèses avec des barres chocolatées ? » interroge un voisin, laissant la mairie interdite face à l’argument.

    La mise à disposition du lieu n’a pas exactement pour but d’endiguer les problèmes de criminalité résultant du deal d’héro, mais d’améliorer les conditions de vie des usagers et l’ambiance du quartier, par la même occasion. « Menteurs, menteurs » entend-on dans la foule. L’ambiance restera électrique jusqu’à la fin de la séance.


    Marie-Éléonore, qui n’attendait pas grand chose de cette réunion

    Une délégation suisse dépêchée par la mairie a pour but de rassurer. A Genève, une salle de ce type existe depuis 2001 et a considérablement amélioré la situation du quartier Cornavin. « A Montpellier, on a également fait le test, rapporte un riverain. Échec total : les salles étaient tellement bondées que les usagers devaient se droguer sur le seuil du bâtiment. » La réussite du modèle helvétique peinerait selon lui à dépasser les frontières.

    Droit des usagers Dans l’assistance, il y a bien quelques personnes qui recherchent le consensus, sans être pour autant enchantées de voir un tel lieu s’implanter dans le quartier. Dante, la vingtaine, a le cul entre deux chaises : « A priori, je suis pour la salle de shoot, même si l’immeuble adjacent a une vue sur la cour. Il serait opportun de cacher les usagers aux yeux des enfants, étant donné leur comportement sous drogue. »

    Ce Parisien garde la tête froide et constate qu’il y a « déjà eu des dispositifs pour améliorer la vie du quartier qui sont passées inaperçus. La distribution de seringues propres, par exemple, a diminué des problèmes sanitaires importants. L’inauguration d’une telle salle s’inscrit dans cette lignée.» Un état d’esprit conciliant qui est loin de refléter la grogne de tout un chacun.

    Quand on met sur le tapis la question de la tolérance envers les drogués, d’autres habitants s’insurgent : « Les gens vont penser qu’il est moins dangereux de s’injecter de l’héro que de vapoter une cigarette électronique dans un bar. » S’enchaîneront les remarques du même acabit, face à une municipalité mise en difficulté par ces problématiques. « Monsieur le Maire, vous avez annoncé qu’au premier incident constaté après la création de ce projet, vous l’arrêterez net. Je vous ai enregistré ! » On quitte la salle après deux heures de débats houleux, avec l’impression d’avoir tout entendu. Et son contraire.


    Dante, « a priori pour la salle de shoot »

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