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    05 / 11 / 2011

    « Occupons La Défense », c'est pas encore comme à Wall Street

    Face aux forces de l'ordre, les tentes des Indignés de la Défense tiennent 3 secondes

    Par Antoine Deprez-Ségobia

    Ce qui est relou avec les tentes 3 secondes, ça n'est pas le montage mais le démontage. Ce vendredi soir, à la Défense, ce sont les gendarmes qui se sont chargés de démonter les tentes des Indignés. Parfois sans suivre la notice.

    La Défense (92) - Alors que les premiers Indignés arrivent à 17h un gendarme casqué en tenue robocop vient les briefer: « On ne pose pas de tente ». Les impétrants posent quand même 3 tentes à 17h45… qui tiendront 3 secondes avant que les gendarmes mobiles ne viennent les démonter (en moins de 3 secondes…). Rebelote à 18h : les 3 nouvelles tentes posées seront déchirées et tirées hors du groupe .

    Jonathan, journaliste citoyen à StreetPress et campeur indigné de 23 ans arrive juste après avec son matériel : une tente, une bâche, de la corde, un manteau imperméable, un gros pull, de l’eau, bougies, chaussettes, un sac de couchage et des journaux pour dormir dessus. (écoutez ci-contre)

    Etienne souffle dans son matelas gonflable : « Tu vois c’est à la fois le confort et la protection : si les flics veulent me tomber dessus j’ai juste à me foutre dessous. » Il suit les Indignés depuis juin. « Moi j’ai la conviction que les hommes doivent faire mieux et là toutes les conditions sont là ». Il s’est déplacé depuis le sud de la Seine-et-Marne et profite de ses trois jours de weekend pour camper à la Défense :

    « Tu vois la tente jaune avec le triangle dessus en bas ? Bah c’est la mienne, il ne manque plus que le matelas pour m’y sentir plus l’aise ».

    Il observe les immeubles à l’horizon en citant Godard quand d’un seul coup il se lève, fait quelques pas et saisit un mégaphone qui circule : « Je ne partirai pas sauf dans un bus de police ! ».


    Snapshot La nuit des Indignés de la Défense

    Avec Jonathan qui plante sa tante en bas de la grande arche (mp3)
    Audio Avec Jonathan qui plante sa tente

    700 indignés Aux alentours de 19h, ils sont près de 700 Indignés en bas des marches de la Grande Arche de la Défense. Les cars de gendarmes mobiles sont garés sur la gauche du monument mais pour l’instant les manifestants sont sereins. Ils ont pu poser une dizaine de tentes sans encombre. La manifestation est autorisée par la préfecture jusqu’à 21h. Deux heures de répit avant la castagne. On tchatche avec des Anonymous venus avec leurs masques de « V pour Vendetta », avec Corinne et Léa étudiantes à Mulhouse, Eric un ouvrier de 54 ans ou avec Fernanda une Brésilienne débarquée depuis 2 mois à Paris. On tombe sur Olivier et Guillaume qui viennent juste de s’enfiler un macdo et qui n’ont pas de tente mais espèrent trouver une place sous une tente où squatter pour la nuit.

    Avec vue sur l’Arche À l’intérieur d’une tente blanche, un groupe d’étudiants en lettres et sciences humaines. Louise, Florent, Romain et leurs potes sifflent des bières et grignotent à l’abri du vent. « C’est des gens qui sont passé et qui nous ont donné ça ! ». Tente avec vue sur l’Arche de la Défense, ça en jette. « On a été au courant du campement par le bouche à oreille au sein de notre fac ». Même si l’ambiance est détendue, on cache les bouteilles de bière pour la photo.

    Vers 20h, Greg, fondateur du blog CopWatch a repéré l’arrivée de renforts policiers : « Ils sont derrière la dalle. Je dirais qu’il y a plus de flics que de gens… C’est ça qui fait peur. Mais non j’ai pas vu de flics dans les tentes. » (écoutez l’audio ci-contre)

    Livestream Entre la vingtaine de tentes Quechua, Mathieu gère avec un pote le livestream et diffuse un direct vidéo avec son iPhone 4 retransmis sur le web. Plus de 350 connectés à 21h, avant que les flics ne chargent. Il y a ce soir des dizaines de journalistes citoyens, certains venus à l’arrache, d’autres comme Doug et sa Sony Z1, venus avec du matériel vidéo pro. Et d’autres encore pas journalistes (quoi que) : ils sont gendarmes ou RG et leur job, ça va être de filmer quand ça castagne.

    On a été au courant du campement par le bouche à oreille au sein de notre fac

    Avec Greg fondateur de #copwatch, les flics arrivent (mp3)
    Audio Avec Greg, fondateur de CopWatch

    21h. Ca s’agite sur le campement. On distribue du Maalox à s’étaler sur le visage au cas où les gendarmes mobiles sortiraient leurs lacrymos. Et 20 minutes plus tard, voilà les policiers qui encerclent les Indignés.

    Pendant une heure et demie, le scénario est le même : les gendarmes casqués font une incursion dans le groupe et détruisent les tentes. Sous les cris, un gendarme traine une tente en s’éloignant de la foule, un jeune le suit : « ce flic vient de faire un V de la victoire en embarquant la tente, c’est dégueulasse ! ». Un policier en civil le rambarde: « c’est pas un V de la victoire, il signale à ses collègues qu’il a attrapé deux tentes ». Tout est question d’interprétation.

    Mickaël, un étudiant en journalisme venu « pour voir » se retrouve en première ligne d’une chaîne face aux hommes en tenue: « Nous on a tenu de notre côté, c’est à droite qu’il y a eu une percée ». (écoutez l’audio ci-contre) Un jeune de 21 ans reste lui à terre. Les pompiers viennent pour l’évacuer.

    C’est pas un V de la victoire, il signale à ses collègues qu’il a attrapé 2 tentes !

    Ça charge, interview de mikael au premier rang face aux CRS (mp3)
    Audio Avec Mickael, qui tient une chaîne face aux gendarmes mobiles

    Plusieurs centaines de policiers On compte 17 cars de forces de l’ordre et quelques 120 fonctionnaires en tenue, auxquels il faut ajouter environ quatre-vingt policiers en civil, soit approximativement 200 képis, pour à peine un demi millier d’indignés. « Bah, tant qu’ils ne posent pas leurs tentes, il pourront rester », expliquent des policiers en faction. Les instructions sont claires : aucun campement ne doit s’installer au cœur du quartier d’affaires de la Défense et toutes les tentes seront détruites. Signe de l’importance accordée à l’événement « y’a même le préfet qui est passé tout à l’heure », confie un policier.

    Du haut des marches, des RG en costards suivent concentrés les échauffourées à chaque incursion des gendarmes pour récupérer les tentes. Souvent les tentes se déchirent quand chacun tire de son côté : « Ah oui ça c’est vrai on nous vend de la qualité », rigole un RG.

    23h A 23h, il ne reste plus qu’un petit groupe de militants. Les gendarmes mobiles ont reculé. Mais il ne reste plus aucune tente. Une jeune femme maquillée en clown triste : « Y’en a chez Décathlon des tentes, pourquoi ils nous les prennent ? » Et comment vous allez faire pour camper cette nuit ? « Bah, on va dormir sans tentes ». Ou pas.

    Les Indignés se sont donné à nouveau rendez-vous à 14h ce samedi, sur l’esplanade de la Défense.

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