10/02/2026

Ils ont visé des bars et un centre LGBTQI+

Tags de croix celtiques, vitres brisées… À Lille, des dégradations de l’extrême droite

Par Sofia Goudjil

Plusieurs lieux identifiés à gauche ont été la cible de dégradations d’extrême droite à Lille le week-end du 6 février.

« Lorsqu’on laisse la parole à des politiques comme Trump ou Bardella, les groupes fascistes se sentent en force. » Martin est gérant du bar Le Bouquet à Lille (59) depuis trois ans. Comme d’autres établissements du quartier de Wazemmes, son troquet a été vandalisé avec des tags de croix celtiques dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février. Ce symbole de l’extrême droite nationaliste française et de la mouvance néofasciste s’est également retrouvé sur les façades des bars Le Lyautey et Le Bel Ouvrage dans la même soirée. Les trois endroits sont considérés dans le Nord comme étant des lieux emblématiques de la gauche locale et accueillent des conférences ou des événements.

« On n’avait pas d’inquiétude jusqu’à aujourd’hui », explique Martin, encore « choqué » par cette attaque. Depuis cette agression, les équipes du bar Le Bouquet discutent pour voir quels aménagements apporter à l’établissement :

« Leur but, c’est de casser ces endroits où il y a du lien social. On n’a pas envie de leur donner raison mais la priorité reste la sécurité des équipes et des clients. »

Le gérant du zinc assure tout de même avoir reçu plusieurs messages de sa clientèle. « J’ai l’impression que c’est plus un climat de soutien que de peur qui s’installe. » À quelques rues du Bouquet, le boss du Lyautey affirme que ça ne « l’empêchera pas » de continuer son activité. « Je n’ai pas envie de leur donner du crédit. Ils s’expriment déjà sans qu’on leur donne la parole », ajoute-t-il avec lassitude. Il assène :

« Ce n’est pas à nous, les commerçants de quartier, d’entreprendre des actions, si les politiques ne font rien. »

Pas les premières attaques

Le centre LGBTQIA+ J’en suis, j’y reste a également été la cible de dégradations durant la nuit du 6 au 7 février. L’une de ses vitres a été brisée par un disque en fonte de deux kilos, là aussi tagué d’une croix celtique. La façade du centre a déjà été recouverte des mêmes symboles le 31 janvier. Si elle n’a pas souhaité répondre à StreetPress, l’association renvoie à son communiqué publié sur les réseaux sociaux : « Ces actions s’inscrivent dans un mouvement plus large de violences envers des milieux militants LGBTQIA+ et antiracistes. » Le collectif estime également que ces attaques ont des motivations racistes.

À LIRE AUSSI (en 2025) : « Gauchistes de merde. On vous tuera avec les nègres et les bougnoules » : à Paris, des tags néonazis dans un lieu associatif face à l’Hôtel de Ville

Le 15 janvier, c’est le centre culturel libertaire qui a été la cible d’une attaque violente. Lors d’un concert en soirée, un groupe de huit personnes s’est introduit. L’attaque aura fait plusieurs blessés, dont au moins cinq ont porté plainte selon « Libération ». Les agresseurs n’ont pas été identifiés mais semblent affiliés à un groupuscule d’extrême droite, selon les informations de « La Voix du Nord ». Le 6 septembre, durant la braderie de Lille, un DJ portant un tee-shirt antifasciste avait également été agressé.

Aurélien Lecoq, député La France insoumise de la 1re circonscription du Nord, a dénoncé auprès de StreetPress « la libération des actes violents » d’une extrême droite « raciste et LGBTphobe, qui n’hésite plus à sortir pour s’en prendre physiquement à des lieux de solidarité ». « Ça faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu autant d’attaques », estime-t-il.

L’Offensive, une organisation antifasciste créée il y a quatre ans, constate également une augmentation des agressions de la mouvance dans les rues de Lille, selon son porte-parole :

« On voit une augmentation des violences ces dernières semaines et une forte montée des groupuscules capables de passer à l’acte. »

Une manif d’extrême droite le lendemain

Les tags de croix celtiques ont par ailleurs ciblé des bars dans lesquels l’Offensive a réalisé des assemblées générales ou des ateliers, le groupe était le 17 janvier au Bel Ouvrage.

Si les responsables des dégradations ne sont pour le moment pas encore identifiés, le porte-parole de l’Offensive assure que « trois ou quatre groupes seraient susceptibles de passer à l’action ». Selon lui, la montée des violences à Lille s’introduirait aussi dans les milieux étudiants. La Cocarde serait « très présente » sur le campus de Lille 3.

Au lendemain des attaques du vendredi, le 7 février, un rassemblement de l’association Les Citoyens Patriotes — groupe né en octobre 2025, encore inconnu, mais porté par des influenceurs d’extrême droite — a rameuté environ 150 personnes dans le centre lillois. À la manière de nombreux groupes identitaires depuis la dissolution en 2021 de Génération identitaire, le collectif se présente comme « un mouvement engagé pour la défense de l’identité ». Dans la nuit du 7 au 8 février, un sticker bleu blanc rouge avec écrit « On est chez nous » a été collé sur le local de la CNT, l’union locale du syndicat Confédération nationale du travail.

Contactée, la mairie de Lille n’a pas répondu aux sollicitations de StreetPress.

Illustration de la Une par Caroline Varon.