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    26/04/2023

    « Pour moi, les NR sont des nazis qui ne s’assument pas trop »

    Depuis la dissolution de Génération identitaire, la jeunesse d’extrême droite tentée par encore plus radical

    Par Pierre Plottu , Maxime Macé

    En 2021, le gouvernement prononçait la dissolution du groupuscule Génération Identitaire. L’espace politique laissé libre est depuis occupé par des groupuscules nationalistes-révolutionnaires, plus radicaux et plus violents.

    « François Duprat ? Présent ! ». Le visage de l’ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen est bombé sur un mur d’une zone discrète en région parisienne avec la date de sa mort : le 18 mars 1978. Autour du tag réalisé par les graffeurs fafs du collectif La Cagoule, des militants de Luminis Paris et surtout du Gud, groupe radical et violent relancé à l’automne, posent avec un drapeau frappé de la croix celtique néo-fasciste. Ces jeunes rendent hommage à une figure de la mouvance, l’un des leurs, mort dans l’explosion de sa Citroën GS piégée, sur une route de Normandie. Même décorum dans la paisible ville de Bourges (18) où le groupuscule Animus Fortis s’est aussi fendu d’un hommage. Les actions sont revendiquées sur les réseaux sociaux des différents groupes. Du côté des Lyonnais, le « cercle de réflexion » de Lyon Populaire, justement baptisé François Duprat, rediffuse les textes du penseur du nationalisme-révolutionnaire (NR) en France. Ce courant qui semblait moribond reprend du poil de la bête immonde. À l’extrême droite, depuis la dissolution de Génération identitaire (GI) en 2021, ce sont les NR qui ont le vent en poupe.

    Le Nationalisme révolutionnaire

    Si François Duprat est plutôt méconnu du grand public, il ne l’est pas de la jeunesse militante d’extrême droite qui tend à délaisser la doctrine identitaire pour celle défendue à son époque par l’ancien bras droit de Jean-Marie Le Pen : le nationalisme-révolutionnaire. Joint par StreetPress, l’historien spécialiste de l’extrême droite Nicolas Lebourg précise que les « nationalistes-révolutionnaires sont des néofascistes qui pensent que les Etats fascistes ont échoué à cause de leur nationalisme et de leur compromission avec la réaction ». Il continue :

    « Ils se veulent anti-bourgeois, révolutionnaires, socialistes, et veulent un nouvel ordre mondial avec une Europe unie. »

    Ils se revendiquent d’une troisième voie entre capitalisme américain et communisme de l’Union soviétique. Le chercheur poursuit : « Après coup, ils se sont rendu compte qu’il y avait eu des “nationalistes-révolutionnaires” durant la République de Weimar, pendant l’Entre-deux-guerre, qu’ils ont revendiqués comme leurs ancêtres. Mais ils apparaissent d’abord en réaction aux échecs pour leur camp, qu’ont été la Seconde guerre mondiale et l’OAS », groupe terroriste d’extrême droite luttant contre la décolonisation de l’Algérie.

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    À Saint-Brévin (44) ou à Callac (22), les militants les plus remuants (voire violents) réunis derrière la croix celtique des néo-fascistes français n’ont pas entonné le traditionnel : « On est chez nous » des identitaires, mais bien : « Europe, Jeunesse, Révolution », slogan historique des nationalistes-révolutionnaires. « Y vont ceux qui ont des gens capables d’y aller », glisse, presque goguenard, un ancien militant de la mouvance. Début mars, les principaux groupes NR, souvent issus des anciennes antennes locales du Bastion social, se sont même fendus d’un colloque à l’invitation de Lyon Populaire. Un aréopage de radicaux parmi lesquels on retrouvait évidemment le Gud, mais aussi les Angevins de L’Alvarium, les Aixois de Tenesoun ou encore le groupe royaliste rennais dissident de l’Action française, l’Oriflamme, auquel StreetPress a déjà consacré un article. Ce jour-là, à la fin du rassemblement, une cinquantaine de jeunes ont décidé de descendre vers le centre-ville de Lyon (69) en scandant : « Europe, Jeunesse, Révolution » avant d’être stoppés par la police qui craignait des violences. L’événement n’en est pas moins d’importance. Pour retrouver un colloque de cet acabit, il faut remonter à 2014 et une réunion organisée à Paris par le Gud époque Logan Djian et le Mouvement d’action sociale d’Arnaud de Robert.

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    L’influence des cathos

    Ce retour du nationalisme-révolutionnaire au sein de l’extrême droite française est aussi constaté par Christian Bouchet, une des principales figures de ce courant de pensée. Cet ancien d’Unité radicale (dissous suite à la tentative d’assassinat perpétrée contre Jacques Chirac par un membre du mouvement, Maxime Brunerie, le 14 juillet 2002) et du Front national, consacre même un édito au sujet sur le site de la mouvance VoxNR qui avait fermé mais vient d’être « relancée par de jeunes militants ». Il y écrit :

    « Le mouvement nationaliste-révolutionnaire renaît de ses cendres. »

    Contacté par StreetPress, ce vieux routier de l’extrême droite française confirme la tendance et se dit même surpris de la création de groupuscules NR dans des villes moyennes comme La-Roche-sur-Yon (85), Laval (53) ou Arles (13)…  « Un phénomène tout à fait étonnant », explique-t-il. « Il faut remonter à Troisième Voie de Jean-Gilles Malliarakis dans les années 80 pour trouver des NR en Vendée ». Une hausse des effectifs que ce briscard explique par l’influence dans le milieu du groupe national-catholique Academia Christiana « qui a permis d’intégrer dans des groupes NR des cathos tradis qui y étaient plutôt absents jusqu’alors ».

    L’échec des identitaires

    Une résurgence qui étonne au sein de l’extrême droite française. Un ancien militant identitaire désespère presque de voir ce retour des NR sur la scène politique :

    « Je pensais qu’on avait réussi à les faire disparaître grâce à Génération identitaire. On avait réussi à débarrasser l’extrême droite du folklore entre nostalgie du pétainisme, impasse du fascisme et skinheads. »

    En effet, Génération Identitaire portait un discours radical anti-immigration et antimusulmans, mais proscrivait officiellement la violence. Le groupuscule expliquait s’inspirer de la stratégie de communication de Greenpeace : organiser des opérations coups-de-poing pour générer du bruit médiatique.

    Mais « depuis la dissolution de GI », poursuit le même, « on assiste à un retour de ces groupes NR. On parle de chiffres dérisoires, de quelque 400 militants, mais ils sont bien là. L’effet Zemmour [qui a fédéré autour de sa candidature les plus radicaux], a réveillé un antisémitisme chez certains mais surtout, en l’absence d’attentats djihadistes, le danger de l’islam est passé au second plan », analyse-t-il, assurant :

    « Nous, identitaires, avons toujours refusé l’antisémitisme et affirmé notre soutien à Israël parce que notre ennemi ce sont les Frères musulmans ».

    Soit l’exact inverse de la ligne des NR, d’apparence pro-palestinienne mais surtout « antisioniste »… « À Paris comme à Gaza, intifada » est même un slogan du Gud depuis les années 1990. Ce qui fait dire à notre source : « Pour moi, les NR sont des nazis qui ne s’assument pas trop, un peu fascistes, un peu socialisant, un peu antisémites » et souvent violents.

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    Une galaxie violente

    Une opposition qui peut également se jouer sur le terrain. Il y a désormais des groupes d’extrême droite, nationalistes-révolutionnaires et identitaires, qui sont en concurrence dans plusieurs villes de France. À Nantes (44), la Ligue ligérienne s’oppose à La Caraque, plus identitaire. Même chose à Marseille-Aix où les zids de Defend Marseille (13) tentent de s’implanter malgré la présence de Tenesoun, héritier du Bastion social lui-même fondé en 2017 (et dissous en 2019) par des gudards. « On a l’impression que les identitaires sont conscients qu’ils ne sont plus dominants dans la mouvance et qu’ils tentent d’occuper l’espace en créant des groupes plus ou moins structurés », analyse Christian Bouchet. Des groupes qui se fréquentent assez peu et ne s’affichent pas ensemble. À Paris, le nouveau Gud fricote avec Luminis (plutôt NR) et les Versaillais d’Auctorum (d’inspiration nationale-catholique) mais pas avec les Natifs, resucée de Génération identitaire dans la capitale, ou avec Argos, autre tentative de relance de GI qui peine à s’implanter et à faire des actions. L’ancien identitaire note :

    « Quoi qu’on en dise, il y a un succès de la ligne socialisante du Rassemblement national qui bénéficie à la ligne NR car elle en est plus proche. »

    Pour Christian Bouchet, « la grande différence entre les identitaires et les nationalistes-révolutionnaires, c’est que les premiers essaient de se couper de l’extrême droite traditionnelle. C’est difficile de bâtir un idéal sans lien avec un passé fantasmé. Les NR eux se placent dans un continuum historique, c’est bien plus excitant ». Reste que les effectifs de NR sont toujours inférieurs à ceux atteints par les identitaires avant la dissolution de GI et que leurs idées n’ont, elles, pas réussi à infuser dans le débat public.

    Ce n’est d’ailleurs pas la volonté de ces jeunes militants héritiers de François Duprat selon Christian Bouchet : « Ils se placent dans une volonté d’agitation locale extra-parlementaire. La politique, ils laissent ça aux autres ». À la différence des militants de GI d’avant la dissolution, les NR revendiquent l’affrontement physique avec la gauche radicale et les antifascistes. Ils se mettent d’ailleurs régulièrement en scène sur leurs réseaux sociaux, Ouest Casual en tête, dans des démonstrations de virilisme ou de violences. Quitte à ne pas toujours être cohérents : le Gud peut ainsi revendiquer une opposition radicale à la réforme des retraites et s’en prendre violemment à des étudiants qui bloquaient Assas. Dans leur idéal, le militant NR est autant un guerrier qu’un penseur, mais dans la réalité il se grime plus souvent en « Waffen Assas » qu’en chargé de TD.

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